משנה ברורה

Michna Beroura — siman 185

Rabbi Yisrael Meir Kagan (Hafets Haim) · Dire Birkat Hamazone à voix haute et autres détails de Birkat Hamazone
En bref - de quoi parle ce chiour ?

On peut bénir en toute langue comprise, des lèvres et non par la seule pensée. On bénit à voix haute. Même un homme un peu ivre bénit. Qui a béni face à une souillure : pour les excréments, beaucoup tiennent qu'il faut recommencer ; pour l'urine, non.

Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim. [SUJET] Dire Birkat hamazone à voix haute, en quelle langue, ivresse et souillure [FAIRE] Langue comprise, des lèvres | On bénit en toute langue que l’on comprend, des lèvres : la pensée seule n’acquitte pas. De la plus belle manière : langue sainte (Ba'h). Le scrupuleux bénit dans le livre, non par cœur. [FAIRE] À voix haute | Surtout si les autres s’acquittent en l’entendant. La voix éveille l’intention ; Chabbat et Roch 'Hodesh : pour ne pas oublier la mention du jour. [FAIRE] Avant l’ivresse | A priori bénir avant de ne plus pouvoir parler comme il faut. Un peu ivre bénit néanmoins : « tu seras rassasié et tu béniras ». [EVITER] Pensée seule | Sauf contrainte (maladie) : même alors, dès que la contrainte cesse et que l’aliment n’est pas digéré, on dit Birkat hamazone. [EVITER] Face aux excréments | A priori interdit de bénir (et toute parole sainte) face à des excréments : « ton camp sera saint ». [CAS:OUI] Un peu ivre | S’il peut encore parler devant le roi, il bénit. Les A’haronim : même s’il s’est davantage enivré, il bénit ; a priori on ne s’y laisse pas aller. [CAS:OUI] Urine trouvée après coup | S’il a béni puis trouvé de l’urine dans les quatre coudées : on ne recommence pas. Interdit seulement de par les Sages ; pas de décret sur le doute. [CAS:NON] Excréments trouvés après | Elye Tou, Eliya Rabba (Ba'h) et Ramban : s’il trouve des excréments devant lui dans les quatre coudées, il revient dire Birkat hamazone si l’aliment n’est pas encore digéré. [SYNTHESE] Birkat hamazone se dit des lèvres, en langue comprise, de préférence à voix haute. Un peu ivre bénit. Excréments trouvés après coup : beaucoup font recommencer ; urine : non.

Glossaire

לכתחילה
a priori (lekhathila)
אונס
contrainte (oness)
מדומדם
un peu étourdi (par le vin)
שתוי
ivre (encore capable de parler)
שיכור
ivre (incapable de parler devant le roi)
צואה
excréments
מי רגלים
urine
לשון הקודש
langue sainte
רהור
pensée intérieure

(א) בכל לשון - דכתיב וברכת בכל לשון שאתה מברך ודוקא שמבין באותו הלשון [בה"ל לעיל בסימן ס"ב ע"ש] וכתב הב"ח בסימן קצ"ג דכ"ז מצד הדין ולמצוה מן המובחר בעינן דוקא לשה"ק. כתב בספר החינוך כל הזהיר בבהמ"ז מזונותיו מצויות לו כל ימיו בכבוד. והמדקדק יזהר לברך לכתחלה תוך הספר ולא בע"פ. כתב בספר חסידים מעשה באחד שמת ונתגלה בחלום לאחר מקרוביו וא"ל בכל יום דנין אותי על שלא הייתי מדקדק לברך כל הברכות בכונת הלב וכו' ע"ש:

En toute langue - car il est écrit « et tu béniras », en toute langue que tu bénisses ; et uniquement s'il comprend cette langue [Biour Halakha plus haut au siman 62 ; vois là-bas]. Le Ba'h a écrit au siman 193 que tout cela est du côté de la loi, et que de la plus belle manière on requiert précisément la langue sainte. Il est écrit dans le Séfer Ha'hinoukh : quiconque est attentif à Birkat Hamazone, sa nourriture lui est assurée tous ses jours dans l'honneur. Le scrupuleux veillera a priori (lekhathila) à bénir dans le livre et non par cœur. Il est écrit dans le Séfer 'Hassidim : un fait d'un homme qui mourut et apparut en songe à l'un de ses proches et lui dit : chaque jour l'on me juge pour n'avoir pas veillé à dire toutes les bénédictions avec intention du cœur, etc. ; vois là-bas.

(ב) בשפתיו - אבל אם הרהר בלבו לא יצא. ואם מחמת חולי או אונס אחר בירך בהמ"ז בלבו יצא [מ"א] ועיין לעיל בסימן ס"ב במ"ב סק"ז שביררנו דהאי יצא לא לגמרי קאמר דהא קי"ל הרהור לאו כדיבור דמי אלא ר"ל דעכ"פ בשעה שאינו יכול לברך יהרהר בלבו והקב"ה יקבע לו שכר עבור זה אבל בעצם אינו יוצא וע"כ כשנסתלק האונס אם עדיין לא נתעכל המזון יברך ברכת המזון ועיין במה שכתבנו שם במ"ב ובבה"ל בכל הסעיף כי הכל שייך לכאן:

De ses lèvres - mais s'il a seulement pensé dans son cœur, il n'est pas quitte. S'il a, pour cause de maladie ou d'autre contrainte (oness), dit Birkat Hamazone dans son cœur, il est quitte [Maguen Avraham]. Vois plus haut au siman 62 dans le Michna Beroura seif katan 7 où nous avons éclairci que cet « il est quitte » ne dit pas tout à fait, car la règle établie est que la pensée n'est pas comme la parole : cela signifie du moins que, lorsqu'il ne peut bénir, qu'il pense dans son cœur et que le Saint béni soit-Il lui fixera une récompense pour cela, mais qu'en soi il n'est pas quitte. Aussi, lorsque la contrainte a cessé, si l'aliment ne s'est pas encore digéré, il dira Birkat Hamazone. Vois ce que nous y avons écrit dans le Michna Beroura et dans le Biour Halakha à tout le seif, car tout cela s'applique ici.

(ג) בקול רם - היינו כשאינם בקיאים בעצמם לברך והם יוצאים בשמיעתם ממנו ויש שכתבו דטוב לעולם לברך בקול רם כי הקול מעורר הכונה ובפרט אם הוא שבת או ר"ח לא ישכח עי"ז להזכיר מעין המאורע:

À voix haute - c'est-à-dire lorsqu'ils ne sont pas eux-mêmes experts à bénir et qu'ils sont quittes en l'entendant de lui. Certains ont écrit qu'il est toujours bon de bénir à voix haute, car la voix éveille l'intention, et surtout s'il est Chabbat ou Roch 'Hodesh, afin de ne pas oublier par là de mentionner le caractère du jour.

(ד) יכול לברך בהמ"ז - דכתיב ואכלת ושבעת וברכת ואפילו מדומדם [ירושלמי] פי' שאינו יכול לדבר כראוי ומושבעת קדייק ליה שמצוי כמה פעמים שאחר שביעה האדם עומד שיכור ואפ"ה חייבתו התורה לברך ועיין לקמיה מה שנכתוב בזה:

Il peut dire Birkat Hamazone - car il est écrit : « Tu mangeras, tu seras rassasié, et tu béniras », même un peu étourdi [Yerouchalmi], c'est-à-dire qu'il ne peut parler comme il faut. On déduit de « et tu seras rassasié » qu'il est fréquent qu'après la satiété l'homme se tienne ivre, et néanmoins la Torah l'a tenu de bénir. Vois plus loin ce que nous écrirons là-dessus.

(ה) אם בירך והיתה וכו' - ר"ל דבתפלה קי"ל לעיל בסימן ע"ו במי שהתפלל ומצא צואה כנגדו או בצדו תוך ד' אמותיו במקום שהיה ראוי להסתפק ופשע ולא בדק שצריך לחזור ולהתפלל משום שנאמר זבח רשעים תועבה וכן ה"ה לענין ק"ש ונסתפקו התוספות והרא"ש אם גם בבהמ"ז אמרי' הכי או דלמא שאני בהמ"ז דקילא מהתם דהרי בשתוי אף שיכול לדבר לפני המלך קי"ל דאל יתפלל ולענין בהמ"ז ודאי מותר בשתוי:

S'il a béni et qu'il y avait etc. - c'est-à-dire que pour la prière, la règle établie plus haut au siman 76 est que celui qui a prié et a trouvé des excréments devant lui ou à son côté dans les quatre coudées, en un lieu où il était bon de s'enquérir et qu'il a négligé de vérifier, doit revenir prier, parce qu'il est dit : « Le sacrifice des méchants est une abomination. » Il en va de même pour le Chema. Les Tossafot et le Roch ont douté si l'on dit aussi ainsi pour Birkat Hamazone, ou si peut-être Birkat Hamazone est différente, plus légère, car pour un homme ivre, même s'il peut parler devant le roi, la règle est qu'il ne prie pas, alors que pour Birkat Hamazone il est à coup sûr permis à un homme ivre.

(ו) פי' לגמרי - היינו שנשתכר כ"כ עד שאינו יכול לדבר לפני המלך ונסתפקו אם צריך לחזור ולברך כשיפוג יינו ועדיין לא נתעכל המזון [ומ"מ מיירי שלא הגיע לשכרותו של לוט דאל"ה כשוטה יחשב ופטור מכל המצות וחייב לכ"ע לחזור ולברך] ובסעיף הקוד' שמתיר לברך מיירי שיכול לדבר לפני המלך והקשו כמה אחרוני' דכיון שאינו יכול לדבר כראוי מסתמא אינו יכול לדבר לפני המלך ואפ"ה מתיר הירושלמי. ולדינא מסקי האחרונים דאם אירע שנשתכר כ"כ אעפ"כ יברך ולכתחלה יזהר לברך קודם שיבוא לידי כך ועיין לעיל בסימן צ"ט סקי"א במ"ב:

C'est-à-dire tout à fait - c'est-à-dire qu'il s'est enivré au point de ne pouvoir parler devant le roi. Ils ont douté s'il doit revenir bénir lorsque son vin se dissipe et que l'aliment ne s'est pas encore digéré [et néanmoins il s'agit de n'avoir pas atteint l'ivresse de Loth, sinon il compterait pour un insensé, exempt de tous les commandements, et de l'avis de tous il devrait revenir bénir]. Au seif précédent, qui permet de bénir, il s'agit de pouvoir parler devant le roi. Plusieurs A'haronim ont objecté : dès lors qu'il ne peut parler comme il faut, présumément il ne peut parler devant le roi, et néanmoins le Yerouchalmi le permet. Quant à la loi, les A'haronim ont conclu que s'il est arrivé qu'il se soit ainsi enivré, néanmoins il bénira ; et a priori il veillera à bénir avant d'en arriver là. Vois plus haut au siman 99 seif katan 11 dans le Michna Beroura.

(ז) אם צריך לחזור ולברך - אבל לכתחלה גם הם מודים דאסור לברך שום ברכה וכן ד"ת נגד צואה ומן התורה דהא כתיב והיה מחניך קדוש ואטו תפלה כתיב בקרא אלא כל דבר קדושה אסור לקרות במקום שאינו נקי [רמב"ן בליקוטיו ע"ש] ולא מסתפקי אלא כשכבר בירך ומצא אח"כ ולדינא דעת הע"ת והא"ר בשם הב"ח כשמצא צואה כנגדו בתוך ד' אמותיו דצריך לחזור ולברך בהמ"ז אם עדיין לא נתעכל המזון וכן מצאתי בלקוטי הרמב"ן על ברכות שהביא מתחלה ספיקא שנסתפקו בעלי התוספות בזה ואח"כ מסיק דאין חילוק בזה בין תפלה ובין שארי דברי קדושה עי"ש ועיין בבה"ל:

S'il doit revenir bénir - mais a priori, eux aussi conviennent qu'il est interdit de dire aucune bénédiction, de même que des paroles de Torah, face à des excréments, et de la Torah, car il est écrit : « Ton camp sera saint », et est-ce la prière qui est écrite dans le verset ? Toute chose sainte est interdite à lire en un lieu qui n'est pas net [Ramban dans ses extraits ; vois là-bas]. Ils ne doutent que lorsqu'il a déjà béni et a trouvé ensuite. Quant à la loi, l'avis de l'Elye Tou et de l'Eliya Rabba au nom du Ba'h : lorsqu'il a trouvé des excréments devant lui dans les quatre coudées, il doit revenir dire Birkat Hamazone si l'aliment ne s'est pas encore digéré. Ainsi ai-je trouvé dans les extraits du Ramban sur Berakhot, qui a d'abord rapporté le doute des Tossafot là-dessus, puis conclut qu'il n'y a pas de différence en cela entre la prière et les autres paroles saintes ; vois là-bas. Vois dans le Biour Halakha.

(ח) ומשום מי רגלים וכו' - היינו ג"כ באופן זה דבירך בהמ"ז ואח"כ מצא מי רגלים בתוך ד' אמות ולהכי קאמר פשיטא וכו' דאפילו לכתחלה היה מותר לו לברך כ"ז שלא נודע לו שיש כאן מי רגלים דנגד מי רגלים הוא רק איסורא דרבנן ועל ספיקן לא גזרו וכדלעיל בסימן ע"ו ס"ז דאי היה נודע לו מתחלה שיש כאן מי רגלים ועבר ע"ז ובירך נגדם לא הוה אמר המחבר פשיטא דדין אחד הוא עם מצא צואה כנגדו [פמ"ג בשם לחם יהודה ע"ש]:

Et à cause de l'urine etc. - c'est-à-dire aussi de cette manière : il a dit Birkat Hamazone puis a trouvé de l'urine dans les quatre coudées. Aussi dit-il « il est évident etc. », car même a priori il lui eût été permis de bénir tant qu'il ne savait pas qu'il y avait ici de l'urine : face à l'urine ce n'est qu'un interdit de par les Sages, et sur son doute ils n'ont pas décrété, comme plus haut au siman 76 seif 7. Car s'il avait su d'abord qu'il y avait ici de l'urine, qu'il eût transgressé et béni face à elle, le Mé'haber n'aurait pas dit « il est évident » que la règle est la même que s'il a trouvé des excréments devant lui [Pri Megadim au nom de Le'hem Yehouda ; vois là-bas].