טור אורח חיים

Tour Orah Haim — siman 267

Rabbi Yaakov ben Asher (Baal HaTour) · Min'ha et Arvit la veille de Chabbat ; la conclusion de Hachkivénou
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Le vendredi, on prie Min'ha sans prosternation et l'on avance Arvit ; selon les Tossefot, on peut accepter le Chabbat dès plag haMin'ha, en lisant le Chema à son heure. Le Chema et ses bénédictions se disent comme en semaine, mais Hachkivénou se conclut par « qui étend l'abri de paix », non par « qui garde Son peuple Israël », suivi du verset VeChamerou. Le Tour rejette les usages de Tolède, qui concluent comme en semaine et ajoutent la bénédiction de Yirou 'énénou, en s'appuyant sur le Yerouchalmi, les Gueonim et Rav Natronaï.

Glossaire

נפילת אפים
prosternation sur sa face (supplications)
פלג המנחה
plag haMin'ha, une heure et quart (en heures proportionnelles) avant la fin du jour
קבלת שבת
accepter le Chabbat sur soi
צאת הכוכבים
sortie des étoiles
והוא רחום
« Vehou ra'houm », verset dit avant Arvit
השכיבנו
Hachkivénou, seconde bénédiction après le Chema du soir
ופרוס סוכת שלום
« Étends l'abri de paix »
שומר עמו ישראל לעד
« qui garde Son peuple Israël à jamais »
ושמרו
verset VeChamerou (Chemot 31, 16-17)
ברכת המולך / יראו עינינו
bénédiction du « Roi », qui s'ouvre par Yirou 'énénou, après les versets aux dix-huit mentions
אזכרות
mentions du Nom divin
מזיקין
forces nuisibles
ברכה לבטלה
bénédiction vaine
בעל המנהיג
l'auteur du Manhig
טוליטולה
Tolède

ונכנסין לבה"כ ומתפללין תפלת מנחה כמו בשאר ימות החול אלא שאין נופלין על פניהם ומקדימין להתפלל ערבית יותר מבשאר ימות החול כדאמרינן (פסחים קה:) עיולי יומא מקדימין ליה וא"ר יוסי יהא חלקי עם מכניסי שבת בטבריא שהיתה יושבת בעמק ובעוד היום גדול היה נדמה להם ערב ופירשו התוס' שמפלג המנחה ולמעלה יכול להדליק הנר ולקבל שבת בתפלת ערבית רק שימתין לקרות שמע עד עונתה שהוא צאת הכוכבים ואין בזה משום ובלבד שלא יקדים דאין זה הקדמה כיון שמקבל עליו השבת באותה שעה ומשהתפלל אסור במלאכה שהרי קיבל עליו השבת באותה שעה ונוהגין בספרד לומר והוא רחום כבשאר הימים ובאשכנז אין נוהגים לאומרה ולפי הטעם שכתבתי למעלה שאומרים אותו בשביל המלקות ראוי שלא לאומרו בשבת וקורין שמע בברכותיה כבשאר ימות החול בלא גירוע ובלא תוספת עד סוף ברכת השכיבנו ומשנין בחתימה שחותם ופרוס סוכת שלום עלינו ועל ירושלים עירך בא"י הפורס סוכת שלום עלינו ועל עמו ישראל ועל ירושלים וכן המנהג באשכנז ובצרפת ואין חותמין שומר עמו ישראל לעד כדאיתא במדרש שבשבת אין צריכין שמירה שהשבת שומר ונוהגין לומר פסוק ושמרו בני ישראל וגו' לומר שאם ישמרו שבת אין צריכין שמירה והוא ג"כ מעין גאולה כדכתיבנא לעיל שאם ישמרו ישראל ב' שבתות מיד נגאלין ואומר ש"ץ קדיש ומתפללין ערבית ובטוליטולה נוהגין לחתום בשבת כמו בחול ואינו נכון כדפרישית ועוד דבירושל' גרסינן בהדיא הדא דתימור בחול אבל בשבת אומרים ופרוס עלינו סוכת שלום וכן כתבו הגאונים ועוד נוהגין בטוליטולה שלאחר שאמרו פסוק ושמרו אומר ברכת המולך אלא שמשנין בפתיחתה במקום יראו עינינו אומר ישמחו השמים ותגל הארץ וזה מנהג טעות שלא תקנו ברכת המולך אלא לפי שתקנו לומר פסוקים שיש בהם י"ח אזכרות תקנו לומר ברכה אחריהם וכיון שא"א פסוקים בשבת למה יאמרו הברכה שתקנו בשבילם וכ"כ רב נטרונאי והאריך הרבה וסיום דבריו בשבת דשכיחי מזיקין וצריכי ישראל למיעל לבתיהם מקמי דליחשך או דילמא מיעקר שרגא סלקוה לתוספת שהוסיפו על שתים לאחריה ואוקמוה אדאורייתא וכן המנהג בבית רבינו שבבבל שלא לומר שומר עמו ישראל לעד וחותמין במקומו הפורס סוכת שלום וקדיש לאלתר וא"א ז"ל לא רצה לענות אחריה אמן מפני שהיה אומר שהיא ברכה לבטלה וכתב בעל המנהיג ולמנהג צרפת שנהגו לומר ופרוס ראוי לומר ובצל כנפיך תסתירנו ופרוס עלינו וכו' ואין לומר כי אל שומרנו וכו' ושמור צאתנו ובואנו וכו' כי הוא להסמיך מעין חתימת החול שחותמין שומר עמו ישראל לעד:

On entre au beit haknesset et l'on prie la tefila de Min'ha comme les autres jours de semaine, sauf qu'on ne se prosterne pas sur sa face. On prie Arvit plus tôt que les autres jours de semaine, comme nous disons (Pessa'him 105b) : « L'entrée du jour, on l'avance. » Rabbi Yossé a dit : « Que ma part soit avec ceux qui font entrer le Chabbat à Tibériade » : elle était située dans une vallée, et alors qu'il faisait encore grand jour, il leur semblait que c'était le soir.

Les Tossefot expliquent qu'à partir de plag haMin'ha, on peut allumer la lampe et accueillir le Chabbat par la tefila d'Arvit, à condition seulement d'attendre pour lire le Chema jusqu'à son heure, qui est la sortie des étoiles. Il n'y a pas là d'infraction à la réserve « pourvu qu'on n'avance pas », car ce n'est pas une anticipation, puisqu'on accepte le Chabbat sur soi à ce moment-là. Dès qu'on a prié, il est interdit de faire une mela'ha, puisqu'on a accepté le Chabbat sur soi à ce moment-là.

En Espagne, on a l'usage de dire « Vehou ra'houm » comme les autres jours ; en Allemagne, on n'a pas l'usage de le dire. Selon la raison que j'ai écrite plus haut, qu'on le dit à cause des flagellations, il convient de ne pas le dire le Chabbat.

On lit le Chema avec ses bénédictions comme les autres jours de semaine, sans retrancher ni ajouter, jusqu'à la fin de la bénédiction Hachkivénou ; on change la conclusion, car on conclut : « Étends sur nous l'abri de Ta paix, et sur Jérusalem Ta ville. Béni sois-Tu ה', qui étend l'abri de paix sur nous, sur tout Son peuple Israël et sur Jérusalem. » Tel est l'usage en Allemagne et en France. On ne conclut pas « qui garde Son peuple Israël à jamais », comme il est rapporté dans le Midrach : le Chabbat, on n'a pas besoin de protection, car le Chabbat protège. On a l'usage de dire le verset « Les enfants d'Israël garderont (VeChamerou) le Chabbat… », pour signifier que s'ils gardent le Chabbat, ils n'ont pas besoin de protection ; c'est aussi un thème de délivrance, comme je l'ai écrit plus haut : si Israël gardait deux Chabbatot, ils seraient aussitôt délivrés. L'officiant dit le kaddich, et l'on prie la tefila d'Arvit.

À Tolède, on a l'usage de conclure le Chabbat comme en semaine. Ce n'est pas correct, comme je l'ai expliqué ; de plus, on lit explicitement dans le Yerouchalmi : « Cela, c'est en semaine ; mais le Chabbat, on dit : "Étends sur nous l'abri de paix". » Ainsi l'ont écrit les Gueonim.

On a encore l'usage à Tolède, après avoir dit le verset VeChamerou, de dire la bénédiction du « Roi » (celle qui s'ouvre par Yirou 'énénou, après les versets aux dix-huit mentions du Nom divin), sauf qu'on en change l'ouverture : au lieu de « Que nos yeux voient (Yirou 'énénou) », on dit « Que les cieux se réjouissent et que la terre exulte ». C'est un usage erroné : on n'a institué la bénédiction du « Roi » que parce qu'on avait institué de dire des versets contenant dix-huit mentions du Nom divin ; on a alors institué de dire une bénédiction après eux. Puisqu'on ne dit pas ces versets le Chabbat, pourquoi dirait-on la bénédiction instituée pour eux ?

Ainsi l'a écrit Rav Natronaï, qui s'est longuement étendu ; et la conclusion de ses propos est : le Chabbat, où les forces nuisibles sont fréquentes et où Israël doit rentrer chez soi avant qu'il fasse sombre — ou de peur que la lampe ne s'éteigne —, on a supprimé l'ajout qu'on avait ajouté aux deux bénédictions d'après (le Chema), et l'on s'en est tenu à l'institution première (litt. : « on l'a établie sur ce qui est de la Torah »). Tel est aussi l'usage dans la maison de notre maître, en Babylonie : on ne dit pas « qui garde Son peuple Israël à jamais » ; on conclut à la place « qui étend l'abri de paix », et le kaddich suit aussitôt.

Mon père z.l. ne voulait pas répondre amen après la bénédiction du « Roi » (telle qu'on la dit à Tolède), car il disait que c'est une bénédiction vaine.

L'auteur du Manhig a écrit : selon l'usage de France, où l'on a l'habitude de dire « Étends (Oufros) », il convient de dire « À l'ombre de Tes ailes abrite-nous, et étends sur nous… », et il ne faut pas dire « Car D.ieu est notre gardien… » ni « Garde nos sorties et nos entrées… », car ces passages préparent une conclusion de même teneur que celle de la semaine, où l'on conclut « qui garde Son peuple Israël à jamais ».