טור אורח חיים

Tour Orah Haim — siman 269

Rabbi Yaakov ben Asher (Baal HaTour) · Le kiddouch à la synagogue
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Le Tour s’étonne du minhag du chaliah tsibbour qui fait le kiddouch à la synagogue, car il n’y a de kiddouch qu’au lieu du repas ; l’institution n’était que pour les hôtes. Celui qui fait le kiddouch n’en goûte pas : il donne à un enfant. Le Tour rejette Rav Natronaï (remède des yeux) et suivrait Rav Haï : sans hôtes, on ne fait pas le kiddouch ; s’il le pouvait, il abolirait le minhag.

Glossaire

chaliah tsibbour / shats
officiant, envoyé de l’assemblée
makom seouda
lieu du repas (condition du kiddouch)
berakha levatala
bénédiction en vain
pessia gassa
grand pas, pas allongé
kiddoucha devei chimchei
kiddouch du vendredi soir

ונוהגין בכל המקומות שש"ץ מקדש בבה"כ ואני תמה היאך נתפשט זה המנהג דהא קי"ל כשמואל שאין קידוש אלא במקום סעודה ולדידיה אין מקדשין בבה"כ אלא לאפוקי אורחין דאכלי ושתי בבי כנישתא דלדידהו הוי מקום סעודה וכיון דהשתא ליכא אורחין דאכלי התם קרוב הדבר להיות ברכה לבטלה: והמקדש בב"ה אין לו לשתות מיין של קידוש דכיון שאינו יוצא בו שאינו לו במקום סעודה אסור לו לטעום עד שיקדש במקום סעודה אלא יתן לתינוק ושפיר דמי דהא דאמרינן (פסחים קו.) המברך צריך שיטעום לאו דוקא הוא אלא ה"ה נמי אם טעים אחר שפיר דמי ורב נטרונאי כתב שמקדשין בבהכ"נ אף ע"פ שאין אוכלין שם אע"פ שאין קידוש אלא במקום סעודה אפי' הכי מקדשין בה מפני שהטעמת יין של קידוש של שבת רפואה היא ומה שטועמין כל הציבור לא שחובה היא לטעום אלא שחובה לשמוע קידוש בלבד וכיון ששמעו הציבור הקידוש יצאו ידי חובתם ואין צריכים לטעום וזה שמקדש ונותן לציבור משום רפואה ליתן על עיניהם דאמרינן פסיעה גסה נוטלת אחת מחמש מאות ממאור עיניו של אדם ובמאי מהדר ליה בקידושא דבי שמשי הילכך כיון דאיכא מן הציבור דלית להו יין תיקנו לקדש בבהכ"נ על היין משום רפואה ע"כ וכל דבריו תמוהין מ"ש שיוצאין בשמיעה בלא טעימה תמה על עצמך היאך יוצאין אפילו בטעימה כיון שאינו מקום סעודה ולא עוד אלא שאסורין לטעום כדפי' וגם מ"ש שתיקנו לקדש משום רפואה זה לא מצינו שלא תקנו אותו אלא משום אורחין וכיון דליכא אורחין ראוי היה שלא לקדש ואי איישר חילי אבטליניה וכ"כ רב האי שאם אין אורחין אין מקדשין בבהכ"נ:

On a l’habitude, en tous lieux, que le chaliah tsibbour fasse le kiddouch à la synagogue. Et je m’étonne comment cette coutume s’est répandue : nous tenons comme Chemouel qu’il n’y a de kiddouch qu’au lieu du repas, et selon lui on ne fait pas le kiddouch à la synagogue, sinon pour acquitter les hôtes qui mangent et boivent à la synagogue, pour qui c’est le lieu du repas. Puisqu’à présent il n’y a plus d’hôtes qui y mangent, la chose est proche d’être une bénédiction en vain. Celui qui fait le kiddouch à la synagogue ne doit pas boire du vin du kiddouch : puisqu’il ne s’en acquitte pas, ce n’étant pas pour lui le lieu du repas, il lui est interdit de goûter jusqu’à ce qu’il fasse le kiddouch au lieu du repas. Qu’il donne plutôt à un petit enfant, et c’est bien : ce que l’on dit (Pessa’him 106a), « celui qui bénit doit goûter », n’est pas à prendre au pied de la lettre ; de même si un autre goûte, c’est bien. Rav Natronaï a écrit que l’on fait le kiddouch à la synagogue même si l’on n’y mange pas : bien qu’il n’y ait de kiddouch qu’au lieu du repas, on y fait néanmoins le kiddouch, parce que goûter le vin du kiddouch de Chabbat est un remède. Ce que tout le tsibbour goûte n’est pas une obligation de goûter, mais seulement une obligation d’entendre le kiddouch ; une fois qu’ils l’ont entendu, ils sont quittes et n’ont pas besoin de goûter. Celui qui fait le kiddouch et en donne au tsibbour le fait à titre de remède, pour mettre [le vin] sur leurs yeux : on dit qu’un grand pas retire un cinq-centième de la lumière des yeux de l’homme, et par quoi la lui rend-on ? Par le kiddouch du vendredi soir. C’est pourquoi, puisqu’il y a parmi le tsibbour des gens qui n’ont pas de vin, on a institué de faire le kiddouch à la synagogue sur le vin, à titre de remède. Jusqu’ici ses paroles. Et toutes ses paroles sont étonnantes. Ce qu’il a écrit, qu’on s’acquitte par l’écoute sans goûter : étonne-toi toi-même comment l’on s’acquitterait même en goûtant, puisque ce n’est pas le lieu du repas ; et non seulement cela, mais il leur est interdit de goûter, comme je l’ai expliqué. Et ce qu’il a écrit, qu’on a institué de faire le kiddouch à titre de remède : cela, nous ne l’avons pas trouvé ; on ne l’a institué que pour les hôtes. Puisqu’il n’y a plus d’hôtes, il conviendrait de ne pas faire le kiddouch ; et si j’en avais la force, je l’abolirais. Ainsi a écrit Rav Haï : s’il n’y a pas d’hôtes, on ne fait pas le kiddouch à la synagogue.