טור אורח חיים

Tour Orah Haim — siman 68

Rabbi Yaakov ben Asher (Baal HaTour) · Interruption des bénédictions du Chema pour les kerovets
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Le Ramah tient pour interdit d'interrompre les berakhot du Chema par des kerovets : on ne change pas la formule des Sages. Lui-même vient seulement pour kedouchot, kaddichim, amen et tefila avec le tsibbour, et dit mieux shogeg que mezid. Usage du Ramah : tout dire à voix basse jusqu'à « haoné léamo Israël », puis conclure la gueoula avec le tsibbour. Le Rambam interdit d'ajouter ; le Raavad et Rabbénou Tam soutiennent l'usage. Le Tour, d'après le Roch, juge bon d'abolir cet usage si l'on peut.

Glossaire

kerovets
piyoutim insérés dans les berakhot du Chema
Ramah
R. Méir Halévi Aboulafia (pas le Rema)
matbea
formule fixée des berakhot
shogeg
par erreur
mezid
volontairement
chalia'h tsibbour
officiant
somèkh gueoula litefila
accoler la berakha de la délivrance à la tefila
meorot
piyoutim insérés dans Yotser Or
ahava
piyoutim insérés dans Ahavat Olam / Ahava Rabba
zoulatot
piyoutim du « zoulatekh » (après le Chema)

בענין ההפסקה שמפסיקין בברכות שמע לומר קרוב"ץ ראוי היה שלא להפסיק והרמ"ה נשאל על זה והשיב כך ראינו שאסור להפסיק והרי בפי' שנינו ברכות (יא.) במקום שאמרו לקצר אינו רשאי להאריך ועוד שנינו (שם מ: עיין ברמב"ם ובכ"מ פ"א מהלכות ברכות הלכה ז') כל המשנה ממטבע שטבעו חכמים בברכות לא יצא ידי חובתו ואשר הוגד לכם שאני יושב ביניהם ושומע ושותק אמת הוגד לכם ולא מפני שהדבר ישר בעיני אני בא בעת הקרוב"ץ אלא כדי שלא אמנע עצמי מסדר הקדושות והקדישים ועניית אמן ולהתפלל עם הצבור אך מה שהוגד לכם שיש בידי למחות לא הוגד לכם האמת על כן אמרתי הנח להם לישראל מוטב שיהו שוגגין ואל יהו מזידין וזו היא סיבת שתיקתי ומנהגי ביום הקרוב"ץ כיון שהתחיל ש"צ ביוצר אור אני מתחיל לברך לבדי בלחש כל הברכות כסדרן וקורא ק"ש ומברך אחריה ברכת אמת ויציב אך איני גומרה מיד רק עד העונה לעמו ישראל בעת שועם אליו ומשם ואילך אני שותק איני מברך ולא מדבר בדברי תורה ולא בדברי שיחה עד שש"צ מגיע למקום שפסקתי ואני חותם עם הצבור ברכת אמת ויציב בגאולה ואני סומך גאולה לתפלה ע"כ. וכ"כ הרמב"ם ז"ל ברכות אלו עם שאר הברכות אין אדם רשאי לפחות מהן ולא להוסיף עליהם אמנם נוהגין בכל המקומות לומר בהם קרוב"ץ. וגם הראשונים אשר תקנום היו גדולי עולם כמו רבי אלעזר הקליר וחבריו וכן כתב הראב"ד למעט או להרבות באמצע הברכה אין קפידא לפיכך נהגו להוסיף פיוטין במאורות ובאהבה ובזולתות: וגם ר"ת דחק לפרש ההיא דבמקום שאמרו לקצר וכו' כדי לקיים המנהג ומ"מ טוב ויפה הדבר לבטלה למי שאפשר כי היא סיבה להפסיק בשיחה בטלה בדברי הבאי גם פירוש ר"ת שפירש לקיים המנהג לא ישר בעיני א"א ז"ל:

Au sujet de l'interruption que l'on fait dans les berakhot du Chema pour dire les kerovets : il eût été convenable de ne pas interrompre. Le Ramah en fut interrogé et répondit ainsi : nous avons vu qu'il est interdit d'interrompre. Or nous avons appris explicitement dans Berakhot (11a) : à l'endroit où l'on a dit d'abréger, on n'a pas le droit d'allonger ; et nous avons encore appris (là-même 40b ; voir le Rambam et le Kessef Michné, Hilkhot Berakhot 1,7) : quiconque change la formule (matbea) que les Sages ont instituée pour les berakhot n'est pas quitte de son obligation. Quant à ce qu'on vous a rapporté, que je m'assieds parmi eux, que j'écoute et que je me tais : on vous a dit vrai. Ce n'est pas que la chose me paraisse juste que je viens à l'heure des kerovets, mais afin de ne pas me priver de l'ordre des kedouchot et des kaddichim, de répondre amen et de prier avec le tsibbour. Mais ce qu'on vous a rapporté, que j'ai le pouvoir de protester, on ne vous a pas dit la vérité. C'est pourquoi j'ai dit : laissez Israël ; mieux vaut qu'ils soient shogeg (par erreur) et non mezid (volontairement). Telle est la cause de mon silence. Et mon usage, le jour des kerovets : dès que le chalia'h tsibbour a commencé Yotser Or, je commence à bénir tout seul à voix basse toutes les berakhot dans leur ordre, je lis le Chema et je bénis après lui la berakha Emet veyatsiv ; toutefois je ne la termine pas tout de suite, seulement jusqu'à « Celui qui répond à Son peuple Israël au moment où ils crient vers Lui » ; et de là en avant je me tais : je ne bénis pas, je ne parle ni paroles de Torah ni propos de conversation, jusqu'à ce que le chalia'h tsibbour arrive à l'endroit où je me suis arrêté ; alors je conclus avec le tsibbour la berakha Emet veyatsiv par la gueoula, et j'accole la gueoula à la tefila. Fin de citation. Ainsi a aussi écrit le Rambam z"l : ces berakhot, avec le reste des berakhot, nul n'a le droit d'en retrancher ni d'y ajouter. Toutefois l'usage est, en tous lieux, d'y dire les kerovets. Les Premiers qui les ont institués étaient des grands du monde, comme Rabbi Elazar HaKalir et ses compagnons. Ainsi a aussi écrit le Raavad : diminuer ou augmenter au milieu de la berakha, on n'y fait pas de difficulté ; c'est pourquoi l'on a pris l'usage d'ajouter des piyoutim dans les meorot, dans l'ahava et dans les zoulatot. Rabbénou Tam aussi s'est efforcé d'expliquer le passage « à l'endroit où l'on a dit d'abréger, etc. » afin de soutenir l'usage. Néanmoins il est bon et beau de l'abolir pour qui le peut, car c'est une cause d'interrompre par des propos oiseux et des paroles vaines. L'explication même de Rabbénou Tam, donnée pour soutenir l'usage, n'a pas paru juste aux yeux de mon maître mon père z"l.