משנה ברורה

Michna Beroura — siman 99

Rabbi Yisrael Meir Kagan (Hafets Haim) · Loi de celui qui a bu et de l'ivre pour la tefila
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Qui a bu une reviit de vin ne prie pas jusqu'à dissipation ; l'ivre dont la tefila est une abomination doit recommencer ; différences pour le Chema et les autres berakhot.

Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim.

SUJETQui a bu et l’ivre : tefila, Chema, berakhot ; dissipation du vin
À FAIREAttendre la dissipation
après une reviit de vin bue d’un trait et non coupée ; même habitué et pas ivre : lekhathila on n’y va pas (Birkéi Yossef)
À FAIREMesure
parcours d’un mil à pied ou à cheval ; un peu de sommeil ; cavalier selon certains : trois milin
À FAIREAutres boissons enivrantes
comme le vin pour la tefila (plus grave que nessiout kappayim) ; seuil ≈ une reviit de vin
À ÉVITERPrier ivre
tefila = abomination, comme servir une idole ; s’en abstenir alors sauve de tout malheur (Talmud)
À ÉVITERS’enivrer près de Minha
si le temps va passer : mezid, pas de rattrapage
OUIReviit en deux fois ou coupée d’eau
permis
OUIVin au milieu du repas
n’enivre pas (Semak / Magen Avraham) ; tout dépend de ce qu’il comprend dans son esprit
OUIChema bediavad
même ivre, ne pas s’en dispenser ; vin dissipé avant la fin du temps : relire les parachiot
OUIAutres berakhot, même birkat hamazon
l’ivre peut bénir ; pas au minyan de dix ; zimoun de trois : peut-être permis
OUIYom Tov / Minha après un peu de vin
Yam chel Chelomo : on ne peut attendre ; aujourd’hui on vise moins — ne pas être pointilleux pour « celui qui a bu »
NONIvre qui ne peut parler devant le roi
tefila à recommencer (loi du shogeg) ; Gra strict lekhathila même pour les autres berakhot
NONIvresse de Loth
comme un sot : exempt de toutes les mitsvot ; lecture et berakha non valides — relire et bénir
NONCavalier et beaucoup de vin
un mil ne suffit pas ; trois milin, et encore selon la quantité
REMA« Celui qui a bu » ≠ « l’ivre » : le premier, interdit surtout lekhathila ; le second, tefila abomination — il recommence. Coutume relâchée pour « celui qui a bu » parce qu’on vise peu — Péri Meguadim : cela justifie l’usage, ce n’est pas correct. Berakhot du Chema = statut du Chema. Qui a commencé à boire en pensant dissiper à temps, puis s’est laissé entraîner : encore shogeg.
Reviit d’un trait → attendre un mil ou un peu de sommeil. Ivre = abomination, on recommence. Loth = sot, rien n’est acquis. Chema : lekhathila comme la tefila, bediavad on lit quand même.

Glossaire

lekhathila
a priori
shogeg
par erreur
mezid
volontairement
bediavad
après coup
שתוי
qui a bu (pas encore ivre)
שיכור
ivre
רביעית
reviit
תועבה
abomination
מיל
mil
נשיאת כפים
nessiout kappayim (levée des mains)
זימון
zimoun

(א) שתה יין - ונראה דה"ה שאר משקין המשכרים וכפי מה שכתב הט"ז לקמן בסימן קכ"ח ס"ק ל"ה לענין נשיאת כפים ואפילו לדעת המ"א שם דמיקל בנשיאת כפים מסתברא דתפילה חמירא ואסור כמו ביין כ"כ בספר מגן גיבורים עי"ש ולפי דעת הט"ז לקמן הנ"ל לא בעינן בשאר משקין שיעור רביעית עי"ש ולי נראה דמ"מ בעינן שיהא בו כדי לשכר ברביעית יין:

Il a bu du vin - Il semble qu'il en va de même des autres boissons enivrantes, selon ce qu'a écrit le Taz plus bas au siman 128 seif katan 35 au sujet de la nessiout kappayim. Même selon l'avis du Magen Avraham là-bas, qui est indulgent pour la nessiout kappayim, il est raisonnable que la tefila soit plus grave et interdite comme pour le vin ; ainsi dans le Sefer Magen Guibborim, voir là-bas. Selon l'avis du Taz cité plus bas, on n'exige pas pour les autres boissons la mesure d'une reviit, voir là-bas. Il me semble néanmoins qu'il faut qu'il y ait de quoi enivrer à hauteur d'une reviit de vin.

(ב) כדי רביעית - דוקא אם שתאו בבת אחת אבל בשני פעמים או שמזגו במעט מים מותר ואם שתה יותר מרביעית בכל גווני אסור עד שיסיר יינו מעליו וכדלקמן בסימן קכ"ח סל"ח. וכ"ז כשיכול לדבר לפני המלך דאל"ה אין שייך לענינינו דאיירי בתפלה שום חילוק בזה. כתב המ"א בשם הסמ"ק יין שבתוך הסעודה אינו משכר ועיין עוד שם וכתב הפמ"ג דכ"ז הכל לפי מה שמבין בדעתו:

Une mesure de reviit - Seulement s'il l'a bue d'un trait ; mais en deux fois, ou s'il l'a coupée d'un peu d'eau, c'est permis. S'il a bu plus d'une reviit, de toute façon c'est interdit jusqu'à ce qu'il ôte son vin de dessus lui, comme plus bas au siman 128 seif 38. Tout cela quand il peut parler devant le roi ; sinon, cela ne concerne pas notre sujet, qui traite de la tefila, et il n'y a alors aucune distinction. Le Magen Avraham a écrit au nom du Semak : le vin au milieu du repas n'enivre pas ; voir encore là-bas. Le Peri Megadim a écrit que tout cela dépend de ce qu'il comprend dans son esprit.

(ג) אל יתפלל - ואפילו אם עי"ז יעבור זמן תפלה פר"ח. ועיין בסוף הסימן בשם הים של שלמה דעכשיו שבלא"ה אין מכונין כ"כ בתפלה אין לחוש כ"כ להחמיר אם ע"י המתנתו יעבור זמן תפלה:

Qu'il ne prie pas - Même si par là le temps de la tefila passerait ; Pri Hadash. Voir à la fin du siman au nom du Yam chel Chelomo : maintenant que de toute façon on ne vise pas tant dans la tefila, il n'y a pas tant à craindre d'être strict si, en attendant, le temps de la tefila passerait.

(ד) עד שיסיר יינו - ואף אם רגיל לשתות הרבה ואינו שיכור כלל ברביעית אפ"ה לא יתפלל לכתחלה אם שתה רביעית יין [ברכי יוסף]:

Jusqu'à ce qu'il ôte son vin - Même s'il a l'habitude de boire beaucoup et n'est pas du tout ivre d'une reviit, néanmoins qu'il ne prie pas lekhathila (a priori) s'il a bu une reviit de vin [Birkéi Yossef].

(ה) תועבה - והוי כאלו עובד עכו"ם ואם אינו מתפלל בשעת שכרות ניצל מכל צרה. ש"ס:

Abomination - C'est comme s'il servait une idole. S'il ne prie pas au moment de l'ivresse, il est sauvé de tout malheur. Talmud.

(ו) כדין שוגג - ואפילו התחיל לשתות אחר שהגיע זמנה שהיה סבור שיהיה לו שהות להתפלל לאחר שיפוג מן היין המועט שהתחיל לשתות בדיעה מיושבת ואח"כ נמשך לב להמשתה ושכח על התפלה ונשתכר כ"כ עד שלא נשאר לו שהות להפיג את יינו טרם עבור זמן התפלה ג"כ שוגג מיקרי ומיהו ודאי אם הוא סמוך למנחה ויעבור הזמן ודאי אם ישתכר שלא יוכל להפיג את יינו בזמן קצר כזה מזיד הוי לכו"ע ואין לו תשלומין:

Selon la loi du shogeg (par erreur) - Même s'il a commencé à boire après que le temps en était venu, pensant qu'il lui resterait le loisir de prier après que se serait dissipé le peu de vin qu'il avait commencé à boire l'esprit posé, puis son cœur s'est laissé entraîner au festin, il a oublié la tefila et s'est enivré au point qu'il ne lui restait plus le loisir de dissiper son vin avant que passe le temps de la tefila : cela aussi s'appelle shogeg. Toutefois, à coup sûr, s'il est proche de Minha et que le temps va passer, s'il s'enivre de sorte qu'il ne pourra dissiper son vin en un temps aussi court, c'est mezid (volontairement) de l'avis de tous, et il n'a pas de rattrapage.

(ז) ודין ק"ש - וברכות ק"ש ג"כ דינם כק"ש. א"ר:

Et la loi du Chema - Les berakhot du Chema aussi ont le même statut que le Chema. Eliya Rabba.

(ח) כדין תפלה - היינו דאף שתוי אסור לכתחלה בק"ש והלבוש כתב דיש מקילין בק"ש אף אם הוא שכור דשאני תפלה שהוא בקשת צרכיו וכ"כ בלקוטי הרמב"ן בסופו אכן בביאור הגר"א הרחיב לבאר דברי הירושלמי שיש בענין זה ולפי דבריו מסקנת הירושלמי לאסור שכור בק"ש ע"כ יש ליזהר לכתחילה שלא לבוא לידי כך ובדיעבד אם נשתכר אין לפטור את עצמו מק"ש משום זה וכעין שכתב המ"א לקמן בסימן קפ"ה לענין בהמ"ז ואם יפוג יינו עד שלא עבר זמן ק"ש יחזור ויקרא הפרשיות:

Selon la loi de la tefila - C'est-à-dire que même celui qui a bu a interdit, lekhathila, pour le Chema. Le Levouch a écrit que certains sont indulgents pour le Chema même s'il est ivre, car la tefila est différente : c'est une demande de ses besoins ; ainsi dans les Likkoutei du Ramban à la fin. Mais dans le commentaire du Gra, il a longuement expliqué les paroles du Yeroushalmi à ce sujet, et selon lui la conclusion du Yeroushalmi est d'interdire l'ivre pour le Chema. Il faut donc prendre garde lekhathila de ne pas en arriver là ; et bediavad (après coup), s'il s'est enivré, qu'il ne se dispense pas du Chema pour cette raison, à la façon de ce qu'a écrit le Magen Avraham plus bas au siman 185 au sujet de la birkat hamazon. S'il dissipe son vin avant que passe le temps du Chema, qu'il relise les parachiot.

(ט) אבל שאר ברכות - כלל בזה אף בהמ"ז שהיא דאורייתא ועיין לקמן בסי' קפ"ה ובמה שכתבתי שם:

Mais les autres berakhot - Il a inclus là-dedans même la birkat hamazon, qui est de la Torah. Voir plus bas au siman 185 et ce que j'y ai écrit.

(י) יכול לברך - אבל אין מצרפין אותו למנין עשרה ולענין ג' לזימון אפשר דשרי:

Il peut bénir - Mais on ne le joint pas au minyan de dix ; pour trois au zimoun, il se peut que ce soit permis.

(יא) שהוא שכור - עיין בביאור הגר"א ולפי דבריו יש להחמיר לכתחילה בשיכור שאינו יכול לדבר לפני המלך אף בשאר ברכות וכ"כ הפמ"ג יו"ד סימן א' ס"ק ל"ה במשבצות זהב וכ"ז כשלא הגיע לשכרותו של לוט דאל"ה כשוטה יחשב לגמרי לכו"ע ופטור אז מכל המצות ע"כ אפילו בדיעבד אם קרא אז ובירך לא מיפטר בכך שהרי פטור היה באותה שעה וחייב אח"כ לחזור ולקרות ולברך. פר"ח ופמ"ג:

Qu'il est ivre - Voir le commentaire du Gra : selon lui, il faut être strict lekhathila pour l'ivre qui ne peut parler devant le roi, même pour les autres berakhot. Ainsi le Peri Megadim Yoré Déa siman 1 seif katan 35 dans Michbetsot Zahav. Tout cela tant qu'il n'est pas parvenu à l'ivresse de Loth ; sinon, il est compté tout à fait comme un sot de l'avis de tous, et il est alors exempt de toutes les mitsvot. Donc même bediavad, s'il a lu alors et béni, il ne s'est pas acquitté par là, car il était exempt à cette heure, et il est tenu ensuite de relire et de bénir. Pri Hadash et Peri Megadim.

(יב) דרך מיל - בין במהלך ובין ברוכב וי"א דברוכב בעינן דוקא שלשה מילין:

Un parcours d'un mil - Que ce soit en marchant ou à cheval. Certains disent qu'à cheval il faut précisément trois milin.

(יג) משכרתו - דוקא שינה מעט אבל שינה הרבה מפיגתו [מ"א בשם הכ"מ]:

L'enivre - Seulement un peu de sommeil ; mais un long sommeil le dissipe [Magen Avraham au nom du Kessef Michné].

(יד) אבל רוכב - שאין לו טורח כ"כ:

Mais le cavalier - Car il n'a pas tant de peine.

(טו) מפיגה היין - והוא שרכוב ג' מילין ומ"מ הכל לפי רוב היין שאם הרבה לשתות מאוד אין דרך ג' מילין מפיגתו:

Dissipe le vin - À condition qu'il chevauche trois milin. Néanmoins tout dépend de la quantité de vin : s'il a beaucoup beaucoup bu, un parcours de trois milin ne le dissipe pas.

(טז) ולכן אין וכו' - זה קאי אשתוי שאין בו איסור אלא לכתחילה אבל בשיכור שתפילתו תועבה ודאי יש ליזהר אפילו לדידן וצריך לחזור ולהתפלל. [ב"ח וט"ז]:

C'est pourquoi on ne, etc. - Cela se rapporte à celui qui a bu, pour qui il n'y a d'interdiction que lekhathila ; mais pour l'ivre dont la tefila est une abomination, à coup sûr il faut prendre garde même pour nous, et il doit recommencer à prier. [Bah et Taz].

(יז) שאין חוששין - היינו ליישב המנהג אבל מ"מ אין נכון. [פמ"ג]. כתב ביש"ש פ"ב דביצה וביו"ט יכול להתפלל מנחה אע"פ ששותה קצת דא"א להמתין עד שיפוג יינו וכ"ש האידנא דבלא"ה אין מכוונין כ"כ שאין להקפיד בשתוי:

Qu'on ne se soucie pas - C'est-à-dire pour justifier la coutume ; mais ce n'est néanmoins pas correct. [Peri Megadim]. Il a écrit dans le Yam chel Chelomo chapitre 2 de Beitsa : à Yom Tov on peut prier Minha même si l'on a un peu bu, car on ne peut attendre que le vin se dissipe ; à plus forte raison aujourd'hui, où de toute façon on ne vise pas tant, qu'on ne soit pas pointilleux pour celui qui a bu.