La veille de Ticha Beav, au dernier repas avant le jeûne, on ne mange ni viande ni deux plats cuisinés et on ne boit pas de vin ; le Tour discute la viande salée, la volaille, le vin nouveau et ce qui compte comme deux plats. Il rapporte les coutumes de deuil (lentilles, œufs, pain sec), la question du zimoun, l'heure du repas, et le cas où Ticha Beav tombe un dimanche ou est repoussé du Chabbat au dimanche.
עט"ב לא יאכל בשר ולא ישתה יין ולא יאכל ב' תבשילין רבן שמעון בן גמליאל אומר ישנה שאם רגיל לאכול ג' יאכל ב' היה רגיל לשתות ד' כוסות ישתה ג' והלכה כתנא קמא ובשר מליח מותר ועד כמה אינו נקרא בשר מליח מפרש בגמ' כל זמן שהוא כשלמים שלא עבר עליו יותר מב' ימים ולילה אחת אבל מכאן ואילך נתבטל טעמו ואבי העזרי פירש משום דבשלמים כתיב שמחה וכיון שעבר עליו זמן שלמים לית ביה משום שמחה ואמרי' נמי גבי בן סורר ומורה דאינו חייב אלא בבשר שהוא כשלמים שיש בו שמחה וממשיך בתריה ואמר רבא אכל בשר עוף אינו נעשה בן סורר ומורה וגרסינן בפ"ק דחגיגה ישראל יוצאין ידי חובתן בגדיים אבל לא בעופות דכתיב ושמחת את שיש בו שמחה יצאו עופות שאין בהן שמחה מכל הני משמע דה"ה נמי בסעודה המפסקת שרי וכן פסק רבינו שב"ט ע"כ ונראה אף ע"פ שאין בו שמחה אסור שלא משום שמחה לבד אסרו בשר אלא כדי להרבות אבל תדע שהרי אבל אחר מצוה להשקותו יין דאמרינן לא נברא יין אלא לנחם בו אבלים שמצוה לנחמו לשכח צערו והכא אסרו יין כי אם ישתה ישכח רישו ומצוה שיזכור חורבן הבית ויצטער עליו הלכך מטעם זה יש לאסור אפי' עופות כמו בשר ובסמ"ק כתב עתה שרוב מאכל שלנו בשר לאחר שעברו עליו שתי ימים נראה שאסור ומותר לשתות יין מגיתו דהיינו תוך ג' ימים לדריכתו ושתי תבשילין כתב רבי' האי גאון כגון אורז ועדשים שהם ב' מינין והרי"ץ גיאת כתב כל שתי תבשילין הוא דרך כבוד ואסרו חכמים אפילו מין אחד של קטניות או מין אחד של ירק ואצ"ל ב' מינין וכ"כ הרמב"ן ונוהגים בצרפת ליתן כמה מינים בקדירה א' דכיון שמתבשל יחד נקרא הכל תבשיל אחד ובאשכנז מחמירין ונראה דאפי' לדברי המחמירין דבר שדרכו בכך כל השנה כגון אפונין שנותנין בהם בצלים וביצים שרי כתב א"א הרא"ש ז"ל י"א דווקא ב' תבשילין מדבר שאינו נאכל כמו שהוא חי אבל דבר הנאכל כמו שהוא חי כגון חלב וגבינה ודג מליח יבש לא מקרי תבשיל והראב"ד כתב דאפילו תבשיל מגבינה נקראת תבשיל והכי מסתבר ע"כ ובירקות ופירות מותר ללפת בהן הפת כשהן חיין אפילו כמה מינין: ויש מקומות שנוהגין להפסיק בעדשים שהוא סימן לאבילות מה עדשה זו גלגל אף אבילות גלגל הוא שחוזר בעולם ומה עדשה זו אין לה פה אף אבל אין לו פה שאין לו להרבות בדיבור ובאשכנז נוהגין לאכול ביצים שהוא ג"כ סימן לאבילות לכך אין אוכלין תבשיל אחר בסעודה המפסקת וכל זה למי שא"א אבל למי שאפשר יחמיר על עצמו כר"י בר' אלעאי שבעט"ב היו מביאין לו פת חריבה במלח ויושב בין תנור לכירים ושותה קיתון של מים ודומה לו כמי שמתו מוטל לפניו כתב אבי העזרי מיבעי ליה לאינש לשנויי שאם היה רגיל לסעוד בי' בני אדם יסעוד בה' שבזה מודה ת"ק לרשב"ג וישב על גבי קרקע ולא יאכל בשר ולא ישתה יין ולא יאכל ב' תבשילין ויש פרושים שמונעין עצמן מכל לפתן אלא פת במלח ומים במשורה כמו רבי יצחק בר' מנחם ויש אוכלין ביצה לבדה שהיא מאכל אבל כמו רבי יצחק בר"י ע"כ וכ"כ הרמב"ם ז"ל מימינו לא אכלנו אפילו תבשיל של עדשים בעט"ב אא"כ בא בשבת כתב בתשובה שרבי' משולם אכל בעט"ב עם ג' בני אדם ולא בירך בזימון אלא בירך לבדו וכן נהג ר"י ואני תמה דאפי' אבל חייב בזימון וא"א הרא"ש ז"ל היה נוהג לאכול לבדו בסעודה המפסקת להתבודד וכל זה בסעודה שמפסיק בה וכשהיא אחר חצות אבל אם היה קודם חצות או אחר חצות ודעתו לאכול עוד אחרי כן שרי וכתב הרמב"ן סעודה המפסיק בה שאין דעתו עוד לאכול אחריה סעודת קבע אע"פ שדעתו לאכול אחריה עראי לא כאלו שבטנם בטן רשעים אוכלין בשר ושותין יין ומשתכרין ואח"כ אוכלין עראי כדי להפסיק באכילה שאין בה בשר ויין ואם חל ט"ב באחד בשבת או שחל בשבת ונדחה לאחד בשבת אוכל בשר ושותה יין בסעודה המפסקת ומעלה על שלחנו אפילו כסעודת שלמה בעת מלכותו כתב רב שר שלום ט"ב שחל ביום א' או בשבת ונדחה ליום א' שפיר דמי למיכל בשרא ולמשתי יין אבל אנו אין אנו רגילין כך ואפי' בשבת אין אנו אוכלין בשר ושותין יין בסעודה המפסקת משום חורבן הבית וכ"כ אבי העזרי ויש נוהגין שאין אוכלין בשר ואין שותין חמרא בסעודה המפסקת שאין חובה להעלות על שולחנו כסעודת שלמה אך רשאי לעשות כן וסעודה שלישית יכול לקיים קודם סעודה המפסקת ע"כ ונ"ל דכיון שנמנע מלאכול בשר ולשתות יין משום אבל הוא אסור כדמוכח במ"ק (כג.) דכל דבר שניכר בו שעושה אותו משום אבל אסור לעשותו בשבת וא"א הרא"ש ז"ל היה נוהג לאכול בשר ולשתות יין:
La veille de Ticha Beav, on ne mange pas de viande, on ne boit pas de vin et on ne mange pas deux plats cuisinés. Rabban Chimon ben Gamliel dit : on modifie [ses habitudes] ; si l'on a l'habitude de manger trois [plats], on en mange deux ; si l'on a l'habitude de boire quatre verres, on en boit trois. La hala'ha suit le premier Tanna.
La viande salée est permise. Jusqu'à quand ne l'appelle-t-on pas encore « viande salée » ? La Guemara l'explique : tant qu'elle est comme [la viande des] chelamim, c'est-à-dire qu'il ne s'est pas écoulé sur elle plus de deux jours et une nuit ; au-delà, son goût s'est perdu. L'Avi Haezri a expliqué : c'est parce qu'au sujet des chelamim il est écrit « joie » ; une fois passé le temps des chelamim, elle ne relève plus de la joie. Nous disons aussi, au sujet du ben sorer oumoré (fils rebelle et dévoyé), qu'il n'est coupable qu'avec une viande qui est comme les chelamim, dans laquelle il y a de la joie ; et juste après, Rava dit : s'il a mangé de la viande de volaille, il ne devient pas ben sorer oumoré. Nous lisons aussi au premier chapitre de 'Haguiga : Israël s'acquitte de son obligation avec des chevreaux, mais pas avec des volailles, car il est écrit « Tu te réjouiras » : ce qui comporte de la joie, à l'exclusion des volailles, qui ne comportent pas de joie. De tout cela il ressort que, de même, au repas de séparation, [la volaille] est permise ; ainsi a tranché Rabbénou Chab"t. Fin de citation.
Il semble pourtant que, même si elle ne comporte pas de joie, elle soit interdite, car ce n'est pas seulement à cause de la joie que l'on a interdit la viande, mais pour accroître le deuil. La preuve : pour un autre endeuillé, c'est une mitsva de lui faire boire du vin, car nous disons : le vin n'a été créé que pour consoler les endeuillés ; c'est une mitsva de le consoler, pour lui faire oublier sa peine. Or ici on a interdit le vin, car s'il en boit il oubliera sa misère, alors que la mitsva est qu'il se souvienne de la destruction du Temple et s'en afflige. C'est pourquoi, pour cette raison, il faut interdire même la volaille, comme la viande.
Le Semak écrit : aujourd'hui que la viande constitue l'essentiel de notre nourriture, il semble [que la viande salée] soit interdite même après que deux jours se sont écoulés sur elle.
Il est permis de boire du vin sortant du pressoir, c'est-à-dire dans les trois jours qui suivent son foulage.
Quant aux deux plats cuisinés, Rabbénou Haï Gaon écrit : par exemple du riz et des lentilles, qui sont deux espèces. Le Rits Guiat écrit : deux plats cuisinés, quels qu'ils soient, sont une marque d'honneur ; les Sages ont interdit [deux plats] même d'une seule espèce de légumineuse ou d'une seule espèce de légume, et à plus forte raison de deux espèces. Ainsi écrit aussi le Ramban. En France, on a coutume de mettre plusieurs espèces dans une même marmite : puisqu'elles cuisent ensemble, le tout s'appelle un seul plat. En Allemagne (Achkenaz), on est strict. Il semble que, même selon ceux qui sont stricts, une chose qu'on prépare ainsi toute l'année, comme des pois dans lesquels on met des oignons et des œufs, soit permise.
Mon père, le Roch, de mémoire bénie, écrit : certains disent que [l'interdit] ne vise que deux plats cuisinés faits d'un aliment qui ne se mange pas cru ; mais un aliment qui se mange tel quel, cru, comme le lait, le fromage et le poisson salé sec, ne s'appelle pas un plat cuisiné. Le Raavad écrit que même un plat cuisiné fait de fromage s'appelle un plat cuisiné, et c'est ce qui paraît logique. Fin de citation. Quant aux légumes et aux fruits, il est permis d'en accompagner le pain lorsqu'ils sont crus, même de plusieurs espèces.
En certains endroits, on a coutume de terminer [le repas] par des lentilles, qui sont un signe de deuil : de même que la lentille est une roue, le deuil est une roue qui tourne dans le monde ; de même que la lentille n'a pas de bouche, l'endeuillé n'a pas de bouche, car il ne doit pas multiplier les paroles. En Allemagne, on a coutume de manger des œufs, qui sont aussi un signe de deuil ; c'est pourquoi on ne mange pas d'autre plat cuisiné au repas de séparation.
Tout cela vaut pour celui qui ne peut [faire davantage] ; mais celui qui le peut sera strict envers lui-même, comme Rabbi Yehouda bar Ilaï : la veille de Ticha Beav, on lui apportait du pain sec avec du sel, il s'asseyait entre le four et le réchaud, buvait une cruche d'eau, et il ressemblait à quelqu'un dont le mort gît devant lui.
L'Avi Haezri écrit : on doit modifier [ses habitudes] : si l'on a l'habitude de prendre son repas avec dix personnes, on le prendra avec cinq, car sur ce point le premier Tanna reconnaît [l'avis de] Rabban Chimon ben Gamliel ; on s'assiéra par terre, on ne mangera pas de viande, on ne boira pas de vin et on ne mangera pas deux plats cuisinés. Certains hommes de retenue (perouchim) s'abstiennent de tout accompagnement, ne prenant que du pain avec du sel et de l'eau mesurée, comme Rabbi Its'hak fils de Rabbi Mena'hem ; d'autres mangent un œuf seul, qui est un mets d'endeuillé, comme Rabbi Its'hak fils de Rabbi Yehouda. Fin de citation. Le Rambam, de mémoire bénie, écrit de même : de toute notre vie, nous n'avons jamais mangé, la veille de Ticha Beav, même un plat de lentilles, sauf si [cette veille] tombait Chabbat.
Il est écrit dans une responsa que Rabbénou Mechoulam a mangé la veille de Ticha Beav avec trois personnes et n'a pas récité le Birkat Hamazon en zimoun, mais l'a récité seul, et que le Ri a fait de même. Je m'en étonne, car même un endeuillé est astreint au zimoun. Mon père, le Roch, de mémoire bénie, avait l'habitude de prendre seul le repas de séparation, pour s'isoler.
Tout cela concerne le repas par lequel on termine [avant le jeûne], lorsqu'il a lieu après midi ('hatsot) ; mais s'il a lieu avant midi, ou après midi alors qu'on a l'intention de manger encore ensuite, c'est permis. Le Ramban écrit : le repas de séparation est celui après lequel on n'a plus l'intention de prendre un repas fixe (keva), même si l'on a l'intention de manger ensuite un en-cas (arai) ; [il ne faut] pas [faire] comme ceux dont le ventre est un ventre de méchants, qui mangent de la viande, boivent du vin et s'enivrent, puis mangent un en-cas pour terminer par un repas sans viande ni vin.
Si Ticha Beav tombe un dimanche, ou tombe Chabbat et est repoussé au dimanche, on mange de la viande et on boit du vin au repas de séparation, et l'on met sur sa table même un repas comme celui de Salomon au temps de sa royauté. Rav Char Chalom écrit : lorsque Ticha Beav tombe un dimanche, ou tombe Chabbat et est repoussé au dimanche, il est permis de manger de la viande et de boire du vin ; mais nous n'en avons pas l'habitude, et même le Chabbat nous ne mangeons pas de viande et ne buvons pas de vin au repas de séparation, à cause de la destruction du Temple. Ainsi écrit aussi l'Avi Haezri : certains ont coutume de ne pas manger de viande et de ne pas boire de vin au repas de séparation, car il n'y a pas d'obligation de mettre sur sa table un repas comme celui de Salomon, on en a seulement le droit ; et l'on peut accomplir le troisième repas (seouda chelichit) avant le repas de séparation. Fin de citation.
Il me semble que, puisqu'il s'abstient de manger de la viande et de boire du vin en signe de deuil, c'est interdit, comme il ressort de Moëd Katan (23a) : toute chose dont on voit qu'on la fait en signe de deuil est interdite le Chabbat. Mon père, le Roch, de mémoire bénie, avait l'habitude de manger de la viande et de boire du vin.