Quand des brins rompus restent valides s’il en reste de quoi faire un nœud d’attache ; divergences entre le premier avis et Rabbenou Tam ; nœuds de réparation et « tu feras » et non à partir de ce qui est déjà fait.
Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim. [SUJET] Ce qui invalide les tsitsit — brins rompus [FAIRE] Contrôler l’attache | Examiner aussi le départ des tsitsit au coin : une rupture à la racine invalide de l’avis de tous (Taz). [FAIRE] Nœud durable avant pose | Si les brins étaient rompus avant confection et qu’on les a noués d’un nœud durable, puis qu’on en a fait des tsitsit : valide, jonction complète. [FAIRE] Nouer tant que c’est encore valide | Après pose, si une extrémité se rompt mais que les tsitsit sont encore valides, nouer maintenant aide ; l’autre extrémité pourra ensuite se rompre sans invalider. [EVITER] Défaire pour un autre talit | Même un seul brin rompu sous les douze pouces : interdiction de les placer ensuite sur un autre talit (ce serait lekhathila). [EVITER] Réparer le talit sur soi | Ôter le vêtement pour réparer ; rester sur place ne dispense pas, la règle des quatre coudées ne vaut que pour qui marche sans tsitsit. [EVITER] Porter au Chabbat si doute grave | Là où l’on s’appuie seulement sur le Ri faute de tsitsit, ne pas bénir et ne pas sortir dans le domaine public. [CAS:OUI] Reste un nœud d’attache | S’il reste sur chaque brin rompu de quoi faire un nœud d’attache (schleif) autour des rompus — ou autour des seuls rompus si tous ne le sont pas — c’est valide. [CAS:OUI] Une extrémité encore nouable | Si sur l’une des deux extrémités d’un brin il reste de quoi faire un nœud d’attache, c’est valide. [CAS:OUI] Tous rompus d’un côté | Même si toutes les extrémités d’un côté sont rompues, dès lors que de l’autre côté chaque extrémité a de quoi nouer : valide selon le premier avis. [CAS:OUI] Brins trop épais | Assez longs pour un nœud d’attache mais trop épais pour nouer : valide. [CAS:OUI] Halakha comme le premier avis | On bénit sur elles (Biour Halakha). Là où d’autres tsitsit sont faciles à trouver, il est bon de craindre Rabbenou Tam. [CAS:OUI] Contrainte totale | Faute de tout tsitsit, on peut s’appuyer sur le Ri pour porter, sans bénédiction. [CAS:NON] Brin entier sans reste | Si un brin s’est entièrement rompu, sans reste de nœud d’attache sur ses deux extrémités : invalide, même si les autres sont intacts. [CAS:NON] Rupture à la racine | Rompu à l’endroit où il s’attache au coin : invalide de l’avis de tous, même pour le Ri. [CAS:NON] Deux extrémités sans reste et sans soin | Crainte que les deux rompus du même côté n’appartiennent à un seul brin. [CAS:NON] Renouer après invalidité | Si les tsitsit étaient déjà invalides (deux extrémités sans reste, ou brin rompu au trou), ce que l’on noue ensuite n’aide pas : « tu feras et non à partir de ce qui est déjà fait ». [CAS:NON] Trop court dès la confection | Nouer après la première houlia n’aide pas. [CAS:NON] Chute complète de la mitsva | Quand les tsitsit deviennent invalides, il faut ôter le vêtement. [REMA] Premier avis / Rabbenou Tam | Rabbenou Tam : deux brins tiennent lieu de tekhelet et deux de blanc ; une espèce doit rester entière. Si l’on a pris soin à la confection de garder quatre bouts d’un même côté, deux extrémités d’un même côté coupées restent valides même sans reste de nœud, car de chacun reste l’autre bout. [REMA] Double doute | Doute si deux extrémités sont deux brins ou un seul, et si l’addition des restes aide : on est néanmoins rigoureux dès que d’autres tsitsit sont disponibles. Artsot ha-Haïm est indulgent. [REMA] Vendredi / Chabbat | En contrainte, certains valident même si un peu de la tresse s’est rompu. On n’est pas tenu de chercher d’autres tsitsit au point de manquer la tefila avec le tsibbour. [SYNTHESE] Un brin rompu reste valide s’il en reste de quoi faire un nœud d’attache. Rupture à la racine, absence de reste aux deux bouts, ou réparation après invalidité font tomber les tsitsit. La halakha suit le premier avis ; on craint Rabbenou Tam quand on peut changer les fils.
(א) ונשתייר בהם - פי' בכל אחד מן החוט נשאר לעשות עניבה שקורין שליי"ף לכל החוטין הפסוקים ביחד. ואם לא נפסקו כולן די אם נשאר לעשות עניבה על הפסוקים בלבד ולא על כל החוטין:
Et il en est resté — c’est-à-dire que sur chacun des brins il reste de quoi faire un nœud d’attache, appelé schleif, autour de tous les brins rompus ensemble. Si tous n’ont pas été rompus, il suffit qu’il reste de quoi faire un nœud d’attache autour des seuls brins rompus, et non autour de tous les brins.
(ב) כשר - ואם התיר את הציצית אסור ליתנם בטלית אחר דהוי כלכתחלה ואפילו לא נפסק רק חוט אחד ואין בארכו י"ב גודלין:
Valides — Mais si l’on a défait les tsitsit, il est interdit de les placer sur un autre talit, car cela équivaut à un acte a priori (lekhathila) ; même si un seul brin s’est rompu et que sa longueur n’atteint plus douze largeurs de pouce.
(ג) שנפסק כולו - ר"ל שבשני ראשיו לא נשתייר כדי עניבה פסול אף ששאר החוטין היו שלמים ואם נשתייר בשניהם כדי עניבה ע"י צירוף יש להסתפק אם מהני ומשמע מא"ר וכן מדה"ח דיש להחמיר בדבר ואפילו אם יש ספק אם השני ראשין הם משני חוטין או מאחד וא"כ יש כאן ס"ס שמא הם משני חוטין ושמא מצטרפין אפ"ה יש להחמיר משום דציצית מצויין הן והארה"ח מיקל בכגון זה ונראה דאם יש באחד מהראשין כדי לענוב חוט אחד בודאי יש לסמוך עליו:
Qui s’est entièrement rompu — c’est-à-dire que sur ses deux extrémités il n’est pas resté de quoi faire un nœud d’attache : c’est invalide, même si les autres brins sont intacts. S’il est resté sur les deux extrémités de quoi faire un nœud d’attache par addition, on peut douter que cela suffise ; il ressort de l’Elya Rabba et du Derekh ha-Haïm qu’il faut être rigoureux. Même s’il y a doute si les deux extrémités appartiennent à deux brins ou à un seul — d’où un double doute : peut-être deux brins, et peut-être que l’addition aide —, on est néanmoins rigoureux, car des tsitsit sont disponibles. L’Artsot ha-Haïm est indulgent en tel cas. Il semble que s’il y a sur l’une des extrémités de quoi nouer un seul brin, on peut certainement s’y fier.
(ד) פסול - עיין לקמן בס"ג ולכו"ע אם נפסק חוט אחד מעיקרו דהיינו במקום חיבורו בכנף דפסול וכתב הט"ז ע"כ ראוי לכל י"ש שיעיין בשעת בדיקה גם בתחלת מוצאם של הציצית דהיינו במקום חיבורו בכנף אם יש שם קרע:
Invalide — Voir plus bas au seif 3. De l’avis de tous, si un brin s’est rompu à sa racine, c’est-à-dire à l’endroit où il s’attache au coin, c’est invalide. Le Taz écrit qu’il convient donc à tout homme craignant le Ciel d’examiner, lors du contrôle, aussi le départ des tsitsit, c’est-à-dire le point d’attache au coin, pour voir s’il y a une déchirure.
(ה) שני ראשים - ולא נשתייר בשום אחד מהן כדי עניבה אבל אם באחד מהן יש כדי עניבה כשר:
Deux extrémités — et il n’est resté sur aucune d’elles de quoi faire un nœud d’attache. Mais si sur l’une d’elles il y a de quoi faire un nœud d’attache, c’est valide.
(ו) שמא נפסק וכו' - ר"ל אף אם שני הנפסקים מצד אחד מ"מ פן שניהם הם מחוט אחד כיון שלא דקדק בעת עשייה:
De crainte qu’il ne se soit rompu etc. — c’est-à-dire même si les deux rompus sont du même côté, on craint néanmoins que tous deux n’appartiennent à un seul brin, puisqu’on n’a pas pris soin au moment de la confection.
(ז) ב' ראשים וכו' - ה"ה אפילו כל הראשים נפסקו מצד אחד ומהארבעה ראשים שמצד השני לא נשתייר בכל אחד רק כדי עניבה ג"כ כשר דלא נפסל לדעה זו רק אם חסר חוט אחד בשני ראשיו ומ"ש המחבר שהרי יש בראש השני יותר מכדי עניבה לאו דוקא הוא. שאלה חוטי הציצית שנפסקו וחזר וקשרן אם מועיל מה שנעשו שלמים ע"י קשירה ומסקי האחרונים דדינא הכי אם מתחלה קודם שעשה הציצית מהחוטין נפסקו החוטין וקשרן בקשר קיימא ואח"כ עשה מהן ציצית כשר דקשירה הוי חיבור גמור וכן לאחר שנעשה בהכשר דהיינו אם נפסק ראש אחד לאחר הטלת הציצית בהבגד אף אם לא נשתייר בו כדי עניבה מהני לקשרו עתה ואף אם יפסק אח"כ ראש השני מאותו החוט יהיה כשר כיון שבעת הקשירה היה הציצית כשר אבל אם נתקצרו החוטין באופן שנפסלו הציצית עי"ז כגון שנפסקו שני ראשין ולא נשתיירו כדי עניבה או שנפסק החוט במקום הנקב לא מהני מה שחזר אח"כ וקשר דזהו בכלל תעשה ולא מן העשוי בפסול וכ"ש אם היה החוט קצר משיעורו בתחלתו בשעת עשייה בודאי לא מהני מה שחזר אח"כ וקשרו לאחר הכריכה והקשירה של חוליא ראשונה דזהו ממש תעשה ולא מן העשוי וכדלעיל בסימן י"א סעיף י"ג לענין חתך ראשי החוטין:
Deux extrémités etc. — Il en va de même même si toutes les extrémités d’un côté se sont rompues, et que des quatre extrémités de l’autre côté il n’est resté sur chacune que de quoi faire un nœud d’attache : c’est encore valide. Selon cet avis, ce n’est invalide que si un brin manque à ses deux extrémités. Ce qu’écrit l’auteur : « car à l’autre extrémité il y a plus que de quoi faire un nœud d’attache » n’est pas à prendre à la lettre. Question : des brins de tsitsit se sont rompus et on les a renoués ; le fait qu’ils soient redevenus entiers par le nœud aide-t-il ? Les Aharonim concluent ainsi : si dès le départ, avant de faire les tsitsit avec ces brins, les brins s’étaient rompus et qu’on les a noués d’un nœud durable, puis qu’on en a fait des tsitsit, c’est valide, car le nœud constitue une jonction complète. De même après qu’ils ont été faits validement : si une extrémité s’est rompue après la pose des tsitsit sur le vêtement, même s’il n’y reste pas de quoi faire un nœud d’attache, il aide de les nouer maintenant ; et même si ensuite l’autre extrémité de ce même brin se rompt, ce sera valide, puisque au moment du nœud les tsitsit étaient valides. Mais si les brins se sont raccourcis de sorte que les tsitsit en sont devenus invalides — par exemple deux extrémités rompues sans qu’il reste de quoi faire un nœud d’attache, ou un brin rompu à l’endroit du trou —, ce que l’on renoue ensuite n’aide pas : cela entre dans « tu feras », et non à partir de ce qui est déjà fait en état d’invalidité. À plus forte raison si le brin était déjà trop court au départ, au moment de la confection : certainement ce que l’on noue ensuite, après l’enroulement et le nœud de la première houlia, n’aide pas ; c’est exactement « tu feras » et non à partir de ce qui est déjà fait, comme plus haut au siman 11 seif 13 au sujet des extrémités de brins coupées.
(ח) ולר"ת וכו' - טעמו דשני חוטין שהן ד' אנו נותנין במקום תכלת ושני חוטין שהן ד' אנו נותנין במקום לבן צריך עכ"פ שיהיה מין א' שלם:
Et selon Rabbenou Tam etc. — Sa raison : deux brins, qui font quatre [extrémités], nous les mettons à la place du tekhelet, et deux brins, qui font quatre, à la place du blanc ; il faut en tout état de cause qu’une espèce soit entière.
(ט) אם לא דקדק - קשה דהא כ"ש הוא אם דקדק כמ"ש בהג"ה אח"כ וי"ל דנקט לא דקדק משום סיפא דמסיים אבל אם לא נחתכו אלא ב' ראשים דמכשרינן בכדי עניבה דזהו דוקא בלא דקדק אבל אם דקדק אם נחתכו ב' ראשים מצד אחד כשר אפי' לא נשתייר כדי עניבה דהא נשתייר מכל אחד ראש השני אבל אם נפסקו ב' משני צדדין ולא נשתייר בכ"ע פסולין דשמא חוט אחד הן:
Si l’on n’a pas pris soin — On objecte : c’est à plus forte raison si l’on a pris soin, comme l’écrit la glose ensuite. On peut dire qu’il a pris « s’il n’a pas pris soin » à cause de la fin, où il conclut : mais si seulement deux extrémités ont été coupées, on valide avec de quoi faire un nœud d’attache — cela uniquement s’il n’a pas pris soin. Mais s’il a pris soin, si deux extrémités d’un même côté ont été coupées, c’est valide même s’il n’est pas resté de quoi faire un nœud d’attache, car de chacun il reste l’autre extrémité. En revanche si deux se sont rompues des deux côtés et qu’il n’est pas resté de quoi faire un nœud d’attache, c’est invalide, de crainte que ce ne soit un seul brin.
(י) מכשרינן בכ"ע - ר"ל אפילו אם היה השיור כ"ע רק באחד מהן וכנ"ל בסק"ה:
On valide avec de quoi faire un nœud d’attache — c’est-à-dire même si le reste « de quoi faire un nœud d’attache » n’est que sur l’une d’elles, comme plus haut au seif katan 5.
(יא) והלכה וכו' - פשוט דמותר לברך עליהן וכמו שביארנו בבה"ל:
Et la halakha etc. — Il est évident qu’il est permis de bénir sur elles, comme nous l’avons expliqué dans le Biour Halakha.
(יב) כשר - דהא ארוכין הן בכדי עניבה רק מפני עובי אינו יכול לענוב:
Valide — car ils sont assez longs pour un nœud d’attache ; seulement, à cause de l’épaisseur, on ne peut pas les nouer.
(יג) יש לסמוך על ר"י - ומותר ללבוש הבגד. ולעיל בס"א דכתב היכי דאפשר טוב לחוש לסברת ר"ת פי' היכא דאפשר למצא בקל ציצית אחרים אבל א"צ לחזור אחריהם אם אין מזומנים לפניו או שיתבטל עי"ז מתפלה בצבור והכא כתב והיכא דלא אפשר היינו במקום שאין נמצאין ציצית כלל יש לסמוך על ר"י ומ"מ לא יברך עליו וגם אסור לצאת בו בשבת לר"ה ובכזה יש להכשיר בשעת הדחק גם בנפסק קצת מהגדיל ממש [תשובת ג"ו עי"ש] ודע דכ"ז אינו ענין לנפסק החוט במקום הנקב דשם אפילו לר"י פסול מן התורה. ופשוט דכשנפסלים הציצית צריך לפשטו ולא מהני לעמוד על עמדו שלא ילך ד' אמות דאין דין ד' אמות אלא להולך בלי ציצית גם לא יתקן הציצית בעוד הטלית עליו אלא פושטו ומתקנו:
On peut s’appuyer sur le Ri — et il est permis de porter le vêtement. Plus haut au seif 1, où il a écrit : « là où c’est possible, il est bon de craindre l’avis de Rabbenou Tam », cela signifie là où l’on peut trouver facilement d’autres tsitsit ; mais on n’est pas tenu de les chercher s’ils ne sont pas prêts devant soi, ou si l’on manquerait de ce fait la tefila avec le tsibbour. Ici il a écrit « et là où ce n’est pas possible » : c’est-à-dire là où l’on ne trouve pas de tsitsit du tout, on peut s’appuyer sur le Ri. Néanmoins on ne bénira pas dessus, et il est aussi interdit de sortir avec le Chabbat dans le domaine public. En tel cas, en situation de contrainte, on peut aussi valider si un peu de la tresse même s’est rompu [Techouvat G.V., voir là]. Sache que tout cela ne concerne pas un brin rompu à l’endroit du trou : là, même pour le Ri, c’est invalide d’après la Torah. Et il est évident que lorsque les tsitsit deviennent invalides, il faut ôter le vêtement ; il ne sert à rien de rester sur place pour ne pas marcher quatre coudées, car la règle des quatre coudées n’est que pour qui marche sans tsitsit. On ne réparera pas non plus les tsitsit tant que le talit est sur soi : on l’ôte et on les répare.