משנה ברורה

Michna Beroura — siman 217

Rabbi Yisrael Meir Kagan (Hafets Haim) · Bénédiction des parfums et du mugmar
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Dans une boutique de parfums on bénit une fois « boré miné besamim ». On ne bénit que ce qui a été fait pour être senti : pas les parfums du mort placés pour chasser la puanteur, ni ceux des latrines, ni l’huile à ôter la souillure, ni le mugmar des ustensiles, ni une odeur sans substance, ni les parfums d’une ervah ou d’un culte idolâtre. À une messiba, on suit la majorité.

Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim.

SUJETBénédiction des parfums et du mugmar
À FAIREBoutique de parfums
Entrer dans la boutique : une fois « boré miné besamim » (bois et herbes, odeur de plusieurs espèces à la fois, sans les prendre en main). Exposés pour vendre = faits pour être sentis.
À FAIREIntention
Certains : seulement s’il a l’intention de sentir. Beaucoup : dès qu’il jouit de l’odeur faite pour être sentie, même sans intention. Propriétaire : 1re fois de chaque jour ; certains Aharonim : même alors pas de berakha — bon d’avoir l’intention.
À FAIREPrendre en main
Chambre du marchand (non exposés) : pas de berakha, même s’il veut sentir, sauf s’il les prend en main.
À ÉVITERPas faits pour être sentis
Parfums du mort (chasser la puanteur), latrines (même de loin, même avec intention), huile pour ôter sueur/souillure (même afarsimon), mugmar sans intention de sentir.
À ÉVITEROdeur sans substance
Mortier où l’on a pilé des parfums (Motsaé Chabbat) : berakha vaine.
À ÉVITERErvah / avoda zara
Parfums d’une ervah (plusieurs Aharonim : même célibataire ; jeunes filles présumées niddah : interdit selon tous ; femme niddah : Birké Yossef). Même posés sur la table si elle a l’habitude de les porter au cou. Parfums brûlés pour l’idole : on ne bénit pas.
OUIRevenir tout de suite
Intention de revenir aussitôt : pas de nouvelle berakha (bouquets sur la table, sortie de chez soi). Mugmar : s’il veut à la fois parfumer les ustensiles et sentir, il bénit.
NONInterruption
Affaires ou beit haknesset : 2e berakha. Boutique d’un autre parfumeur : nouvelle berakha.
OUIMessiba majorité Israël
Majorité ou moitié-moitié d’Israël : on bénit. Hors messiba : permis sur parfums d’un idolâtre.
NONMessiba majorité idolâtres
On rattache l’odeur à la majorité ; sent de loin ; pas de berakha.
On ne bénit que ce qui a été fait pour être senti et dont on jouit. Une seule berakha en boutique. Pas de berakha sur ce qui chasse une mauvaise odeur, une odeur sans substance, une ervah ou l’idolâtrie.

Glossaire

mugmar
fumigation : on brûle des parfums et l’on fait passer vêtements ou ustensiles dans la fumée pour y fixer l’odeur
ervah
femme interdite (parenté, niddah, femme d’autrui, etc.)
niddah
femme en état d’impureté menstruelle
arayot
unions interdites / femmes de la catégorie ervah
messiba
réunion où l’on s’accoude pour manger et boire
istnis
personne délicate, sensible aux odeurs
reia’h sheein lo iqar
odeur sans substance (p. ex. mortier imprégné, ustensile fumigé)
Motsaé Chabbat
sortie du Chabbat

(א) הנכנס לחנותו וכו' - ואף דבס"ב מבואר דבעינן שיהא נעשה הבושם להריח וזה הלא כינס סחורתו בחנותו רק למכור באמת גם בזה נקרא עשוי להריח דניחא ליה שיריחו אנשים ריח הבושם ויבואו לקנות ממנו [גמרא] ולפ"ז אם מונחים בשמים בחדרו של חנוני הבושם ולא בחנותו [דהיינו שאין מונחים בפומבי במקום שמצוי יוצאים ונכנסים] דהתם לא עבידא לריחא אז אפילו אם נתכוין הנכנס שם להריח בהם א"צ לברך אם לא שנטלו בידו להריח בו אותה נטילה משוה לו עבידא לריחא וצריך לברך:

Celui qui entre dans sa boutique, etc. - Même s’il est exposé au seif 2 qu’il faut que le parfum ait été préparé pour qu’on le sente, et qu’ici le marchand n’a rassemblé sa marchandise dans sa boutique que pour la vendre, cela s’appelle néanmoins « fait pour être senti », car il lui convient que les gens sentent l’odeur du parfum et viennent lui en acheter [Guemara]. Par conséquent, si les parfums sont déposés dans la chambre du marchand et non dans sa boutique [c’est-à-dire qu’ils ne sont pas exposés publiquement dans un lieu où l’on entre et sort habituellement], là ils ne sont pas destinés à être sentis : même si celui qui y entre a l’intention de les sentir, il n’a pas à bénir, à moins qu’il ne les prenne en main pour les sentir — cette prise en main les assimile à « faits pour être sentis » et il doit bénir.

(ב) מברך - יש אומרים דדוקא במתכוין להריח אבל באינו מתכוין אלא שהריח בא מאליו ונהנה מזה אינו מברך אבל רבים חולקים ע"ז וס"ל דאפילו אינו מריח במתכוין כיון שהבשמים נעשים כדי להריח בהם והוא נהנה מברך:

Il bénit - Certains disent : uniquement s’il a l’intention de sentir ; mais s’il n’en a pas l’intention et que l’odeur lui parvient d’elle-même et qu’il en jouit, il ne bénit pas. Mais beaucoup s’y opposent et tiennent que, même s’il ne sent pas intentionnellement, dès lors que les parfums sont faits pour qu’on les sente et qu’il en jouit, il bénit.

(ג) בורא מיני בשמים - משום שבחנות של בשמים נמצאים בו עצי ועשבי בשמים לפיכך מברך מיני בשמים ול"ד להא דלעיל סימן רט"ז ס"י דאם היו לפניו עצי ועשבי דמברך על כל אחד ברכה הראויה לו התם מיירי שמביאין לפניו שנים או שלשה מינים ונוטל בידו מכל מין בפ"ע להריחו לפיכך מברך אכל מין בפ"ע משא"כ הכא שאינו נוטל בידו שום בושם אלא כשנכנס עולה לו ריח מן כמה מיני בשמים כאחת לפיכך מברך ברכה כוללת [אחרונים]:

Boré miné besamim - Parce que dans une boutique de parfums se trouvent des bois odorants et des herbes odorantes, on bénit donc « miné besamim ». Ce n’est pas comparable à ce qui précède au siman 216 seif 10 : si l’on a devant soi des bois et des herbes, on bénit sur chacun la bénédiction qui lui convient — là il s’agit de deux ou trois espèces qu’on lui apporte et qu’il prend en main chacune séparément pour la sentir, d’où une bénédiction distincte pour chaque espèce. Ici, au contraire, il ne prend aucun parfum en main : dès qu’il entre, l’odeur de plusieurs espèces lui parvient à la fois, aussi bénit-il une bénédiction englobante [Aharonim].

(ד) אלא אחת - ולא נ"מ בזה אם הסיח דעתו או לא כיון שהריח עולה לו תדיר כ"ז שהוא יושב בחנות. ובעל החנות גופיה נמי פעם ראשון שבכל יום שנכנס לחנותו צריך לברך עליו לפי שנהנה מריח ותו לא ואפילו נכנס ויוצא דהא דעתו לחזור שוב לחנותו וכדלקמיה ויש אחרונים שסוברין שאפילו בפעם ראשון כשנכנס לחנותו א"צ לברך וע"כ טוב שיכוין להריח ואז לכו"ע יהיה צריך לברך בפעם ראשון:

Seulement une - Peu importe ici qu’il ait détourné son attention ou non, car l’odeur lui parvient continuellement tant qu’il est assis dans la boutique. Le propriétaire de la boutique lui-même, la première fois de chaque jour qu’il entre dans sa boutique, doit bénir, parce qu’il jouit de l’odeur, et pas davantage — même s’il entre et sort, car son intention est de revenir à sa boutique, comme plus loin. Certains Aharonim tiennent que même la première fois qu’il entre dans sa boutique il n’a pas à bénir ; aussi est-il bon qu’il ait l’intention de sentir, et alors selon tous il devra bénir la première fois.

(ה) נכנס ויוצא וכו' - וכ"ש כשהלך לחנות של בושם אחר בודאי צריך לברך שם פעם אחרת:

Il entre et sort, etc. - À plus forte raison s’il est allé dans la boutique d’un autre parfumeur : il doit certainement y bénir une autre fois.

(ו) היה דעתו לחזור - ודוקא כשהיה דעתו לחזור מיד. אגודות בשמים שמונחים על השלחן להריח בהם אם נוטלו פעם אחד להריח בו ומברך עליו וחוזר ומניחו על השלחן אם היה דעתו לחזור ולהריח בו א"צ לברך עליהם כשחוזר ומריח בהם ואפילו יצא מביתו ודעתו לחזור מיד א"צ לברך עליהם כיון שהיה דעתו מתחלה להריח בהם בכל שעה ואם הלך לעסקיו או להתפלל בבהכ"נ הוי הפסק וצריך לברך שנית:

S’il avait l’intention de revenir - Uniquement si son intention était de revenir tout de suite. Des bouquets de parfums posés sur la table pour qu’on les sente : s’il les prend une fois pour les sentir, bénit, puis les repose sur la table, et qu’il avait l’intention d’y revenir pour les sentir, il n’a pas à bénir de nouveau quand il les sent à nouveau. Même s’il est sorti de chez lui avec l’intention de revenir tout de suite, il n’a pas à bénir, car dès le départ son intention était de les sentir à tout moment. S’il est allé à ses affaires ou prier au beit haknesset, c’est une interruption et il doit bénir une seconde fois.

(ז) לא יברך - ואפילו כשחוזר ומריח בבשמים אחרים ג"כ א"צ לברך:

Il ne bénira pas - Même quand il revient et sent d’autres parfums, il n’a pas non plus à bénir.

(ח) נתונים למטה - היינו לפני מטתו:

Placés en bas - C’est-à-dire devant son lit.

(ט) לכבוד החיים - כדי שיריחו ויהנו:

En l’honneur des vivants - Afin qu’ils sentent et en jouissent.

(י) על בשמים של בה"כ - שמוליך איסטניס לביה"כ להעביר הריח רע אם הולך אדם ומריח מרחוק ריח בשמים אלו א"צ לברך כיון דבעלים לא עשאום אלא להעביר הר"ר ואפילו במתכוין להריח נמי אין מברך:

Sur les parfums des latrines - Qu’un homme délicat (istnis) apporte aux latrines pour chasser la mauvaise odeur : si quelqu’un sent de loin l’odeur de ces parfums, il n’a pas à bénir, car le propriétaire ne les a préparés que pour chasser la mauvaise odeur ; même s’il a l’intention de les sentir, il ne bénit pas non plus.

(יא) העשוי להעביר וכו' - כגון אדם שגופו מזיע הרבה וצריך לסוך גופו בשמני בשמים להעביר זוהמת הזיעה שריחה רע וכן כשאוכל וידיו מזוהמות מחמת שנגע בידיו באוכלין וסך ידיו בשמן נמי אינו מברך דגם בזה עיקרו להעביר הזוהמא ולא להריח ואין נ"מ בין שמן סתם לשמן אפרסמון דחשיבא ובכל ענין אין מברך עליהם שום ברכה כיון שלא באו אלא לסלק הזוהמא:

Fait pour écarter, etc. - Par exemple un homme dont le corps sue beaucoup et qui doit oindre son corps d’huiles parfumées pour écarter la souillure de la sueur à mauvaise odeur ; de même, quand il mange et que ses mains sont souillées pour avoir touché des aliments, et qu’il s’enduit les mains d’huile, il ne bénit pas non plus, car là aussi le principal est d’écarter la souillure et non de sentir. Peu importe qu’il s’agisse d’huile ordinaire ou d’huile d’afarsimon, qui est importante : en tout cas on ne récite sur elles aucune bénédiction, puisqu’elles n’ont été employées que pour écarter la souillure.

(יב) מוגמר - ששורפין בשמים ומעבירין כלים או בגדים ע"ג עשן הבשמים ונקלט הריח בכלים או בבגדים:

Mugmar - On brûle des parfums et l’on fait passer des ustensiles ou des vêtements au-dessus de la fumée des parfums, et l’odeur se fixe dans les ustensiles ou les vêtements.

(יג) אין מברכין עליו - בין המגמר בעצמו בין אדם אחר שהולך ומריח:

On ne bénit pas dessus - Ni celui qui fume lui-même, ni un autre qui passe et sent.

(יד) לפי שלא נעשה וכו' - מיהו אם מתכוין לגמור כליו וגם להריח צריך לברך עליו דהא עומד גם לריח:

Parce qu’il n’a pas été fait, etc. - Toutefois, s’il a l’intention à la fois de parfumer ses ustensiles et de sentir, il doit bénir, car cela sert aussi à l’odeur.

(טו) אלא ריח בלא וכו' - ובע"ב שאין להם בשמים להריח במוש"ק ונוטלין מדוכה שדכו בה בשמים ונקלט בה ריח ומריחין ומברכין ברכתן לבטלה הוא וכמש"כ כאן שהיא ריח שאין לו עיקר:

Seulement une odeur sans, etc. - Les maîtres de maison qui n’ont pas de parfums à sentir à Motsaé Chabbat prennent le mortier dans lequel on a pilé des parfums, où l’odeur s’est fixée, sentent et bénissent : leur bénédiction est vaine, comme il est écrit ici, car c’est une odeur qui n’a pas de substance.

(טז) של ערוה - פי' של אשה שהיא ערוה עליו אבל בפנויה אפשר דמותר [מ"א] אבל כמה אחרונים מחמירין דאפילו בפנויה אסור דעי"ז יבוא לידי הרהור וכ"ז אפילו כשאינה נדה. ובתולות שלנו שסתמן בחזקת נדות הם שאינן טובלות לנדותן אסור לכו"ע דבכלל עריות הן. וכתב בשע"ת בשם הברכ"י דאפילו בבשמים של אשתו נדה אסור להריח:

D’ervah - C’est-à-dire d’une femme qui est pour lui une ervah. Mais pour une femme célibataire, il est possible que ce soit permis [Maguen Avraham]. Plusieurs Aharonim sont toutefois plus stricts : même pour une célibataire c’est interdit, car cela mènerait à des pensées. Et tout cela même si elle n’est pas niddah. Quant à nos jeunes filles, qui sont présumées niddah puisqu’elles ne se plongent pas pour leur niddah, c’est interdit selon tous, car elles font partie des arayot. Le Chaaré Techouva au nom du Birké Yossef écrit que même les parfums de sa propre femme niddah, il est interdit de les sentir.

(יז) תלוי בצוארה - יש מאחרונים שכתבו דל"ד בשהוא תלוי בצוארה אלא רגילות נקט דבשמים שהיא רגילה לשאת בצוארה אפילו הם מונחים כעת על השלחן ג"כ אין לברך עליהם דעי"ז יבוא לידי הרהור אם מכירה ויודעה:

Suspendu à son cou - Certains Aharonim ont écrit que ce n’est pas limité au cas où c’est suspendu à son cou : on a seulement cité l’usage habituel. Des parfums qu’elle a l’habitude de porter au cou, même s’ils sont pour l’heure posés sur la table, on ne doit pas non plus bénir dessus, car cela mènerait à des pensées s’il la connaît.

(יח) של עכו"ם - היינו שהוקטרו לעבודת גלולים ועיין בח"א בכלל ס"א אות י"ד מה שכתב בזה:

D’idolâtre - C’est-à-dire qu’ils ont été brûlés pour le culte des idoles. Voir le ‘Hayé Adam, klal 61 ot 14, ce qu’il a écrit à ce sujet.

(יט) לפי שאסור וכו' - ואאיסור אין מברכין:

Parce qu’il est interdit, etc. - Et sur un interdit on ne bénit pas.

(כ) מסיבה - כשמסובין לאכול ולשתות:

Une messiba - Quand on est accoudé pour manger et boire.

(כא) דסתם מסיבתן לעכו"ם - ודוקא במסיבה אבל שלא במסיבה מותר לברך אבשמים של עובד גלולים:

Car une messiba ordinaire chez eux est pour l’idolâtrie - Uniquement lors d’une messiba ; mais hors messiba, il est permis de bénir sur les parfums d’un idolâtre.

(כב) אם רוב וכו' - דתלינן הריח בתר רוב ובודאי של עובדי גלולים הם שעשאום במסיבה ולפיכך מריח מרחוק [מ"א]:

Si la majorité, etc. - On rattache l’odeur à la majorité, et certainement ce sont des idolâtres qui les ont préparés lors d’une messiba ; c’est pourquoi il sent de loin [Maguen Avraham].

(כג) ואם רוב ישראל וכו' - וה"ה מחצה על מחצה ישראל וכמו שמבואר לקמן בסימן רצ"ח לענין אור של הבדלה ועיין בבה"ל:

Et si la majorité est d’Israël, etc. - Il en va de même pour moitié-moitié d’Israël, comme exposé plus loin au siman 298 au sujet de la lumière de la Havdala. Voir le Biour Halakha.

(כד) מברך - כבר כתבנו בראש הסימן די"א דוקא היכי שמתכוין להריח ובלא"ה אין צריך לברך אבל רוב הפוסקים חולקין ע"ז וס"ל דמברך בכל ענין כיון שעכ"פ נהנה מהריח שעולה:

Il bénit - Nous avons déjà écrit au début du siman que certains tiennent : uniquement s’il a l’intention de sentir, sinon il n’a pas à bénir ; mais la majorité des décisionnaires s’y opposent et tiennent qu’il bénit en tout cas, puisqu’il jouit au moins de l’odeur qui monte.

(כה) נתערב ריח וכו' - עיין בבה"ל:

Une odeur s’est mélangée, etc. - Voir le Biour Halakha.