משנה ברורה

Michna Beroura — siman 31

Rabbi Yisrael Meir Kagan (Hafets Haim) · Loi des tefilin le Chabbat et à Yom Tov
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Interdit de poser les tefilin le Chabbat et à Yom Tov, qui sont eux-mêmes un signe ; à 'Hol Hamoed, usages divergents : mieux vaut poser sans berakha et éviter la dispute.

Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim.

SUJETLoi des tefilin le Chabbat et à Yom Tov — le second jour de Yom Tov est compris pour la diaspora ; usages de 'Hol Hamoed
À FAIRE'Hol Hamoed — poser sans berakha
Les Aharonim concluent comme le Taz : mieux vaut poser sans berakha, car les berakhot n’empêchent pas et le doute des berakhot va vers l’indulgence. Le Gra : l’avis de ceux qui obligent n’a pas de fondement dans le Talmud ; pour la berakha, être strict.
À FAIREIntention avant la pose à 'Hol Hamoed
Penser en son esprit : si je suis tenu, je les pose au nom de mitsva ; sinon, je ne les pose pas au nom de mitsva. Ainsi l’on est quitte selon tous : pas de « bal tossif », pas de mépris du signe de 'Hol Hamoed.
À FAIRERetrait à 'Hol Hamoed
Le retrait doit se faire avant le Hallel. Usage actuel : certains retirent après la Kedoucha de la tefila des dix-huit ; veiller alors à avoir l’intention d’écouter la répétition de la tefila.
À FAIREUsage du lieu
Une communauté qui a l’usage de poser n’a pas à changer. Celui qui ne pose pas et prie dans une maison d’étude où l’on pose : les poser aussi, sans berakha.
À ÉVITERPoser le Chabbat et à Yom Tov
Interdit, y compris le second jour en diaspora. Chabbat et Yom Tov sont eux-mêmes un signe entre le Saint béni soit-Il et Israël ; les tefilin sont un autre signe (« et ce sera pour toi un signe sur ta main ») : on n’ajoute pas un signe à un signe.
À ÉVITERPoser au nom de mitsva
S’il les pose au nom de mitsva : mépris du signe du jour et « bal tossif ». Sans intention de mitsva : pas de bal tossif ni de mépris, sauf s’il les pose en public — interdit de par les Sages.
À ÉVITERTefilin de Rabbenu Tam à 'Hol Hamoed
On ne les posera pas (Pri Megadim).
À ÉVITERDispute et « lo titgodedou » à 'Hol Hamoed
Ne pas bénir à voix haute. Ne pas aller avec eux dans le domaine public à la synagogue. Il n’est pas convenable que dans une même synagogue les uns posent et les autres non.
OUITefilin trouvés le Chabbat dans un champ
Permis de les revêtir et de les faire entrer en ville comme un vêtement (siman 301) — pose « dans le mépris », exception même pour ceux qui sont stricts en tout cas.
OUIDéplacer les tefilin le Chabbat
Certains l’interdisent sauf besoin de leur corps ou de leur lieu, comme tout ustensile dont le travail est un interdit. D’autres permettent de les déplacer pour qu’ils ne tombent pas ou ne soient pas volés. En cas de nécessité : indulgence (voir Biour Halakha).
NONPoser le Chabbat ou à Yom Tov
Interdit, y compris le second jour de Yom Tov en diaspora.
REMAChabbat est un signe (« car c’est un signe entre Moi, etc. »). Yom Tov aussi : à Pessa'h d’Égypte il est écrit « signe », et toutes les fêtes de ה' sont assimilées dans la paracha Emor. À 'Hol Hamoed, divergence : pour les uns, manger la matsa et siéger dans la souka sont aussi un signe ; pour ceux qui dispensent, puisqu’il est permis d’y faire du travail de la Torah, il n’y a pas de signe. Certains sont stricts en tout cas (même sans intention de mitsva), sauf pose dans le mépris (trouvaille au champ).
Interdit de poser les tefilin le Chabbat et à Yom Tov, qui sont eux-mêmes un signe. À 'Hol Hamoed, usages divergents : mieux vaut poser sans berakha, avec l’intention conditionnelle, sans tefilin de Rabbenu Tam, et éviter la dispute.

Glossaire

bal tossif
interdiction d'ajouter à la mitsva
'Hol Hamoed
jours intermédiaires de fête
lo titgodedou
ne vous divisez pas en factions
moëd
fête / 'Hol Hamoed
Kedoucha
sanctification (dans la répétition de l'amida)

(א) ויום טוב - ויו"ט שני נמי בכלל לדידן בני חו"ל:

Et Yom Tov - et le second jour de Yom Tov aussi est compris, pour nous les gens de la diaspora.

(ב) אסור להניח - ואפילו בטלטול י"א ג"כ דאסור אם לא לצורך גופם או מקומם כשאר כלי שמלאכתו לאיסור וי"א דכדי שלא יפלו או שלא יגנבום נמי מותר לטלטלם ממקום למקום ובמקום הדחק יש להקל ועיין בבה"ל:

Il est interdit de poser - et même pour le déplacement, certains disent aussi que c'est interdit, sauf pour le besoin de leur corps ou de leur lieu, comme tout ustensile dont le travail est un interdit ; et certains disent que pour qu'ils ne tombent pas ou qu'on ne les vole pas, il est aussi permis de les déplacer d'un lieu à un autre ; et en cas de nécessité on sera indulgent ; et voir au Biour Halakha.

(ג) שהם עצמם אות - בין הקב"ה ובין ישראל שנאמר כי אות היא ביני וגו' ויו"ט ג"כ מיקרי אות דבפסח מצרים כתיב אות והוקשו כל מועדי ה' בפ' אמור:

Qu'ils sont eux-mêmes un signe - entre le Saint béni soit-Il et Israël, comme il est dit « car c'est un signe entre Moi, etc. » ; et Yom Tov aussi est appelé signe, car à Pessa'h d'Égypte il est écrit « signe », et toutes les fêtes de ה' sont assimilées dans la paracha Emor.

(ד) אות אחר - דהיינו תפילין דכתיב בהו והיה לך לאות על ידך:

Un autre signe - c'est-à-dire les tefilin, dont il est écrit « et ce sera pour toi un signe sur ta main ».

(ה) היה זלזול - וגם עובר משום לאו דבל תוסיף והוא שהניחן לשם מצוה אבל במניחן שלא לשם מצוה אין בו משום בל תוסיף וגם משום זלזול אין בו אם לא שמניחן בפרהסיא דאז אסור מדרבנן ויש מחמירין בכל גווני אם לא שמונחים בבזיון כגון המוצא תפילין בשבת בשדה מותר ללובשם ולהכניסם לעיר דרך מלבוש כמו שיתבאר לקמן בסימן ש"א:

C'était un mépris - et il transgresse aussi l'interdit de « bal tossif », s'il les a posés au nom de mitsva ; mais en les posant sans intention de mitsva, il n'y a pas de « bal tossif », ni de mépris, sauf s'il les pose en public, auquel cas c'est interdit de par les Sages. Et certains sont stricts en tout cas, sauf s'ils sont posés dans le mépris, par exemple celui qui trouve des tefilin le Chabbat dans un champ : il lui est permis de les revêtir et de les faire entrer en ville comme un vêtement, comme il sera exposé plus bas au siman 301.

(ו) גם הם אות - בפסח אכילת מצה ובסוכה ישיבת הסוכה והי"א ס"ל כיון שמותרין בעשיית מלאכה מן התורה ליכא אות:

Eux aussi sont un signe - à Pessa'h, manger de la matsa, et à Souka, siéger dans la souka. Et ceux qui [dispensent 'Hol Hamoed] tiennent que, puisqu'il est permis d'y faire du travail de la Torah, il n'y a pas de signe.

(ז) להניחן במועד - וחליצת התפילין צ"ל בחוה"מ קודם הלל. ועכשיו נהגו איזה אנשים לסלקן אחר קדושה של תפילת י"ח ומ"מ צריכין ליזהר לכוין לשמוע חזרת התפלה:

De les poser au moëd - et le retrait des tefilin doit se faire à 'Hol Hamoed avant le Hallel. Maintenant, certains ont l'usage de les retirer après la Kedoucha de la tefila des dix-huit ; néanmoins ils doivent veiller à avoir l'intention d'écouter la répétition de la tefila.

(ח) שאין וכו' - פי' משום דיש מניחים ויש שאינם מניחים או אין מברכים יש לברך בחשאי כדי שלא לבוא לידי מחלוקת וכן לא ילך בהם בר"ה לבהכ"נ והאחרונים הסכימו לדעת הט"ז דיותר טוב להניחן בלי ברכה כי הברכות אינן מעכבות וספק ברכות להקל ובפרט שהגר"א ז"ל כתב שאין לדעת הי"א עיקר בש"ס ועכ"פ לענין ברכה בודאי יש להחמיר. גם קודם ההנחה יחשוב בדעתו אם אני מחוייב אני מניחן לשם מצוה ואם לאו אין אני מניחן לשם מצוה ובזה יצא ידי כו"ע דאף להסוברים דחוה"מ אינו זמן תפילין אינו עובר על בל תוסיף כיון שאינו מכוין בהנחתם לשם מצוה ודאי וכ"ש שאין לחוש בזה לאיסור זלזול של אות חוה"מ דזה ג"כ אינו אלא במתכוין לשם מצוה כנ"ל. ותפילין דר"ת אין להניחם בחוה"מ [פמ"ג] עוד כתבו האחרונים [והובאו בארה"ח ע"ש] דאין נכון שבהכ"נ אחת קצתם יניחו תפילין וקצתם לא יניחו משום לא תתגודדו. ומי שאין מניח תפילין בחוה"מ שמתפלל בבה"מ שמניחין תפילין יש לו ג"כ להניחן ובלי ברכה וצבור שנהגו להניח תפילין אין להם לשנות מנהגם:

Qu'il n'y a pas, etc. - c'est-à-dire que, comme certains posent et d'autres ne posent pas, ou ne bénissent pas, il faut bénir à voix basse afin de ne pas en venir à la dispute ; et de même il n'ira pas avec eux dans le domaine public à la synagogue. Les Aharonim ont conclu selon l'avis du Taz qu'il est mieux de les poser sans berakha, car les berakhot n'empêchent pas, et le doute des berakhot va vers l'indulgence ; et en particulier le Gra zal a écrit que l'avis de ceux [qui obligent] n'a pas de fondement dans le Talmud ; en tout cas pour la berakha il faut certainement être strict. Aussi, avant la pose, qu'il pense en son esprit : si je suis tenu, je les pose au nom de mitsva ; sinon, je ne les pose pas au nom de mitsva. Par là il sera quitte selon tous : même pour ceux qui tiennent que 'Hol Hamoed n'est pas un temps de tefilin, il ne transgresse pas « bal tossif », puisqu'il n'a pas vraiment l'intention en les posant au nom de mitsva ; à plus forte raison n'y a-t-il pas à craindre l'interdit de mépris du signe de 'Hol Hamoed, qui n'existe aussi que s'il a l'intention au nom de mitsva, comme plus haut. Et les tefilin de Rabbenu Tam, on ne les posera pas à 'Hol Hamoed [Pri Megadim]. Les Aharonim ont encore écrit [cités dans Oreh 'Haïm, voir là-bas] qu'il n'est pas convenable que dans une même synagogue les uns posent des tefilin et les autres non, à cause de « lo titgodedou ». Celui qui ne pose pas de tefilin à 'Hol Hamoed et qui prie dans une maison d'étude où l'on pose des tefilin, qu'il les pose aussi, et sans berakha. Une communauté qui a l'usage de poser des tefilin n'a pas à changer son usage.