La parole du Chabbat ne doit pas être celle de la semaine : on ne parle pas de ce qu'on fera ou achètera le lendemain, on n'embauche pas d'ouvriers, et l'on ne demande pas à un non-Juif ce qu'on n'a pas le droit de faire (avis du Rambam et des Tossafot pour une mitsva ou un malade). Le siman traite des comptes, des allusions permises, de ce qu'on peut demander pour le lendemain lorsque l'acte a une voie permise dès aujourd'hui, de la façon de demander un prêt, et de la lecture des écrits profanes et des lettres apportées le Chabbat.
ודבר דבר דרשו חכמים שלא יהא דיבורך של שבת כדיבורך של חול הלכך אסור לומר דבר פלוני אעשה למחר או סחורה פלוני אקנה למחר ואיתא בירושלמי דאפי' בשיחת דברים בטלים צריך שלא להרבות: אסור לשכור לו פועלים ולא לומר לעכו"ם לשכור לו פועלים שכל מה שהוא אסור לעשותו אסור לומר לעכו"ם לעשותו ואסור לומר לו אפי' קודם השבת לעשותו בשבת. ובספר המצות התיר לומר לו אחר השבת למה לא עשית דבר פלוני בשבת שעברה ואע"פ שמבין מתוך דבריו שרצונו שיעשנו בשבת הבאה וכ"כ בעל התרומות ומסתברא קצת לאיסור כתב הרמב"ם ז"ל שאמירה לעכו"ם מותרת בשבות דרבנן בדבר שיש בו צורך מצוה כגון שאומרים לו לעלות באילן להביא שופר לתקוע בו תקיעה של מצוה או שיש בו קצת צורך חולי כגון שאומרים לו להביא מים דרך חצר שלא עירבו לרחוץ בו התינוק או המצטער אבל התוס' כתבו שאסור לומר לו להביא שום דבר אפי' דרך כרמלית אפי' ספר ללמוד בו שיש בו מצוה שלא התירו אמירה לעכו"ם אלא לצורך מילה שהיא גופה דוחה השבת ואסור לחשב חשבונותיו אפי' אם עברו כגון כך וכך הוצאתי על דבר פלוני ודוקא שעדיין שכר הפועלים אצלו שנמצא שצריך הוא לאותו חשבון לידע כמה הוא צריך ליתן להם אבל אם כבר פרעם מותר: מותר לומר לחבירו הנראה שתעמוד עמי לערב אף על פי שמתוך כך מבין שצריך לו לערב אבל לא יאמר לו היה נכון עמי לערב. יכול לומר לחבירו לכרך פלוני אני הולך למחר וכן מותר לו לומר לך עמי לכרך פלוני למחר כיון שהיום יכול לילך ע"י בורגנין פירוש סוכות שומרים שכל אחת מובלעת בתוך שבעים אמה וארבעה טפחים של חבירתה שע"י כן יכולין לילך כמה פרסאות כאשר יתבאר בעז"ה וכן כל כיוצא בזה שיש בו צד היתר לעשותו היום יכול לומר לחבירו שיעשנו למחר ובלבד שלא יזכיר לו שכירות אבל בדבר שאין בו צד היתר לעשותו היום אפילו אם אין בו איסור אלא מדרבנן כגון שיש לו פירות מוקצין חוץ לתחום כיון שאי אפשר לו להביאם היום אסור לומר לחבירו שיביאם לו למחר וכן נמי אסור לו להחשיך בסוף התחום כדי שימהר בלילה לילך שם להביאם אבל יכול להחשיך בסוף התחום כדי למהר לילך שם לשומרם שאפי' היום היה יכול לשומרם אם היה בתוך התחום וכיון שלא כיון להחשיך אלא כדי לשומרם יכול אף להביאם מותר לומר לחבירו שמור לי פירות שבתחומך ואני אשמור לך פירות שבתחומי השואל דבר מחבירו לא יאמר לו הלויני דמשמע לזמן מרובה ואיכא למיחש שמא יכתוב הלויתי לפלוני כך וכך אלא יאמר לו השאילני וכתב הר"ר פרץ דבלשון לעז הכל לשון אחד הוא זימן אורחים והכין להם מיני מגדים וכתב בכתב כמה זימן וכמה מגדים הכין להם אסור לקרותו בשבת אפילו אם הוא כתוב ע"ג כותל גבוה הרבה משום גזירה שמא יקרא בשטרי הדיוטות אבל אם חקוק בכותל מותר לקרותו אבל בטבלא ופנקס אפילו אם הוא חקוק אסור לקרותו וכל שטרי הדיוטות כגון שטרי חובות וחשבונות וכל שאלת שלום אסור לקרותן ואפילו לעיין בלא קריאה אסור ראיתי כתוב על שם הר"מ מרוטנבורג שמותר לקרות בכתב שהובא לו בשבת רק שלא יגע בו ואני תמה כיון שאסור ליגע בו משום שהובא בשבילו למה מתיר לקרותו והלא קריאתו היא הנאתו ור"ת היה אומר אחר שלא הובא בשבילו יכול לקרותו הואיל ולא הובא בשבילו אי נמי אפילו מי שנשלח לו יכול לקרותו שהרי השולח שלחו בשביל עצמו ולא בשביל אותו שהוא שלוח אליו ע"כ ומ"מ אני תמה היאך התיר הקריאה בשטרי הדיוטות ומצאתי כתוב מה שרגילין עתה שקורין בכתבים שהביאום בשבת לפי שאין יודעין למה הביאום ושמא יש בהן צורך הגוף ולא דמי לשטרי הדיוטות שאין בהן צורך הגוף כלל ואין נ"ל הטעם מספיק כתב שתחת הצורה שכותבים תחתיה מה היא אסור לקרותה:
« Et dire une parole » : nos Sages ont expliqué que ta parole du Chabbat ne doit pas être comme ta parole de la semaine. C'est pourquoi il est interdit de dire : « Telle chose, je la ferai demain », ou : « Telle marchandise, je l'achèterai demain ». On trouve dans le Yerouchalmi que même dans les conversations futiles, il faut ne pas parler beaucoup.
Il est interdit d'embaucher des ouvriers, ou de dire à un non-Juif d'embaucher pour soi des ouvriers : tout ce qu'il est interdit de faire soi-même, il est interdit de dire à un non-Juif de le faire. Il est interdit de le lui dire, même avant le Chabbat, pour qu'il le fasse pendant le Chabbat. Le Sefer Hamitsvot a permis de lui dire après le Chabbat : « Pourquoi n'as-tu pas fait telle chose le Chabbat passé ? », bien que le non-Juif comprenne de ses paroles qu'il veut qu'il le fasse le Chabbat suivant ; le Baal Hateroumot a écrit de même. Il paraît quelque peu plus raisonnable de l'interdire.
Le Rambam, de mémoire bénie, a écrit que demander à un non-Juif est permis pour un interdit rabbinique (chevout) lorsqu'il s'agit du besoin d'une mitsva, par exemple lui dire de monter à un arbre pour rapporter un chofar afin de sonner la sonnerie prescrite ; ou lorsqu'il y a un certain besoin lié à une maladie, par exemple lui dire d'apporter de l'eau par une cour où l'on n'a pas fait d'érouv pour laver l'enfant ou celui qui souffre. Mais les Tossafot ont écrit qu'il est interdit de lui dire d'apporter quoi que ce soit, même par une karmelit, même un livre pour y étudier, ce qui est une mitsva : on n'a permis de demander à un non-Juif que pour les besoins de la circoncision, qui elle-même repousse le Chabbat.
Il est interdit de faire ses comptes, même s'ils portent sur le passé, par exemple : « J'ai dépensé telle somme pour telle chose ». Cela ne vaut que si l'on doit encore le salaire des ouvriers, car on a alors besoin de ce compte pour savoir combien il faut leur donner ; mais si on les a déjà payés, c'est permis.
Il est permis de dire à son compagnon : « Est-il à prévoir que tu te tiendras avec moi ce soir ? », bien qu'il comprenne par là qu'on a besoin de lui le soir ; mais on ne lui dira pas : « Sois prêt à être avec moi ce soir. » On peut dire à son compagnon : « Je vais demain à telle ville » ; de même, il est permis de lui dire : « Viens avec moi demain à telle ville », puisque aujourd'hui même on pourrait y aller par des burganin. Explication : ce sont des cabanes de gardiens dont chacune se trouve à moins de soixante-dix coudées et quatre tefa'him de la suivante, si bien que l'on peut marcher ainsi plusieurs parsaot, comme il sera expliqué, avec l'aide de D.ieu. De même, pour toute chose semblable qu'il existe une voie permise de faire aujourd'hui, on peut dire à son compagnon de la faire demain, à condition de ne pas lui parler de salaire. Mais pour une chose qu'il n'existe aucune voie permise de faire aujourd'hui, même si l'interdit n'est que d'ordre rabbinique, par exemple si l'on a des fruits mouktsé hors de la limite (te'houm), puisqu'il est impossible de les apporter aujourd'hui, il est interdit de dire à son compagnon de les apporter demain. De même, il est interdit d'attendre la tombée de la nuit au bout de la limite pour se hâter, la nuit venue, d'aller là-bas les apporter. Mais on peut attendre la nuit au bout de la limite pour se hâter d'aller là-bas les garder, car même aujourd'hui on pourrait les garder s'ils étaient à l'intérieur de la limite ; et puisqu'on n'a attendu la nuit que pour les garder, on peut aussi les apporter. Il est permis de dire à son compagnon : « Garde-moi les fruits qui sont dans ta limite, et je te garderai ceux qui sont dans la mienne. »
Celui qui demande un objet à son compagnon ne lui dira pas « fais-moi un prêt » (halvéni), qui sous-entend une longue durée, car on pourrait craindre qu'il écrive : « J'ai prêté telle somme à untel » ; il lui dira plutôt « prête-moi » (hach'iléni). Rabbi Perets a écrit que dans la langue vernaculaire, c'est une seule et même expression.
Celui qui a invité des convives et leur a préparé diverses friandises, et a noté par écrit combien il en a invité et combien de friandises il leur a préparé : il est interdit de lire cet écrit le Chabbat, même s'il est inscrit sur un mur très élevé, par mesure préventive de peur qu'on ne vienne à lire des écrits profanes. Mais s'il est gravé dans le mur, il est permis de le lire ; sur une tablette ou un carnet, même gravé, il est interdit de le lire. Tous les écrits profanes, comme les reconnaissances de dette, les comptes et toute lettre de salutations, il est interdit de les lire, et même de les parcourir des yeux sans les lire.
J'ai vu écrit au nom de Rabbi Meïr de Rothenburg qu'il est permis de lire une lettre qu'on vous a apportée le Chabbat, pourvu qu'on ne la touche pas. Je m'étonne : puisqu'il est interdit de la toucher parce qu'elle a été apportée pour lui, pourquoi permet-il de la lire ? La lecture n'est-elle pas précisément le profit qu'il en tire ? Rabbénou Tam disait : un autre, pour qui elle n'a pas été apportée, peut la lire, puisqu'elle n'a pas été apportée pour lui ; ou bien, même celui à qui elle a été envoyée peut la lire, car l'expéditeur l'a envoyée pour son propre compte et non pour celui à qui elle est adressée. Fin de citation. Je m'étonne néanmoins qu'il ait permis de lire des écrits profanes. J'ai trouvé écrit : si l'on a aujourd'hui l'habitude de lire les lettres apportées le Chabbat, c'est qu'on ne sait pas pourquoi on les a apportées, et peut-être contiennent-elles une affaire touchant à la personne même, ce qui n'est pas comparable aux écrits profanes, qui ne touchent en rien à la personne. Cette raison ne me paraît pas suffisante. L'inscription placée sous une image, où l'on écrit ce qu'elle représente, il est interdit de la lire.