Le Tour expose comment lire la Meguila : debout ou assis, en entier et à partir d'un texte écrit, dans l'ordre, dans une langue comprise, avec l'intention requise du lecteur et de l'auditeur. Il traite des fautes de lecture, des dix fils d'Haman dits d'une seule respiration, des formules « maudit soit Haman, béni soit Morde'haï », de la manière de dérouler le rouleau, et des avis sur l'exigence d'un quorum de dix.
הקורא המגילה עומד או יושב יצא משמע בדיעבד אבל לכתחלה לא יקרא יושב ובירושלמי קאמר דאפילו לכתחלה והרמב"ם ז"ל כתב אבל לא יקרא לכתחלה יושב בצבור מפני כבוד הצבור ואפי' שנים ואפי' עשרה יכולין לקרותה ביחד וצריך לקרותה כולה ומתוך הכתב ואם קראה ע"פ לא יצא הלכך צריך שתהא כתובה כולה לפניו ודוקא לכתחלה אבל דיעבד אם השמיט בה הסופר תיבות אפי' עד חציה וקראה הקורא על פה יצא אבל ביותר מחציה אפילו הן כתובות אלא שהם מטושטשות ואין רישומן ניכר פסולה: קראה סירוגין פי' שפסק ושהה בה ואח"כ חזר למקום שפסק אפילו שהה כדי לגמור את כולה יצא : קראה סירוסין פירוש שקרא פסוק הראשון ודילג השני וקרא שלישי ואח"כ חזר וקרא הב' לא יצא דהוה ליה למפרע והקורא למפרע לא יצא הלכך אם דילג הקורא פסוק לא יקרא לפניו ויחזור ויקרא הפסוק שדילג אלא יתחיל מהפסוק שדילג ויקרא משם ואילך מגילה נקראת בכל לשון ובלבד שיבין אותו הלשון ושתהא כתובה באותו לשון אבל אם אינו מבין בלשון שקורא בו או שאינה כתובה באותו הלשון לא יצא ובלשון הקודש הכל יוצאים בו אע"פ שאין מבינים בו ור"ע ז"ל כתב שלשון יוני ג"כ כשר לכל וכ"כ הרמב"ם ז"ל וב"ה ואין דעת רי"ף ז"ל כן ולזה הסכים א"א הרא"ש ז"ל. קראה מתנמנם פירוש נים ולא נים תיר ולא תיר יצא: היה כותב שקורא פסוק וכותבו יצא ובלבד שתהא כתובה כולה לפניו וכן אם היה מגיהה ודורשה שקורא פסוק ודורשו יצא והוא שיכוין לקרותה כראוי ולא כמי שקורא להגיה ולא יפסיק בה בענינים אחרים כשדורשה וצריך שיכוין הקורא לצאת בקריאתו וגם להוציא לכל השומעים וגם צריך שיכוין השומע לצאת והא דבעינן שיכוין הקורא על השומע בפרט להוציאו היינו דוקא יחיד הקורא אבל ש"צ מסתמא דעתו על הכל דתנן היה עובר אחורי בה"כ ושמע קול מגילה אם כיון לבו יצא: ירושלמי אין מדקדקין בטעיותיה ר' יצחק בר אבא ור"ח הוו יתבו קמיה דרב חד קרי יהודים וחד קרי יהודיים ולא הדר חד מנהון וי"מ דוקא בטעות כי האי שהלשון והענין אחד אבל טעות אחר לא שא"כ לא קראה כולה וצ"ל עשרת בני המן בנשימה אחת ירושלמי צריך לאומרם בנפיחה אחת ועשרת עמהם: לרבי נתן ז"ל הקורא מגילת אסתר בקהל צריך לסדרה כאחד מפני שהיא איגרת אבל בנשימה אחת א"צ אלא עשרת בני המן ועשרת בלבד הלכך אם מפסיק בין פסוק לפסוק הרשות בידו ושיעורו בין פסוק לפסוק ובין באמצע הפסוק כדי נשימה לבד: ירושלמי צריך שיאמר ארור המן ברוך מרדכי ארורה זרש ברוכה אסתר ארורים כל הרשעים ברוכים כל הצדיקים א"ר פנחס וצריך שיאמר וגם חרבונה זכור לטוב כתב רב האיי ז"ל מנהג דחזי לן מאן דקרי לה למגילה פושט וקורא כאיגרת אבל כס"ת לא חזי לן ורב נטרונאי ז"ל כתב הוו יודעין שבב' ישיבות שבבית רבינו שבבבל ובכ"מ ישראל קורין וכורכין כס"ת ונוהגים בספרד ובאשכנז וצרפת כרב האיי: מגילה בזמנה שהוא בי"ד שהוא עיקר זמנה קורין אותה אפי' ביחיד לרי"ף ור"ת כתב אפי' לחזר אחר י' א"צ אלא לכתחלה קורין אותה ביחיד ובה"ג פסק ודוקא בעשרה ור"ע ז"ל כתב צריך לחזר אחר עשרה ואם אי אפשר בעשרה אז קורין אותה ביחיד ולזה הסכים א"א ז"ל :
Celui qui lit la Meguila debout ou assis est quitte. Cela s'entend après coup (bediavad) ; mais a priori (le'hat'hila), il ne la lira pas assis. Dans le Yerouchalmi il est dit [qu'on peut la lire assis] même a priori. Le Rambam z"l écrit : mais il ne la lira pas a priori assis en public, par respect pour le public.
Même deux, et même dix, peuvent la lire ensemble.
On doit la lire en entier, et à partir de l'écrit ; si on l'a lue par cœur, on n'est pas quitte. C'est pourquoi il faut qu'elle soit entièrement écrite devant lui. Cela, a priori seulement ; mais après coup, si le scribe y a omis des mots, même jusqu'à la moitié, et que le lecteur les a lus par cœur, il est quitte. Mais pour plus de la moitié, même si [les mots] sont écrits mais effacés au point que leur trace n'est plus reconnaissable, elle est invalide.
S'il l'a lue de façon discontinue (sirougin), c'est-à-dire qu'il s'est arrêté, a attendu, puis est revenu à l'endroit où il s'était arrêté, même s'il a attendu le temps de la terminer en entier, il est quitte.
S'il l'a lue dans le désordre (serousin), c'est-à-dire qu'il a lu le premier verset, sauté le deuxième, lu le troisième, puis est revenu lire le deuxième, il n'est pas quitte, car c'est une lecture à rebours, et celui qui lit à rebours n'est pas quitte. C'est pourquoi, si le lecteur a sauté un verset, il ne lira pas plus loin pour revenir ensuite lire le verset sauté ; il recommencera au verset qu'il a sauté et lira à partir de là.
La Meguila se lit dans toute langue, à condition qu'on comprenne cette langue et qu'elle soit écrite dans cette langue ; mais si l'on ne comprend pas la langue dans laquelle on lit, ou si elle n'est pas écrite dans cette langue, on n'est pas quitte. En langue sainte, tout le monde est quitte, même sans la comprendre. Rav Amram z"l écrit que la langue grecque aussi est valable pour tous ; c'est ce qu'écrivent aussi le Rambam z"l et le Baal Ha'Itour. Telle n'est pas l'opinion du Rif z"l, et c'est à son avis que se range mon père, le Roch z"l.
S'il l'a lue en somnolant, c'est-à-dire endormi sans l'être, éveillé sans l'être, il est quitte.
S'il était en train de l'écrire, c'est-à-dire qu'il lit un verset puis l'écrit, il est quitte, à condition qu'elle soit entièrement écrite devant lui. De même s'il la corrigeait ou l'expliquait, c'est-à-dire qu'il lit un verset puis l'explique, il est quitte, pourvu qu'il ait l'intention de la lire comme il se doit, et non comme celui qui lit pour corriger ; et en l'expliquant, il ne l'interrompra pas par d'autres sujets.
Le lecteur doit avoir l'intention de s'acquitter par sa lecture et aussi d'acquitter tous les auditeurs ; l'auditeur aussi doit avoir l'intention de s'acquitter. Ce qu'on exige, que le lecteur ait l'intention d'acquitter l'auditeur en particulier, ne vaut que pour un particulier qui lit ; mais l'officiant (chalia'h tsibbour), par défaut, a l'intention pour tous, comme nous l'avons appris dans la Michna : celui qui passait derrière la synagogue et a entendu le son de la Meguila, s'il a dirigé son cœur, est quitte.
Yerouchalmi : on n'est pas pointilleux sur ses fautes [de lecture]. Rav Its'hak bar Abba et Rav 'Hananel étaient assis devant Rav ; l'un lisait « Yehoudim » et l'autre « Yehoudiyim », et on ne fit recommencer ni l'un ni l'autre. Certains expliquent : seulement pour une faute de ce genre, où la langue et le sens restent les mêmes ; mais pour une autre faute, non, car sinon il ne l'a pas lue en entier.
On doit dire les dix fils d'Haman d'une seule respiration. Yerouchalmi : il faut les dire d'un seul souffle, et [le mot] « asséret » (les dix) avec eux.
Selon Rabbi Natan z"l, celui qui lit la Meguilat Esther en public doit la lire d'un seul tenant, parce qu'elle est une lettre ; mais d'une seule respiration, cela n'est nécessaire que pour les dix fils d'Haman et le mot « asséret ». C'est pourquoi, s'il s'arrête d'un verset à l'autre, il en a le droit ; et la durée de l'arrêt, entre deux versets comme au milieu d'un verset, n'est que le temps d'une respiration.
Yerouchalmi : on doit dire : « Maudit soit Haman, béni soit Morde'haï ; maudite soit Zerech, bénie soit Esther ; maudits soient tous les méchants, bénis soient tous les justes. » Rabbi Pin'has a dit : on doit dire aussi : « Et 'Harbona, qu'on se souvienne de lui en bien. »
Rav Haï z"l écrit : l'usage que nous avons vu est que celui qui lit la Meguila la déploie et la lit comme une lettre ; mais [la lire] comme un Sefer Torah, nous ne l'avons pas vu. Rav Natronaï z"l écrit : sachez que dans les deux yechivot de la Maison de notre Maître, à Babylone, et partout en Israël, on la lit et on la roule comme un Sefer Torah. En Espagne, en Allemagne et en France, on fait comme Rav Haï.
La Meguila lue en son temps, c'est-à-dire le 14, qui est son temps principal, on la lit même seul, selon le Rif. Rabbénou Tam écrit : il n'est même pas nécessaire de chercher dix personnes ; même a priori, on la lit seul. Le Bahag tranche : seulement à dix. Rav Amram z"l écrit : il faut chercher dix personnes, et s'il est impossible [de la lire] à dix, alors on la lit seul ; c'est à cet avis que se range mon père, le Roch z"l.