Le Tour donne l'ouverture et la conclusion de Yotser or et dit quand on est quitte après avoir commencé par la formule du soir. Il explique « qui forme des serviteurs », puis rapporte la discussion sur la Kedoucha de Yotser : selon le Rambam et Rav Natronaï, le particulier ne la dit pas ; selon le Roch et le traité Soferim, il la dit. Sur la conclusion « lumière nouvelle sur Tsion », Rachi et l'usage de Sefarad s'y opposent, le Roch et Rav Cherira Gaon l'approuvent. Le Roch récitait la bénédiction à voix basse avec l'officiant ; si l'officiant se trompe à partir de la Kedoucha, son remplaçant reprend à la Kedoucha.
ברכה ראשונה בא"י אמ"ה יוצר אור ובורא חשך ותקנו לומר ובורא חשך כדי להזכיר מדת לילה ביום ומדת יום בלילה וחותם בא"י יוצר המאורות ואם טעה ואמר בא"י אמ"ה אשר בדברו מעריב ערבים ונזכר מיד ואמר יוצר אור וגם סיים כדין בא"י יוצר המאורות יצא אבל אם לא סיים כדין או שאמר בא"י אמ"ה יוצר אור ובורא חשך אשר בדברו מעריב ערבים וגם סיים במעריב ערבים לא יצא אבל אם סיים בא"י יוצר המאורות יצא. יוצר משרתים ואשר משרתיו וכו' תקנו לומר כך משום הא דאיתא בפרק אין דורשין כל יומא איברו מלאכי השרת מנהר דינור שנאמר חדשים לבקרים והכי פירושו יוצר משרתים אותם המתחדשים בכל יום ואשר משרתיו מעולם כגון מיכאל וגבריאל כולם עומדים לפניו: קדושה שביוצר כתב הרמב"ם ז"ל שאין היחיד אומר אותה וכן כתב רב נטרונאי אלא אומר עונים באימה ואומרים ביראה קדוש וברוך וא"א הרא"ש ז"ל כתב שיחיד יכול לומר שאינו בא עתה לקדש אלא סיפור דברים היאך המלאכים מקדשים ולא דמי לקדושה שבתפלה שאומר נעריצך שאותה ודאי אינה בפחות מי' והכי איתא במסכת סופרים קדושה שביוצר אור ושבסדר קדושה יחיד אומר אותה שאינה אלא סיפור דברים ונוהגין באשכנז לחתום כאמור לעושה אורים גדולים כי לעולם חסדו אור חדש על ציון תאיר ונזכה כלנו במהרה לאורו בא"י יוצר המאורות ואין נוהגין כן בספרד וכן כתב רש"י שאין לחתום באור העתיד שאינו מעין החתימה לפי שסדרו חז"ל הברכה על אור המתחדש בכל יום ולא על אור העתיד וא"א הרא"ש ז"ל כתב בתשובה דהוי שפיר מעין החתימה ופתיחה דיוצר אור היינו אור שברא הקב"ה בו' ימי בראשית ולא היה העולם כדאי להשתמש בו וגנזו לצדיקים לעתיד לבא ועל אור זה נאמר (ישעיה ס') והלכו גוים לאורך והיינו נמי אור חדש שחדש בו' ימי בראשית שעתיד הקב"ה לחדש לנו ע"כ וכן דעת רב שרירא גאון שכתב וז"ל מה שכתב רב סעדיה שאין ש"צ רשאי לומר אור חדש על ציון תאיר אין בכך כלום שלא על אותו אור אנו מברכין אלא שהזכרה בעלמא היא: כתב א"א ז"ל בתשובה ברכת יוצר אור וערבית אנו אומרים עם ש"צ בנחת כי אין אדם יכול לכוין תדיר עם ש"צ בשתיקה וגם אם היה מכוין לדברי ש"צ בשתיקה ובאמצע הברכה היה פונה לבו לדברים אחרים הרי הפסיד הכוונה כי הפסיק באמצעיתא אבל כשאדם קורא בפיו ואף אם קורא מקצתה בלא כוונה יצא וכשאני מגיע לסוף הברכה אני ממהר לסיים לענות אמן אחר ברכת החזן ע"כ ואם טעה ש"צ בברכת יוצר אור בענין שצריך אחר לעמוד תחתיו אם טעה מקדושה ואילך אין השני צריך להתחיל אלא מקדושה ואילך אף על פי שבשאר ברכות שטועין בה צריך השני להתחיל מראש הברכה שטעה הראשון שאני הכא שהקדושה חשיבה כסוף ברכה:
Première bénédiction : « Barou'h ata ה', Elokénou méle'h haolam, qui forme la lumière et crée l'obscurité. » On a institué de dire « et crée l'obscurité » pour mentionner l'attribut de la nuit pendant le jour et l'attribut du jour pendant la nuit. On conclut : « Barou'h ata ה', qui forme les luminaires. »
S'il s'est trompé et a dit « Barou'h ata ה', Elokénou méle'h haolam, qui par Sa parole fait venir les soirs », puis s'en est souvenu aussitôt et a dit « qui forme la lumière », et qu'il a aussi conclu comme il se doit par « Barou'h ata ה', qui forme les luminaires », il est quitte. Mais s'il n'a pas conclu comme il se doit, ou s'il a dit « Barou'h ata ה', Elokénou méle'h haolam, qui forme la lumière et crée l'obscurité, qui par Sa parole fait venir les soirs » et a aussi conclu par « qui fait venir les soirs », il n'est pas quitte ; mais s'il a conclu par « Barou'h ata ה', qui forme les luminaires », il est quitte.
« Qui forme des serviteurs » et « dont les serviteurs », etc. : on a institué de dire ainsi à cause de ce qu'on apprend au chapitre Ein dorchin : « Chaque jour, des anges du service sont créés du fleuve de feu, car il est dit : Ils se renouvellent chaque matin. » En voici l'explication : « qui forme des serviteurs », ce sont ceux qui se renouvellent chaque jour ; « et dont les serviteurs », ce sont ceux qui existent depuis toujours, comme Mi'haël et Gavriel, « se tiennent tous devant Lui ».
La Kedoucha de Yotser : le Rambam, de mémoire bénie, a écrit que le particulier (ya'hid) ne la dit pas, et Rav Natronaï a écrit de même ; il dit seulement : « Ils répondent avec crainte et disent avec révérence : Saint… et Béni… » Mon père et maître, le Roch, de mémoire bénie, a écrit que le particulier peut la dire, car il ne vient pas alors sanctifier, mais raconter comment les anges sanctifient. Ce n'est pas comparable à la Kedoucha de la tefila, où l'on dit « Naaritsé'ha », qui ne se dit certainement pas à moins de dix. C'est ce qu'on trouve dans le traité Soferim : la Kedoucha de Yotser or et celle du Seder kedoucha, le particulier la dit, car ce n'est qu'un récit.
En Achkenaz, on a coutume de conclure : « comme il est dit : À Celui qui fait les grands luminaires, car Sa bonté est éternelle. Fais briller une lumière nouvelle sur Tsion, et puissions-nous tous mériter bientôt sa lumière. Barou'h ata ה', qui forme les luminaires. » En Sefarad, on n'a pas cette coutume. Rachi a écrit de même qu'on ne doit pas conclure par la lumière future, car elle n'est pas en rapport avec la conclusion (méein ha'hatima), puisque nos Sages, de mémoire bénie, ont établi la bénédiction sur la lumière qui se renouvelle chaque jour, et non sur la lumière future. Mon père et maître, le Roch, de mémoire bénie, a écrit dans une responsa que c'est bien en rapport avec la conclusion et avec l'ouverture de « qui forme la lumière » : il s'agit de la lumière que le Saint, béni soit-Il, a créée durant les six jours de la Création ; le monde n'était pas digne de s'en servir, et Il l'a cachée pour les justes, pour l'avenir. C'est de cette lumière qu'il est dit (Isaïe 60) : « Les nations marcheront à ta lumière. » C'est aussi la lumière nouvelle qu'Il a renouvelée durant les six jours de la Création, et que le Saint, béni soit-Il, renouvellera pour nous dans l'avenir. Fin de citation. Tel est aussi l'avis de Rav Cherira Gaon, qui a écrit en ces termes : « Ce qu'a écrit Rav Saadia, que l'officiant (chalia'h tsibbour) n'a pas le droit de dire "Fais briller une lumière nouvelle sur Tsion", n'a aucun fondement, car ce n'est pas sur cette lumière que nous bénissons : ce n'est qu'une simple mention. »
Mon père et maître, de mémoire bénie, a écrit dans une responsa : « La bénédiction Yotser or et celles de Arvit, nous les disons à voix basse avec l'officiant, car on ne peut pas se concentrer constamment en suivant l'officiant en silence. Et même si l'on se concentrait en silence sur les paroles de l'officiant, mais qu'au milieu de la bénédiction on tournait son cœur vers d'autres choses, on aurait perdu la kavana, car on se serait interrompu au milieu. Mais quand on récite de sa bouche, même si l'on en dit une partie sans kavana, on est quitte. Et quand j'arrive à la fin de la bénédiction, je me hâte de terminer pour répondre amen après la bénédiction du 'hazan. » Fin de citation.
Si l'officiant s'est trompé dans la bénédiction Yotser or de telle façon qu'un autre doive le remplacer : s'il s'est trompé à partir de la Kedoucha, le second ne commence qu'à partir de la Kedoucha. Bien que, pour les autres bénédictions où l'on se trompe, le second doive commencer au début de la bénédiction où le premier s'est trompé, ici c'est différent, car la Kedoucha est considérée comme la fin d'une bénédiction.