משנה ברורה

Michna Beroura — siman 206

Rabbi Yisrael Meir Kagan (Hafets Haim) · Lois de l'interruption et de l'erreur dans la bénédiction des fruits
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Qui s'acquitte d'une bénédiction erronée ; intention d'acquitter un autre fruit ; interruption entre bénédiction et consommation ; tenue de l'aliment ; fruits apportés ensuite ; fruit tombé ou gâté.

Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim.

SUJETErreur de berakha, intention d'acquitter, interruption, tenue de l'aliment, fruits apportés ensuite, fruit tombé ou gâté
À FAIREHaets dit haadama
On s'acquitte, même de propos délibéré : l'arbre vient de la terre
À FAIREDoute haets / haadama
Après étude sans éclaircir : haadama. Lekhathila chaque chose a sa berakha ; Chéhakol acquitte tout bediavad, même pain et vin
À FAIRETenir de la main droite
A priori on tient l'aliment (gaucher : sa droite) ; casser la noix ou verser l'eau avant de bénir. Après la berakha, si dégoût : en manger un peu pour ne pas la rendre vaine
À ÉVITERParole après la berakha
Même un mot inutile, amen, kaddish, Kedoucha, Barekhou : hefsek, on bénit de nouveau ; pas d'aliment trop chaud ou trop froid
À ÉVITERSilence trop long a priori
Plus que « chalom aléha rabbi » ; bediavad OK si l'esprit n'a pas décroché
OUIHaets sur fruit d'arbre « haadama »
Fruit d'arbre inachevé ou non essentiel : haets acquitte. Fruit de terre meilleur cuit (cru = Chéhakol) béni haadama : acquitté
OUIIntention explicite
Haadama ou Chéhakol peut acquitter une autre espèce si on l'a visée ; fruits encore sur table, ou même espèce apportée pendant qu'on mange
NONHaadama dit haets
Fruit de la terre, y compris buisson dont le bois périt l'hiver : on ne s'acquitte pas
NONNouvelle pièce ou gâté
Apporté d'ailleurs (volonté d'autrui), pourri tout à fait, ou l'on avait décidé de s'arrêter : nouvelle berakha. Coffret déjà devant soi : pas besoin
REMABerakha indéterminée sur les fruits devant soi
Comme si l'on avait prévu d'en manger davantage ; sauf intention explicite de s'en tenir à ceux-là
Bediavad, haadama et Chéhakol sauvent beaucoup d'erreurs ; a priori on dit la berakha propre, sans hefsek, l'aliment en main, et on vise ce que l'on va manger.

Glossaire

mezid
volontairement
bediavad
après coup
lekhathila
a priori
hefsek
interruption
ervah
nudité interdite au regard
kedei dibour
temps d'une parole (salutation d'un disciple à son maître)
hessia'h daat
détournement de l'attention
safek berakhot lehakel
en cas de doute sur les bénédictions, on allège
nimlak
il s'est ravisé
tekoufa
solstice ou équinoxe

(א) בירך וכו' - הואיל ועיקר האילן הוא מן הארץ ולא שיקר בברכתו ואפילו הזיד בזה [פמ"ג]:

S'il a béni sur des fruits de l'arbre boré péri haadama, il s'est acquitté - parce que l'essentiel de l'arbre vient de la terre et qu'il n'a pas menti dans sa bénédiction, même s'il l'a fait volontairement (mezid) [Pri Megadim].

(ב) על פרי האדמה וכו' - ואפילו כשהפירות גדילין על העץ אך שאין העץ מתקיים בחורף לא יצא דהוי בכלל פרי האדמה וכדלעיל בסי' ר"ג בהג"ה:

Sur un fruit de la terre boré péri haets - et même lorsque les fruits poussent sur l'arbre mais que l'arbre ne se maintient pas en hiver, il ne s'est pas acquitté, car cela entre dans la catégorie des fruits de la terre, comme plus haut au siman 203 dans la glose.

(ג) לא יצא - כתב מ"א ואותן פירות הגדלים על האילן ומברך בורא פרי האדמה משום דלא נגמר הפרי או שאינן עיקר הפרי וכדלעיל בסימן ר"ב ס"ב וס"ו אם בירך בפה"ע יצא כיון דעכ"פ מין פרי עץ הוא. וכן על פירות האדמה שטובין מבושלין יותר מחיין שדינן לברך שהכל כשאוכלן כשהם חיין אם בירך בפה"א יצא [פנים מאירות]:

Il ne s'est pas acquitté - le Magen Avraham a écrit : quant aux fruits qui poussent sur l'arbre et sur lesquels on bénit boré péri haadama parce que le fruit n'est pas achevé ou qu'ils ne sont pas le fruit principal, comme plus haut au siman 202 seif 2 et 6, s'il a béni boré péri haets, il s'est acquitté, puisque c'est en tout état de cause une espèce de fruit de l'arbre. De même, sur les fruits de la terre qui sont meilleurs cuits que crus, dont la règle est de bénir chéhakol quand on les mange crus, s'il a béni boré péri haadama, il s'est acquitté [Panim Meirot].

(ד) אם הוא פרי העץ וכו' - וכן כשהוא ספק לו מצד הדין אבל אם הוא ספק לו מחמת שלא למד לא יאכל עד שילמוד:

S'il doute si c'est un fruit de l'arbre ou un fruit de la terre - de même lorsque le doute lui vient du droit lui-même ; mais s'il doute parce qu'il n'a pas étudié, qu'il ne mange pas jusqu'à ce qu'il ait appris.

(ה) אם אמר שהכל - וכ"ז דיעבד אבל לכתחלה צריך לברך על כל דבר ברכתו המיוחדת לו:

S'il a dit chéhakol - et tout cela n'est qu'après coup (bediavad) ; mais a priori (lekhathila) il faut bénir sur chaque chose la bénédiction qui lui est propre.

(ו) ואפילו וכו' - ר"ל אף שהם דברים חשובים:

Et même sur le pain et le vin - c'est-à-dire même s'il s'agit de choses importantes.

(ז) היו וכו' - דוקא דיעבד אבל לכתחלה לכו"ע אין לכוין להוציא את פה"ע דטוב יותר לברך ברכה המיוחדת לו ובלא"ה יש דעות בסימן רי"א ס"ג די"א דטוב יותר להקדים פרי העץ:

S'il avait devant lui - seulement après coup ; mais a priori, de l'avis de tous, on ne doit pas avoir l'intention d'acquitter le fruit de l'arbre, car il vaut mieux bénir la bénédiction qui lui est propre ; et indépendamment de cela, il y a des avis au siman 211 seif 3 selon lesquels il vaut mieux faire précéder le fruit de l'arbre.

(ח) לפניו - נקט לפניו לרבותא דאפילו היה לפניו פה"ע כשבירך לא נפטר ממילא אא"כ נתכוין בהדיא לפטור אבל באמת היכי דנתכוין בהדיא לפטרו מהני אפילו לא היו לפניו פרי העץ כשבירך:

Devant lui - il a dit « devant lui » pour une précision supplémentaire : même si le fruit de l'arbre était devant lui lorsqu'il a béni, il n'est pas acquitté de soi-même, à moins qu'il ait eu l'intention explicite de l'acquitter ; mais en vérité, dès lors qu'il a eu l'intention explicite de l'acquitter, cela suffit même si les fruits de l'arbre n'étaient pas devant lui lorsqu'il a béni.

(ט) פרי האדמה ופה"ע - וכן אם היה לפניו דבר שברכתו שהכל ודבר שברכתו פה"א ונתכוין בשהכל לפטור גם המין השני יצא בדיעבד:

Un fruit de la terre et un fruit de l'arbre - de même, s'il avait devant lui une chose dont la bénédiction est chéhakol et une chose dont la bénédiction est boré péri haadama, et qu'il a eu l'intention par le chéhakol d'acquitter aussi la seconde espèce, il s'est acquitté après coup.

(י) יצא - ועיין בשע"ת דיש חולקין ע"ז וס"ל שאפילו נתכוין לפטור את פה"ע המונח לפניו לא יצא וצריך לחזור ולברך בורא פרי העץ וברכת בורא פה"א לא היתה לבטלה דנתקיימה על פרי האדמה לבד ומ"מ מסיק דבדיעבד אין לחזור ולברך וכדעת השו"ע דספק ברכות להקל ויותר טוב להיות נמלך שלא לאכול מיד הפרי העץ אלא לאחר זמן ויחזור ויברך עליהן:

Il s'est acquitté - voir au Chaaré Techouva : certains contestent cela et tiennent que même s'il a eu l'intention d'acquitter le fruit de l'arbre posé devant lui, il ne s'est pas acquitté et doit bénir de nouveau boré péri haets ; et la bénédiction boré péri haadama n'a pas été en vain, car elle s'est accomplie sur le seul fruit de la terre. Toutefois il conclut qu'après coup on ne revient pas bénir, conformément à l'avis du Choulhan Aroukh : en cas de doute sur les bénédictions, on allège. Et il est encore mieux de se raviser et de ne pas manger tout de suite le fruit de l'arbre, mais après un certain temps, et de bénir alors de nouveau sur eux.

(יא) בין ברכה לאכילה - וה"ה ברכת המצות בין ברכה להמצוה:

Entre la bénédiction et la consommation - et de même pour la bénédiction des commandements, entre la bénédiction et le commandement.

(יב) יותר מכדי דיבור - היינו כדי שאילת תלמיד לרב שהוא שלום עליך רבי ויותר מהכי חשיב הפסק ומיירי בשתיקה אבל דיבור אפילו מלה אחת הוי הפסק כל שהוא שלא לצורך הברכה וכמבואר בסימן קס"ז ס"ו עי"ש עוד יש חילוק בין שתיקה לדיבור דבדיבור הוא לעיכובא וצריך לחזור ולברך אבל בשתיקה הוא רק לכתחלה אבל בדיעבד אפילו שהה הרבה יותר מכדי דיבור א"צ לחזור ולברך כל שלא הסיח דעתו בינתים. כתבו האחרונים דאפילו מפני הכבוד והיראה אסור להפסיק אחר הברכה ואם הפסיק חוזר ומברך ואפילו לעניית אמן או לקדיש וקדושה וברכו ג"כ לא יפסיק. לא יברך על מאכל או משקה שהוא חם או קר ביותר משום חשש הפסק. ומי שבירך על מאכל ולאחר שבירך נמאס בעיניו יש לו לאכול קצת שלא יהיה הברכה לבטלה. הרוצה לשתות מים ששופך קצת ממנו ישפוך תחלה ואח"כ יברך דתרווייהו איתנהו משום הפסק ומשום ביזוי ברכה כ"כ בשערי תשובה בסי' ר"ב בשם אחרונים. כשאוכל אגוז ישברנה ואח"כ יברך דאין כדאי להפסיק הרבה בין הברכה לאכילה ועוד שמא לא ימצאנה יפה ואינה ראויה לברכה ולענין שארי פירות עיין לעיל בסימן ר"ב בשערי תשובה:

Plus que le temps d'une parole - c'est-à-dire le temps qu'un disciple salue son maître par « chalom aléha rabbi » ; au-delà, cela compte comme une interruption. Il s'agit du silence ; mais la parole, même d'un seul mot, constitue une interruption dès qu'elle n'est pas nécessaire à la bénédiction, comme exposé au siman 167 seif 6, voir là. Il y a encore une différence entre le silence et la parole : pour la parole, c'est dirimant et il faut bénir de nouveau ; pour le silence, ce n'est qu'a priori, mais après coup, même s'il a tardé bien plus que le temps d'une parole, il n'a pas à bénir de nouveau, pourvu qu'il n'ait pas détourné son attention entre-temps. Les A'haronim ont écrit que même par respect ou par crainte il est interdit d'interrompre après la bénédiction, et s'il a interrompu il bénit de nouveau ; et même pour répondre amen, ou pour le kaddish, la Kedoucha et Barekhou, qu'il n'interrompe pas non plus. Qu'on ne bénisse pas sur un aliment ou une boisson trop chaud ou trop froid, par crainte d'interruption. Celui qui a béni sur un aliment et qui, après avoir béni, en a le dégoût, doit en manger un peu afin que la bénédiction ne soit pas en vain. Qui veut boire de l'eau dont il en verse un peu : qu'il verse d'abord, puis bénisse, car les deux motifs s'y trouvent — l'interruption et le mépris de la bénédiction ; ainsi au Chaaré Techouva au siman 202 au nom des A'haronim. Quand on mange une noix, qu'on la casse d'abord puis qu'on bénisse, car il n'est pas bon d'interrompre longtemps entre la bénédiction et la consommation, et encore de peur de ne pas la trouver belle et impropre à la bénédiction ; pour les autres fruits, voir plus haut au siman 202 dans le Chaaré Techouva.

(יג) בשפתיו - אבל אם הרהר בלבו את הברכה לא יצא ועיין לעיל בסימן קפ"ה ס"ב במ"ב ובסימן ס"ב בבה"ל סוד"ה יצא:

De ses lèvres - mais s'il a seulement médité la bénédiction dans son cœur, il ne s'est pas acquitté ; voir plus haut au siman 185 seif 2 dans le Michna Beroura et au siman 62 dans le Béour Halakha, mot « il s'est acquitté ».

(יד) בכל לשון - עיין לעיל קפ"ה ס"א במ"ב:

En toute langue - voir plus haut siman 185 seif 1 dans le Michna Beroura.

(טו) באיש - שהגיד והביצים בולטין ונראין ולא מהני בלא כיסוי:

Chez l'homme - lorsque le membre et les testicules dépassent et sont visibles, et cela n'est d'aucun effet sans couverture.

(טז) טוחות בקרקע - פי' דבוקות ומכוסות בקרקע וצריך להיות מכוסה כ"כ שלא תהא נראה עגבותיה כי העגבות יש בהן משום ערוה [ב"י] ובמ"א מאריך בזה ומסיק דעגבות אין בהן משום ערוה וכן נוטה קצת דעת הגר"א לעיל בסי' ע"ד ובא"ר וכן במגן גבורים מצדדים לדינא כהב"י ולכן יש להחמיר לכתחלה:

Plaquées au sol - c'est-à-dire collées et couvertes par le sol ; il faut qu'elles soient assez couvertes pour que ses fesses ne se voient pas, car les fesses relèvent de l'ervah [Beth Yossef]. Le Magen Avraham s'étend là-dessus et conclut que les fesses n'ont pas statut d'ervah ; l'avis du Gra au siman 74 penche un peu dans ce sens, ainsi que l'Eliya Rabba ; le Magen Guiborim aussi incline pour la halakha comme le Beth Yossef. Aussi faut-il se montrer strict a priori.

(יז) צריך לאוחזו - טעם האחיזה כדי שיכוין לבו על מה שמברך והוא רק לכתחלה דבדיעבד אם בירך עליו כשהיה מונח בפניו אף אם לא אחזו כלל יצא וכדלקמיה:

Il faut le tenir - la raison de la tenue est qu'il applique son cœur à ce sur quoi il bénit ; ce n'est qu'a priori : après coup, s'il a béni dessus alors que c'était posé devant lui, même s'il ne l'a pas tenu du tout, il s'est acquitté, comme plus bas.

(יח) בימינו - הטעם משום חשיבות [ובאיטר יד אזלינן בתר ימין ושמאל דידיה ולא בתר דעלמא כן משמע מחי' רע"א וכ"מ במ"א סימן קפ"ג] וכן בכל ברכה שמברך על איזה מצוה יש לו לאחוז הדבר ביד ימינו בשעת ברכה וע"ד הקבלה אין לתחוב הפרי שמברך עליו בסכין אף שיאחוז הסכין בימינו. כשאומר לחבירו להושיט לו ספר יקבלנו ביד ימינו [ס"ח]:

De sa main droite - la raison est l'importance [et pour un gaucher, on suit sa droite et sa gauche à lui, et non celles du monde ; c'est ce qui ressort des hidouchim de R. Akiva Eiger, et de même au Magen Avraham siman 183]. De même, pour toute bénédiction que l'on dit sur un commandement, on tient la chose de la main droite au moment de la bénédiction. Selon la Kabbala, on ne plante pas le fruit sur lequel on bénit dans un couteau, même si l'on tient le couteau de la main droite. Quand on dit à son prochain de lui tendre un sefer, on le reçoit de la main droite [Séfer Hassidim].

(יט) צריך לברך פעם אחרת - ואפי' כוון דעתו עליהם בשעת ברכה ג"כ לא מהני כיון שאז לא היו לפניו ולא היה להברכה על מה לחול ולא דמי לאמת המים דס"ו דהתם כיון שבודאי יבואו המים נגדו כאלו היו לפניו דמיא משא"כ הכא דתלוי בדעת אחרים. ואם היה הדבר שבירך עליו מונח בתיבה בעת הברכה ואחר הברכה לקחה משם אינו צריך לחזור ולברך כיון שהוא מוכן לפניו ואינו תלוי בדעת אחרים ובפמ"ג מצדד דה"ה כל כה"ג שהוא ודאי שיובא אצלו כגון שהוא בחדר הסמוך לו ג"כ אין צריך לחזור ולברך אך לכתחלה בודאי יש ליזהר בזה אחד מטעם הפסק ועוד דלכתחלה המצוה לאחוז בידו בשעת הברכה וכנ"ל בס"ד:

Il doit bénir une autre fois - et même s'il a dirigé son attention sur eux au moment de la bénédiction, cela n'est d'aucun effet, puisqu'ils n'étaient pas alors devant lui et que la bénédiction n'avait pas sur quoi se poser. Cela ne ressemble pas au canal d'eau du seif 6 : là, puisque les eaux viendront certainement vers lui, c'est comme si elles étaient devant lui ; ici, cela dépend de la volonté d'autrui. Si la chose sur laquelle il a béni était posée dans un coffret au moment de la bénédiction et qu'après la bénédiction il l'en a prise, il n'a pas à bénir de nouveau, puisqu'elle est prête devant lui et ne dépend pas de la volonté d'autrui. Le Pri Megadim incline à dire qu'il en est de même dans tout cas semblable où il est certain que cela lui sera apporté, par exemple s'il est dans la pièce voisine : il n'a pas non plus à bénir de nouveau ; mais a priori, il faut certainement y prendre garde, d'une part à cause de l'interruption, d'autre part parce qu'a priori le commandement est de tenir [l'aliment] en main au moment de la bénédiction, comme plus haut au seif 4.

(כ) ואח"כ הביאו לו - היינו אפילו אחר שכבר אכל הראשונים. והנה מדברי הרמ"א דבסמוך משמע דהמחבר מיירי אפילו בשלא היה דעתו בהדיא על כל מה שיביאו רק שבירך על פירות אלו שהיו לפניו בסתמא ואמרינן דזה הוי כאלו אתני בפירוש שאם יביאו לו עוד שיאכל גם מהן משום שכן דרך האדם לכנוס מאכילה קטנה לגדולה אא"כ היה דעתו בהדיא שלא לאכול רק אלו הפירות שהם לפניו או שבעת שגמר אכילתו הוסכם בדעתו שלא לאכול עוד ואח"כ נמלך לאכול דבזה לכו"ע צריך לחזור ולברך:

Et qu'ensuite on lui a apporté - c'est-à-dire même après qu'il a déjà mangé les premiers. Or des paroles du Rema qui suit, il ressort que l'auteur parle même lorsqu'il n'avait pas l'intention explicite sur tout ce qu'on lui apporterait, mais qu'il a béni sur ces fruits qui étaient devant lui de manière indéterminée ; et l'on dit que c'est comme s'il avait stipulé expressément que si on lui en apporte encore, il en mangerait aussi, parce que telle est la manière de l'homme de passer d'une petite consommation à une plus grande — à moins qu'il ait eu l'intention explicite de ne manger que ces fruits qui sont devant lui, ou qu'au moment où il a achevé de manger il se soit décidé à ne plus manger, puis se soit ravisé : dans ce cas, de l'avis de tous, il doit bénir de nouveau.

(כא) ממין אחר - ובלבד שיהיה ממין פירות דאם בירך על דגים והביאו לו שכר שהוא מין אחר לגמרי אף שברכותיהם שוות מ"מ אינם נפטרין בברכתו בסתמא אא"כ היה דעתו בהדיא לפטור אותם בהברכה או שהיו לפניו עכ"פ על השלחן בשעה שבירך:

D'une autre espèce - pourvu que ce soit une espèce de fruits : s'il a béni sur du poisson et qu'on lui a apporté de la bière, qui est une tout autre espèce, même si leurs bénédictions sont identiques, ils ne sont pas acquittés par sa bénédiction indéterminée, à moins qu'il ait eu l'intention explicite de les acquitter par la bénédiction, ou qu'ils aient été du moins devant lui sur la table au moment où il a béni.

(כב) שברכתו וכו' - כמה אחרונים חולקים בדין זה וס"ל דדוקא באותו המין ממש הוא דפוטר בברכתו בסתמא אף לאותן פירות שהביאו לו אח"כ אבל למין אחר לא מהני ברכתו בסתמא וצריך לברך ומ"מ אם הביאו לו המין האחר בעוד שלא כלה מין הראשון נראה שאין לברך כיון שהביאו לו בשעה שהיה עסוק עדיין באכילה וכן נראה להלכה. ויש מן האחרונים שכתבו עוד דאם קבע עצמו לאכילת הפירות אף שבירך בסתמא על הפירות שהיו לפניו והביאו לו מין אחר שכלה המין הראשון א"צ לחזור ולברך דכיון דקבע עצמו לאכילה אינו מסיח דעתו מזה:

Dont la bénédiction est celle du premier - plusieurs A'haronim contestent cette règle et tiennent que c'est seulement pour la même espèce exactement que sa bénédiction indéterminée acquitte même les fruits qu'on lui a apportés ensuite ; mais pour une autre espèce, sa bénédiction indéterminée n'y suffit pas et il doit bénir. Toutefois, si on lui a apporté l'autre espèce avant que la première espèce soit épuisée, il semble qu'on ne bénisse pas, puisqu'on le lui a apporté alors qu'il était encore occupé à manger ; et c'est ainsi qu'il paraît [falloir statuer] pour la halakha. Certains A'haronim ont encore écrit que s'il s'est établi pour manger des fruits, même s'il a béni de manière indéterminée sur les fruits qui étaient devant lui et qu'on lui a apporté une autre espèce après que la première est épuisée, il n'a pas à bénir de nouveau, car dès lors qu'il s'est établi pour manger, il ne détourne pas son attention de cela.

(כג) ליזהר לכתחלה - דיש מן הפוסקים שסוברים דבסתמא לא מהני בכל גווני אא"כ היו לפניו בשעת ברכה אבל בלא"ה בעינן שיהיה דעתו על כל מה שיביאו לו אח"כ:

Prendre garde a priori - car certains décisionnaires tiennent que de manière indéterminée cela ne suffit en aucun cas, à moins qu'ils aient été devant lui au moment de la bénédiction ; sinon, il faut qu'il ait eu l'intention sur tout ce qu'on lui apportera ensuite.

(כד) או נמאס - וה"ה במצאו שנרקב ואינו ראוי לאכילה כלל ונוטל אחר דאם עדיין קצת ראוי לאכילה צריך לאכול ממנו כדי שלא יהא ברכתו לבטלה [עט"ז]:

Ou qu'il s'est gâté - et de même s'il l'a trouvé pourri et tout à fait impropre à la consommation, et qu'il en prend un autre ; mais s'il est encore un peu propre à la consommation, il doit en manger afin que sa bénédiction ne soit pas en vain [Taz].

(כה) אע"פ שהיה וכו' - ר"ל אפ"ה לא אמרינן דיהיה חל ברכתו על הכל והטעם עיין בה"ל:

Bien qu'il y en eût davantage de la même espèce devant lui - c'est-à-dire que néanmoins on ne dit pas que sa bénédiction se pose sur le tout ; la raison, voir au Béour Halakha.

(כו) רק שלא היה דעתו - ר"ל שלא היה דעתו בפירוש בשעת ברכה על כולם רק בסתמא דאם היה בדעתו בשעת ברכה לאכול גם השאר א"צ לחזור ולברך [ואפילו כשלא היה מונח לפניו אז על השלחן] ועיין בבה"ל דיש כמה ראשונים שסוברין דאפילו בסתמא ג"כ א"צ לחזור ולברך דכיון שהיה מונח לפניו על השלחן הוי כדעתו בהדיא על הכל. וספק ברכות להקל. בירך על פירות ובעודו מברך הביאו לו פירות יותר יפים יאכל מהראשונים תחלה כיון שבירך עליהם אף שהיה דעתו לפטור היפים. ואם לא היה דעתו לפטור היפים צריך לחזור ולברך עליהם [מ"א] והא"ר מצדד דא"צ לחזור ולברך כיון שהוא מין אחד. בירך על המים ושמע שיש מת בעיר ישתה מעט מן המים וישפוך השאר ואם אמרו לו שהתקופה נופלת ויש אז חשש סכנה לשתות המים ימתין מעט עד שתעבור התקופה ואח"כ ישתה ואפילו למ"ד שיש חשש סכנה אף בכה"ג כיון שהיו אז המים תלושים מן הקרקע אפ"ה ש"ד כי שומר מצוה לא ידע דבר רע:

Seulement s'il n'avait pas l'intention - c'est-à-dire qu'il n'avait pas l'intention explicite, au moment de la bénédiction, sur tous, mais seulement de manière indéterminée : s'il avait en tête, au moment de la bénédiction, de manger aussi le reste, il n'a pas à bénir de nouveau [même si cela n'était pas alors posé devant lui sur la table]. Voir au Béour Halakha : plusieurs Rishonim tiennent que même de manière indéterminée il n'a pas non plus à bénir de nouveau, car dès lors que c'était posé devant lui sur la table, c'est comme s'il avait l'intention explicite sur le tout. En cas de doute sur les bénédictions, on allège. S'il a béni sur des fruits et que, tandis qu'il bénissait, on lui en a apporté de plus beaux, qu'il mange d'abord des premiers, puisqu'il a béni sur eux, même s'il avait l'intention d'acquitter les plus beaux. S'il n'avait pas l'intention d'acquitter les plus beaux, il doit bénir de nouveau sur eux [Magen Avraham] ; l'Eliya Rabba incline à dire qu'il n'a pas à bénir de nouveau, puisque c'est une même espèce. S'il a béni sur l'eau et qu'il a appris qu'il y a un mort dans la ville, qu'il boive un peu de l'eau et verse le reste. Si on lui a dit que la tekoufa tombe et qu'il y a alors un risque à boire l'eau, qu'il attende un peu que la tekoufa passe, puis qu'il boive ; et même selon l'avis qu'il y a un risque même en ce cas, puisque l'eau était alors détachée du sol, cela est permis, car « celui qui garde un commandement ne saura pas de chose mauvaise ».