שולחן ערוך, יורה דעה

Choulhan Aroukh — Yoré Déa, siman 258

Rabbi Yossef Karo · Rema : Rabbi Moche Isserles · Loi de celui qui rattache un bien à la tsedaka
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Assimiler un objet à de la tsedaka vaut neder. Un vœu de tsedaka ne se rétracte que par un sage, et plus du tout une fois en main du gabbaï. On ne consacre pas ce qui n'est pas en sa possession. La pensée de donner oblige selon l'avis principal. Amendes et dons au pauvre suivent les règles du neder.

Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim.

SUJETRattacher un bien à la tsedaka (matfis) : comme un neder
À FAIREMatfis
Sela de tsedaka devant lui : « celui-ci est comme celui-là » — le second est tsedaka. « Celui-ci est tsedaka » puis « et celui-ci » : le second aussi
À FAIREFormule
Dire « pour la tsedaka », pas « pour le hekdech ». Sans précision, hekdech = tsedaka aux pauvres. Hekdech véritable : pas de profit, interroger un sage (déliaison par regret)
À FAIREDestination
Synagogue / sefer Torah : celle qu’il fréquente dans sa ville (deux : aux deux). Huile d’éclairage : synagogue, pas le beit hamidrach. « Aux pauvres » : pauvres de sa ville, sauf usage contraire
À FAIRESomme oubliée
Donner davantage jusqu’à dire : « je n’ai pas eu l’intention d’autant »
À ÉVITERSe rétracter seul
Sage seulement. Déjà en main du gabbaï : plus de déliaison. Pensée de donner : tenue (avis principal)
À ÉVITERConsacrer hors possession
Dépôt nié ; vol sans désespoir : ni le voleur ni le propriétaire. Créance dite seulement « qu’elle soit tsedaka » : rien
OUICréance / asmakta / don au pauvre / amende / objet déjà plus cher
« Quand elle me parviendra » : accomplir. Devant débiteur + gabbaï : acquise (maamad chelachtam), interdit de changer. Condition faite : donner. Don promis à un pauvre : comme neder. Amende dite tsedaka devant gabbaï : le pardon n’annule pas. Objet déjà plus cher au moment du prix : pas de rétractation
NONErreur / plus-value après / 'hérem de divorce
Lèvres qui visaient un autre objet : rien. Prix fixé puis enchérissement sans prise de possession ni argent : on peut se rétracter. Couple raccommodé après 'hérem d’amendes : certains les disent quittes
REMAUsage de mort : héritiers répartissent même hors ville. Amende à la tsedaka : gabbaï peut réclamer (bien avec demandeurs). Héritiers libres de répartir : bien sans demandeurs. Gage = prêt : pas de consécration ; surplus : avis partagés. Qui n’a pas de quoi payer : on laisse le nécessaire.
La parole qui rattache un bien à la tsedaka engage comme un neder : on donne selon l’intention et l’usage, on ne se rétracte pas seul, et l’on ne consacre que ce qui est en sa possession.

Glossaire

matfis
rattacher un objet à la tsedaka en le déclarant semblable à un bien déjà consacré
neder
vœu
hekdech
bien consacré, au Temple ou, par extension, aux pauvres
maamad chelachtam
présence simultanée du cédant, du cessionnaire et du détenteur, qui opère le transfert
asmichta
engagement pris seulement si une condition se réalise
'hérem
interdit communautaire solennel
amira legavoah
la parole dite au Très-Haut a force de remise à un profane
yiouch
désespoir du propriétaire de récupérer son bien

דין המתפיס בצדקה. ובו י"ג סעיפים:המתפיס בצדקה הרי זה כמתפיס בנדר כיצד היה סלע של צדקה מונח לפניו ואמר על אחר הרי זה כזה (הרי זה) צדקה: הגה אל יאמר אדם סלע זה להקדש אלא לצדקה (מרדכי ריש פ"ק דעבודת כוכבים וב"י ס"ס רנ"ט בשם הג"א שם וכל בו) ומ"מ אם אמר להקדש סתם כוונתו לצדקה לעניים (ב"י בשם הרמב"ן ותשו' רשב"א סי' תשס"ב) מיהו אם אמר שכוונתו להקדש ממש אין לו תקנה ליהנות ממנו וצריך לשאול לחכם ומתירין לו בחרטה כשאר נדר (הגהות אשיר"י שם):

Qui rattache un bien à la tsedaka (matfis), c'est comme qui rattache à un neder. Comment ? Un sela de tsedaka était posé devant lui, et il a dit d'un autre : « Celui-ci est comme celui-là » : celui-ci est tsedaka. (Rema : Que l'homme ne dise pas : « ce sela-ci pour le hekdech », mais « pour la tsedaka » (Mordekhai). Néanmoins, s'il a dit « pour le hekdech » sans précision, son intention est la tsedaka aux pauvres (B.Y. au nom du Ramban et du Rachba). Toutefois, s'il a dit que son intention était le hekdech véritable, il n'a pas de remède pour en tirer profit : il doit interroger un sage, qui le délie par le regret, comme pour tout autre neder.)

המפריש סלע ואמר הרי זה צדקה ואמר על אחר וזה גם השני צדקה (ואם רצה לומר על סלע זה והוציא בשפתיו על אחר הוי טעות ואינו כלום) (שם בהגהות אשיר"י):

Qui a mis de côté un sela et a dit : « Celui-ci est tsedaka », puis a dit d'un autre : « et celui-ci » : le second aussi est tsedaka (s'il voulait parler de ce sela-ci et que ses lèvres ont dit d'un autre, c'est une erreur et cela n'est rien).

הנודר צדקה ואינו יודע כמה נדר מרבה ליתן עד שיאמר לא לכל כך נתכוונתי:

Qui a voué de la tsedaka et ne sait pas combien il a voué donne davantage jusqu'à dire : « Je n'ai pas eu l'intention d'autant. »

האומר תנו ק' ק' זוז או ספר תורה לבית הכנסת יתנו לבית הכנסת שהוא רגיל בעיר שהוא דר שם: הגה ואם רגיל בשתים יתן לשתיהם (טור) האומר ליתן שמן למאור יתן לבית הכנסת ולא לבית המדרש (ב"י בשם תשובת הרמב"ן סימן רס"ח):

Qui dit : « Donnez cent zouz, ou un sefer Torah, à la synagogue », on donnera à la synagogue qu'il fréquente dans la ville où il habite. (Rema : S'il en fréquente deux, il donnera aux deux (Tour). Qui dit de donner de l'huile pour l'éclairage donnera à la synagogue et non au beit hamidrach (B.Y. au nom d'un responsum du Ramban).)

האומר תנו ק' ק' זוז לעניים יתנו לעניי אותה העיר שהוא דר בה: הגה ועיין לעיל סימן רנ"א סעיף ה' וכל זה מן הסתם אבל במקום שיודעים כוונתו שלא כיוון לעניי אותה העיר לבד כגון במקומות שדרך עשירים ליתן לצדקה הרבה בשעת מיתתן ודרך לחלוק אותן הצדקות לכל עניים הולכים אחר זה ואפילו נדר סתם הולכים אחר המנהג ויחלקו יורשיהם הצדקה לכל עניים הטובים בעיניהם אפילו אינם בעירם ואפילו היתה אותה צדקה מונחת ומופקדת ביד אחר יתנו אותה ליורשים ויודיעום שכך נדר (מרדכי פ"ק דב"ב) המחייב עצמו בקנס לצדקה ועבר צריך ליתנם לעניים שבעיר ולא יוכל לומר שיתנם לעניים אחרים ויוכל הגבאי לתבעו דמקרי ממון שיש לו תובעים (מרדכי פרק בני העיר בשם מהר"ם) אבל מי שהקדיש ממון הרבה ומינה עליהם יורשיו לחלקו כפי הטוב בעיניהם אפי' לעניי עיר אחרת מקרי ממון שאין לו תובעים ואין גבאי העיר יכולין לכוף אותן ולתבען שיקיימו צוואת המת ואע"ג דעוברים וגוזלים העניים מכל מקום מקרי ממון שאין לו תובעים הואיל ויכולין לחלק לכל מי שירצה (ב"י בסי' רנ"ט בשם תשובת הרשב"א) ואפילו היו האפוטרופסים שנים ומת אחד מהן אין הקהל יכולין למנות אחר אלא הנשאר יעשה מה שירצה וכמו שצוה הנותן (שם ושם) ועיין בח"ה סי' ש"א ואפי' בצדקה של בני עיר אין אדם יכול לתבוע צדקה אלא אם כן יש לו הרשאה מן הגבאי או טובי העיר המקדיש מנה לצדקה ואין לו לשלם מסדרין לו כמו לשאר בעל חוב (ב"י בשם ס"ה שער א'):

Qui dit : « Donnez cent zouz aux pauvres », on donnera aux pauvres de la ville où il habite. (Rema : Voir plus haut siman 251 seif 5. Tout cela est dit du cas ordinaire. Mais là où l'on sait que son intention n'était pas seulement les pauvres de cette ville — par exemple aux lieux où les riches ont coutume de donner beaucoup de tsedaka à l'heure de leur mort, et où l'on a coutume de répartir ces tsedakot à tous les pauvres —, on suit cela : même s'il a voué sans précision, on suit l'usage, et ses héritiers répartiront la tsedaka à tous les pauvres qui leur semblent bons, même s'ils ne sont pas de leur ville. Même si cette tsedaka était déposée en main d'un autre, on la remettra aux héritiers et on les informera qu'il a ainsi voué (Mordekhai). Qui s'est obligé par une amende à la tsedaka et a transgressé doit la donner aux pauvres de la ville ; il ne peut dire qu'il la donnera à d'autres pauvres ; et le gabbaï peut la lui réclamer, car cela s'appelle un bien qui a des demandeurs (Mordekhai au nom de Maharam). Mais qui a consacré beaucoup d'argent et a nommé dessus ses héritiers pour le répartir selon ce qui leur semble bon, même aux pauvres d'une autre ville : cela s'appelle un bien qui n'a pas de demandeurs, et les gabbaïm de la ville ne peuvent les contraindre ni leur réclamer d'accomplir le testament du défunt. Même s'ils transgressent et spolient les pauvres, cela s'appelle néanmoins un bien sans demandeurs, puisqu'ils peuvent répartir à qui ils veulent (B.Y. au nom d'un responsum du Rachba). Même s'il y avait deux tuteurs et que l'un est mort, la communauté ne peut en nommer un autre : celui qui reste fera ce qu'il veut, selon ce qu'a ordonné le donateur. Voir 'Hochen Michpat siman 301. Même pour la tsedaka des gens de la ville, nul ne peut réclamer de la tsedaka s'il n'a mandat du gabbaï ou des notables de la ville. Qui consacre une mine à la tsedaka et n'a pas de quoi payer : on lui laisse le nécessaire, comme à tout autre débiteur (B.Y.).)

הנודר צדקה אינו יכול לחזור בו אלא א"כ נשאל לחכם והתיר לו ואם הגיע ליד הגבאי אינו יכול להשאל עליו:

Qui a voué de la tsedaka ne peut se rétracter, à moins de s'adresser à un sage qui le délie. Si [l'argent] est parvenu en main du gabbaï, il ne peut plus s'en faire délier.

אין אדם מקדיש דבר שאינו ברשותו כיצד היה לו פקדון ביד אחר וכפר בו זה שהוא אצלו אין הבעלים יכולין להקדישו אבל אם לא כפר בו הרי הוא ברשות בעליו בכל מקום שהוא בד"א במטלטלין אבל קרקע שגזלה אחד וכפר בה אם יכול להוציאה בדיינים הרי זה יכול להקדישה ואע"פ שעדיין לא הוציאה שהקרקע עצמה הרי היא ברשות בעליה הגוזל את חבירו ולא נתייאשו הבעלים שניהם אינם יכולים להקדישו זה לפי שאינו שלו וזה לפי שאינו ברשותו וכן כל כיוצא בזה: הגה אם יש לו משכון ביד חבירו מה שהוא נגד הלואתו אינו יכול להקדיש והמותר יכול להקדיש (מרדכי פ' המוכר) וי"א דאפילו המותר אינו יכול להקדיש (תא"ו ני"ט) המקדיש שטר חוב צריך כתיבה ומסירה כמו בהדיוט (ב"י סי' רנ"ט בשם תשובת הרשב"א):

Nul ne consacre une chose qui n'est pas en sa possession. Comment ? Il avait un dépôt en main d'un autre, et celui chez qui il se trouve l'a nié : le propriétaire ne peut le consacrer. Mais s'il ne l'a pas nié, il est en possession de son maître, où qu'il soit. De quoi parle-t-on ? Des meubles. Mais un immeuble qu'un autre a volé et nié : s'il peut le faire sortir en justice, il peut le consacrer, même s'il ne l'a pas encore fait sortir, car le fonds lui-même est en possession de son maître. Qui vole son prochain, et que le propriétaire n'a pas désespéré [de récupérer] : ni l'un ni l'autre ne peuvent le consacrer — celui-ci parce que ce n'est pas à lui, celui-là parce que ce n'est pas en sa possession. Et ainsi de tout cas semblable. (Rema : S'il a un gage en main de son prochain, ce qui correspond au prêt, il ne peut le consacrer ; le surplus, il peut le consacrer (Mordekhai). Et certains disent que même le surplus, il ne peut le consacrer (Teroumat ha-Dechen). Qui consacre un titre de créance a besoin d'un écrit et d'une remise, comme pour un profane (B.Y. au nom du Rachba).)

אם יש לו חוב על אחד ואומר יהיה להקדש או לצדקה אינו כלום אבל אם אמר חוב שיש לי על פלוני כשיבא לידי אקדישנו או אתננו לצדקה חייב להשלים דבריו להקדישו וליתנו כשיבא לידו ואפי' האומר חוב שיש לי ביד פלוני יהיה לצדקה אם אמר כן בפני ב"ח ובפני הגבאי או בפני טובי העיר (או אדם חשוב שבעיר) (ב"י בשם ר"י) זכה בו הגבאי מדין מעמד שלשתם והרי הוא צדקה ואינו יכול לחזור בו ואסור לשנותו:

S'il a une créance sur quelqu'un et dit : « Qu'elle soit hekdech ou tsedaka », cela n'est rien. Mais s'il a dit : « La créance que j'ai sur un tel, quand elle me parviendra, je la consacrerai ou je la donnerai à la tsedaka », il doit accomplir sa parole : la consacrer et la donner quand elle lui parviendra. Même celui qui dit : « La créance que j'ai en main d'un tel sera tsedaka », s'il l'a dit devant le débiteur et devant le gabbaï, ou devant les notables de la ville (ou un homme important de la ville), le gabbaï l'acquiert par le droit du maamad chelachtam (présence des trois), et c'est tsedaka : il ne peut se rétracter, et il est interdit de la changer.

המכה את חבירו או חרפו בענין שחייב לפי תקנת העיר ה' זהובים ואמר בפני הגבאי או בפני טובי העיר איני חפץ בקנס אלא יהיה לצדקה ואחר כך פייסו עד שמחל לו אין מחילתו כלום וזכו העניים בקנס:

Qui frappe son prochain ou l'insulte de manière à devoir, selon le règlement de la ville, cinq pièces d'or, et a dit devant le gabbaï ou devant les notables de la ville : « Je ne veux pas de l'amende, qu'elle soit tsedaka », puis l'a apaisé jusqu'à ce qu'il lui pardonne : son pardon n'est rien, et les pauvres ont acquis l'amende.

נדר לצדקה באסמכתא כגון אם אעשה דבר פלוני אתן כך וכך לצדקה ועשאו חייב ליתן:

Un neder de tsedaka par asmichta (engagement conditionnel), par exemple : « Si je fais telle chose, je donnerai telle somme à la tsedaka », et il l'a faite : il doit donner.

איש ואשה שקבלו עליהם חרם להתגרש והעמידו קנסות על ככה לצדקה ואח"כ נתפייסו שלא להתגרש יש מי שאומר שפטורים מהקנסות (והוא הדין בשאר דברים כיוצא בזה):

Un homme et une femme qui ont pris sur eux un 'hérem de divorcer et ont fixé pour cela des amendes à la tsedaka, puis se sont raccommodés pour ne pas divorcer : il est qui dit qu'ils sont quittes des amendes. Il en est de même en toute chose semblable.

אמר ליתן לחבירו מתנה אם הוא עני הוי כנודר לצדקה ואסור לחזור בו:

Qui a dit de donner un don à son prochain : s'il est pauvre, c'est comme un neder de tsedaka, et il est interdit de se rétracter.

האומר חפץ פלוני אני נותן לצדקה בכך וכך והוא שוה יותר אינו יכול לחזור בו (דכל אמירה שיש בה רווחא לצדקה אמרי' ביה אמירתו לגבוה כמסירתו להדיוט) (ר"ן פ"ק דקדושין ובהגהות אשיר"י) אבל אם לא היה שוה יותר באותה שעה ואחר כך הוקר יכול לחזור בו כיון שלא משך ולא נתן הכסף: הגה אם חשב בלבו ליתן איזה דבר לצדקה חייב לקיים מחשבתו ואין צריך אמירה אלא דאם אמר היו כופין אותו לקיים (מרדכי פ"ק דקדושין ובפ"ק דב"ב ובהגהות ובמהרי"ק שורש קפ"ה ומה"ר פרץ ובהגהות סמ"ק ורא"ש פ"ק דתענית) וי"א דאם לא הוציא בפיו אינו כלום (הרא"ש כלל י"ג) והעיקר כסברא הראשונה (ועיין בחושן המשפט סי' רי"ב):

Qui dit : « Tel objet, je le donne à la tsedaka pour tel prix », et qu'il vaut davantage, ne peut se rétracter (car toute parole où il y a profit pour la tsedaka, l'on dit : sa parole au Très-Haut vaut remise à un profane). Mais s'il n'était pas de plus grande valeur à ce moment-là et qu'ensuite il a enchéri, il peut se rétracter, puisqu'il n'a ni pris possession ni donné l'argent. (Rema : Si l'on a pensé dans son cœur de donner quelque chose à la tsedaka, on est tenu d'accomplir sa pensée, et la parole n'est pas nécessaire ; seulement, s'il a parlé, on le contraint à accomplir (Mordekhai). Et certains disent que s'il n'a pas fait sortir [les mots] de sa bouche, cela n'est rien (Roch). L'essentiel est le premier avis (voir 'Hochen Michpat siman 212).)