משנה ברורה

Michna Beroura — siman 225

Rabbi Yisrael Meir Kagan (Hafets Haim) · Lois de la bénédiction de Chéhéhèyanou
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Chéhéhèyanou ou « qui fait revivre les morts » à la vue d’un cher ; bénédiction du père au bar-mitsva ; Chéhéhèyanou sur un fruit nouveau, ses espèces et ses limites ; bénédictions « qui varie les créatures » et « Juge de vérité » à la vue d’êtres insolites.

Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim.

SUJETRevoir un ami, bar-mitsva, fruit nouveau, créatures hors du commun
À FAIREAmi après trente jours
Homme ou femme (épouse, mère, fille, sœur) si l’on s’en réjouit : shehe'heyanou avec Nom et Royauté ; sage d’Israël : aussi « qui a départi ». Après douze mois : « qui fait revivre les morts » à la place, pas les deux
À FAIREFruit nouveau
Usage : shehe'heyanou au moment de manger, fruit entièrement achevé et bon à manger ; d’abord shehe'heyanou puis la berakha du fruit ; mitsva de goûter un peu de chaque espèce nouvelle dans l’année
À FAIREBar-mitsva
Treize ans et un jour ; usage : bénir quand le jeune officie ou est appelé le premier Chabbat ; repas ce jour-là comme une 'houppa ; « qui m’a déchargé de sa peine » : Derech Ha'hayim sans Nom, Gra et Maharil avec Nom
À ÉVITERFruit pas mûr / deuxième consommation
Avant que le fruit soit achevé, la berakha est vaine ; oublié à la première consommation : plus à la deuxième
À ÉVITERCe qui ne se renouvelle pas
Cédrat toujours vert ; volailles et poissons ; truffes et champignons ; pain nouveau ; pomme de terre enfouie ; usage : pas de shehe'heyanou sur parfum (rose) ni sur chevreaux
OUIGoûts différents
Griottes et fruits de même nom mais de goût distinct (figues blanches et noires, poires, pommes, noix) : shehe'heyanou sur chacune si elles ne viennent pas ensemble ; le Gra en doute
NONLettres seulement / ami jamais vu
Lettre ou nouvelles de son état : doute, allègement. Amitié née des seules lettres, sans face à face : pas de berakha de vue
NONCréature déjà vue / idolâtre
Née ainsi : « qui varie les créatures » ; advenue ensuite : « Juge de vérité ». Après trente jours : enseigner sans Nom ni Royauté. Sur un idolâtre dont on ne s’afflige pas : pas « Juge de vérité ». Belles créatures : usage aujourd’hui de ne plus dire (ou sans Nom)
REMALégume qui reste toute l’année en terre : pas de shehe'heyanou (on ne distingue pas le nouveau du vieux). Carottes, raves, concombres : on dit
Ces berakhot suivent la joie réelle du cœur et la nouveauté : trente jours ou douze mois pour une personne ; fruit achevé, à la première consommation ; rien sur ce qui ne se renouvelle pas visiblement.

Glossaire

Chéhéhèyanou
bénédiction « qui nous a fait vivre, exister et arriver à cette époque »
qui fait revivre les morts
bénédiction dite à la vue d’un cher après douze mois
lekhathila
a priori
bediavad
après coup
verjus
raisin encore vert, non mûr
haricot blanc
taille minimale du fruit de la vigne pour la bénédiction « Créateur du fruit de l’arbre »
bénédiction du temps
Chéhéhèyanou, dite sur une joie périodique
bahakanim
taches blanches éclatantes de la peau (sorte de leucodermie)
qui varie les créatures
bénédiction « méchané habériyot » à la vue d’un être à l’aspect insolite de naissance
Juge de vérité
bénédiction « Dayan haémet » dite sur un malheur ou une infirmité survenue ensuite

(א) חבירו - ואין חילוק בין איש לאשה והיינו אם רואה אשתו ואמו בתו ואחותו כיון שהוא שמח ונהנה בראייתם. כתבו הפוסקים דאם ראה חכם מחכמי ישראל מברך עליו אשר חלק וכדלעיל בסימן רכ"ד ס"ו וגם שהחיינו אם הוא שלשים יום שלא ראה אותו:

Son ami - et il n’y a pas de différence entre un homme et une femme ; c’est-à-dire s’il voit sa femme, sa mère, sa fille ou sa sœur, puisqu’il se réjouit et prend plaisir à les voir. Les décisionnaires ont écrit que s’il voit un sage d’entre les sages d’Israël, il bénit sur lui « qui a départi », comme plus haut au siman 224 seif 6, et aussi Chéhéhèyanou s’il s’est écoulé trente jours sans le voir.

(ב) לאחר שלשים יום - מראיה ראשונה. ואם קיבל ממנו כתב או שאנשים הודיעוהו משלומו יש דעות באחרונים וספק ברכות להקל:

Après trente jours - depuis la première vue. S’il a reçu de lui une lettre, ou que des gens l’ont informé de son état, il y a des avis parmi les Aharonim, et le doute en matière de bénédictions va à l’allègement.

(ג) אומר שהחיינו וכו' - וכל אלו הברכות הוא בשם ומלכות ואפילו ברכת מחיה מתים [מגן גבורים ושאר הרבה אחרונים דלא כתשובת פ"מ]:

Il dit Chéhéhèyanou, etc. - et toutes ces bénédictions se disent avec Nom et Royauté, même la bénédiction « qui fait revivre les morts » (Maguen Guiborim et beaucoup d’autres Aharonim, contrairement à la responsum du Pri Megadim).

(ד) מחיה המתים - ואז אין מברך שהחיינו. וטעם ברכה זו כתב בחידושי אגדות לפי שבכל שנה האדם נידון בר"ה ויוה"כ אם למות אם לחיים ואם רואהו אחר ר"ה ויוה"כ זה ואח"כ אין רואה אותו עד אחר ר"ה ויוה"כ הבא הרי עבר עליו דין אם למות אם לאו וע"כ אומר ברוך מחיה מתים שניצול מדין מיתה בר"ה ויוה"כ:

« Qui fait revivre les morts » - et alors on ne dit pas Chéhéhèyanou. La raison de cette bénédiction, a écrit le ‘Hidouché Agadot : chaque année l’homme est jugé à Roch Hachana et Yom Kippour, s’il doit mourir ou vivre ; s’il le voit après ce Roch Hachana et ce Yom Kippour, puis ne le revoit qu’après le Roch Hachana et le Yom Kippour suivants, le jugement de mort ou non a déjà passé sur lui ; c’est pourquoi l’on dit « Béni soit Celui qui fait revivre les morts », car il a été sauvé du décret de mort à Roch Hachana et Yom Kippour.

(ה) ושלח לו כתבים - ר"ל אע"פ שהריצו כתבים מזה לזה ועי"ז נעשו אוהבים מ"מ כיון שלא נתחבר עמו פנים אל פנים אין מעולה האהבה כ"כ עד שיהיה נהנה ושמח בראייתו. כתב הפמ"ג דאם נתבשר לו שילדה אשתו והוא היה במדינת הים וראהו עתה מברך שהחיינו או מחיה המתים [אם הוא לאחר י"ב חודש] דודאי יש לו שמחה בולדו אף שלא ראהו מעולם:

Et il lui a envoyé des lettres - c’est-à-dire : bien que des lettres aient été échangées de l’un à l’autre et que par là ils soient devenus amis, néanmoins, puisqu’il ne s’est pas lié à lui face à face, l’amitié n’est pas assez élevée pour qu’il prenne plaisir et se réjouisse à le voir. Le Pri Megadim a écrit : s’il a été annoncé que sa femme a enfanté, qu’il était outre-mer et qu’il voit maintenant l’enfant, il dit Chéhéhèyanou, ou « qui fait revivre les morts » (s’il s’est écoulé douze mois), car il a certainement de la joie de son enfant, même s’il ne l’a jamais vu.

(ו) בר מצוה - היינו כשנעשה בן י"ג ויום אחד ועכשיו נהגו שלא לברך עד שעה שהנער מתפלל בצבור בתורת ש"ץ או שהוא קורא בתורה בשבת ראשונה שאז נודע לרבים שהוא בר מצוה. מצוה על האדם לעשות סעודה ביום שנעשה בנו בר מצוה כיום שנכנס לחופה והיינו ביום שנכנס לשנת י"ד וטעם הסעודה משום דעכשיו נעשה איש ישראל שנצטוה במצות התורה. ואם הנער דורש הוי סעודת מצוה אפילו אינו באותו יום:

Bar-mitsva - c’est-à-dire lorsqu’il est devenu âgé de treize ans et un jour. Aujourd’hui l’usage est de ne bénir qu’à l’heure où le jeune prie en public en qualité d’officiant, ou qu’il est appelé à la Torah le premier Chabbat, car alors il est connu de tous qu’il est bar-mitsva. C’est une mitsva pour l’homme de faire un repas le jour où son fils devient bar-mitsva, comme le jour où il entre sous le dais nuptial ; c’est-à-dire le jour où il entre dans sa quatorzième année. La raison du repas : maintenant il est devenu un homme d’Israël, astreint aux commandements de la Torah. Si le jeune prononce un discours, c’est un repas de mitsva même si ce n’est pas ce jour-là.

(ז) שפטרני מענשו וכו' - פי' דעד עכשיו נענש האב כשחטא הבן בשביל שלא חנכו למצות התורה ועכשיו שנעשה איש מחוייב הוא להתחזק בעצמו למצות הש"י. ודע דאע"פ ששוב אין עליו ענין חינוך מ"מ יש על האב מצות הוכחה כשרואה שאינו מתנהג כשורה וכשאינו מוחה בידו נענש עליו דלא גרע משאר ישראל וכידוע מה שאחז"ל כל מי שיש לו למחות באנשי ביתו ואינו מוחה נתפס בעון אנשי ביתו. וכל מי שיש לו למחות באנשי עירו ואינו מוחה וכו':

« Qui m’a déchargé de sa peine », etc. - c’est-à-dire : jusqu’à présent le père était puni lorsque le fils fautait, pour n’avoir pas formé son fils aux commandements de la Torah ; maintenant qu’il est devenu un homme, c’est à lui de se fortifier de lui-même dans les commandements de ה'. Sache que, bien qu’il n’y ait plus sur lui l’obligation d’éducation, il reste néanmoins sur le père le commandement de réprimande lorsqu’il voit que le fils ne se conduit pas comme il faut ; et s’il ne le reprend pas, il est puni pour lui, car il n’est pas moindre que tout autre Israélite. Et l’on sait ce qu’ont dit nos Sages : quiconque peut reprendre les gens de sa maison et ne les reprend pas est saisi par la faute des gens de sa maison ; et quiconque peut reprendre les gens de sa ville et ne les reprend pas, etc.

(ח) וטוב לברך בלא וכו' - משום שלא הוזכרה ברכה זו בגמרא וכן העתיק בדה"ח אמנם דעת הגר"א בביאורו דמאחר שהוזכרה ברכה זו במדרש ומהרי"ל עשה כן הלכה למעשה יש לברך בשם ומלכות ועיין בח"א שכתב ג"כ דהמברך לא הפסיד:

Et il est bon de bénir sans, etc. - parce que cette bénédiction n’est pas mentionnée dans le Talmud ; ainsi l’a recopié Derech Ha’hayim. Cependant l’avis du Gaon de Vilna dans son commentaire est que, puisque cette bénédiction est mentionnée dans le Midrach et que le Maharil l’a pratiquée en halakha concrète, il faut bénir avec Nom et Royauté. Voir le ‘Hayé Adam, qui a aussi écrit que celui qui bénit n’y perd rien.

(ט) מברך שהחיינו - ואינה אלא רשות דאי לא מברך לא מיענש. ומ"מ ראוי ליזהר שלא לבטלה [א"ר ע"ש]:

Il dit Chéhéhèyanou - et ce n’est qu’une faculté : s’il ne bénit pas, il n’est pas puni. Néanmoins il convient de veiller à ne pas la laisser tomber (Eliya Rabba, voir là).

(י) ביד חבירו - דעיקרה נתקן על שמחת הלב שמשמח על צמיחת פרי חדש:

Dans la main de son ami - car elle a essentiellement été instituée sur la joie du cœur, qui se réjouit de la pousse d’un fruit nouveau.

(יא) עד שעת אכילה - דמי שאין לבו שמח בראייתו רק באכילתו לכו"ע מברך רק אאכילתו ולכך נהגו תמיד בזה משום לא פלוג ועיין בפמ"ג שכתב דלכתחלה נכון לברך שהחיינו קודם ואח"כ יברך ברכה הראויה לה וה"ה אם טועם מעט ואח"כ מברך שהחיינו אפשר דג"ז טוב הוא ובדיעבד אם בירך שהחיינו אחר הברכה שבירך על האכילה קודם שהתחיל לטעום ג"כ אין זה הפסק ע"ש:

Jusqu’au moment de manger - car celui dont le cœur ne se réjouit pas à la vue, mais seulement à la consommation, bénit selon tous seulement à la consommation ; c’est pourquoi l’on a toujours pris cet usage, afin de ne pas distinguer. Voir le Pri Megadim, qui a écrit que lekhathila (a priori) il est correct de dire Chéhéhèyanou d’abord, puis la bénédiction qui convient au fruit ; et de même s’il goûte un peu puis dit Chéhéhèyanou, il se peut que ce soit aussi bien. Et bediavad (après coup), s’il a dit Chéhéhèyanou après la bénédiction dite sur la consommation, avant de commencer à goûter, ce n’est pas non plus une interruption ; voir là.

(יב) עד שנגמר וכו' - ר"ל דאף דלענין ברכה על הפרי קי"ל בסימן ר"ב ס"ב דמברכין על הבוסר [בגפנים] בפה"ע משהגיעו לשיעור פול הלבן ובשאר כל האילנות משיוציאו פרי שהוא ראוי לאכול ע"י הדחק הכא לענין שהחיינו אין לברך עד שיהיה נגמר תשלום גידולו שיהיה טוב למאכל ואפילו בדיעבד אם בירך מקודם שנגמר ברכתו היא לבטלה. ועיין במ"א שהביא דדעת הרדב"ז הוא דכשהגיע לפול הלבן [ומסתמא ה"ה בשאר כל האילנות משיוציאו פרין] כיון שמברך עליו ברכתו הראוי לו כשאוכלו יוכל ג"כ לברך עליו שהחיינו ולענין דיעבד יש לסמוך עליו שלא לחזור ולברך:

Jusqu’à ce qu’il soit achevé, etc. - c’est-à-dire : bien que pour la bénédiction sur le fruit nous tenions, au siman 202 seif 2, que l’on bénit sur le verjus [des vignes] « Créateur du fruit de l’arbre » dès qu’il a atteint la taille d’un haricot blanc, et pour tous les autres arbres dès qu’ils produisent un fruit mangeable à la rigueur, ici, pour Chéhéhèyanou, on ne bénit pas tant que sa croissance n’est pas entièrement achevée et qu’il n’est pas bon à manger ; et même bediavad (après coup), si l’on a béni avant qu’il soit achevé, la bénédiction est vaine. Voir le Maguen Avraham, qui a rapporté l’avis du Radbaz : lorsqu’il a atteint la taille d’un haricot blanc (et vraisemblablement de même pour tous les autres arbres dès qu’ils produisent leur fruit), puisqu’on dit sur lui la bénédiction qui lui convient quand on le mange, on peut aussi dire Chéhéhèyanou ; et pour le cas après coup, on peut s’appuyer sur lui pour ne pas bénir de nouveau.

(יג) בראיה שניה - דהרי אנן נהגינן דאין מברכין עד שעת אכילה אף שראה כמה פעמים מקודם. ואם לא בירך בשעת אכילה ראשונה שוב לא יברך על אכילה שניה וכ"ש שלא יברך על אותה אכילה עצמה אף שעדיין לא נתעכל הפרי [אחרונים]:

À une deuxième vue - car nous avons l’usage de ne bénir qu’au moment de manger, même si l’on a vu plusieurs fois auparavant. S’il n’a pas béni à la première consommation, il ne bénira plus à une deuxième consommation, et à plus forte raison il ne bénira pas sur cette consommation même si le fruit n’est pas encore digéré (Aharonim).

(יד) כשיאכל גינד"ש וכו' - ר"ל אע"פ שכולם נכנסים תחת סוג מין אחד מ"מ כשני מינים הם לענין ברכת זמן כי שתי שמחות הן ועיין במ"א ובשארי אחרונים שכתבו דאפילו אם אין חלוקין בשמן אם חלוקין בטעמן כגון תאנים לבנים ותאנים שחורים ב' מינים הן לזה וצריך לברך על כל אחד ברכת שהחיינו כשאין באין לפניו בבת אחת וכן ב' מיני אגסים או תפוחים או אגוזים ג"כ צריך לברך על כ"א שהחיינו. [ובביאור הגר"א מפקפק בכל זה ודחה ראיותיהן ומשמע שדעתו דכיון שבעצם הוא מין אחד די במה שבירך בפעם ראשונה וכן בספר מור וקציעה הביא בשם אביו החכם צבי ג"כ כעין זה ממש אמנם לבסוף מצדד שם דאף דבאמת לשארי ענינים נקראין מין אחד מ"מ לענין ברכת שהחיינו דנתקן על השמחה שבלב מסתברא דנתחדש לו על כל דבר שמחה בפני עצמו וניחא פסק השו"ע ע"ש]:

Lorsqu’il mangera des griottes, etc. - c’est-à-dire : bien qu’elles entrent toutes sous une même espèce, néanmoins elles sont comme deux espèces pour la bénédiction du temps, car ce sont deux joies. Voir le Maguen Avraham et d’autres Aharonim, qui ont écrit que même si elles ne diffèrent pas par le nom, si elles diffèrent par le goût — par exemple figues blanches et figues noires — ce sont deux espèces à cet égard, et il faut dire Chéhéhèyanou sur chacune lorsqu’elles ne viennent pas devant lui en même temps ; de même deux sortes de poires, de pommes ou de noix : il faut aussi dire Chéhéhèyanou sur chacune. (Dans son commentaire, le Gaon de Vilna met tout cela en doute et écarte leurs preuves ; il semble que son avis soit : puisque au fond c’est une seule espèce, il suffit de ce qu’on a béni la première fois. De même le Mor Ouketsia a rapporté au nom de son père le ‘Hakham Tsvi un avis tout semblable ; toutefois à la fin il penche là-bas à dire que, bien qu’à d’autres égards elles soient appelées une seule espèce, pour Chéhéhèyanou, instituée sur la joie du cœur, il est raisonnable qu’une joie nouvelle lui vienne de chaque chose à part, et ainsi s’explique la décision du Choulhan Aroukh ; voir là.)

(טו) אינו חוזר ומברך - ואפילו אם שתי ליה אחר מ"ם יום שנתחזק היין ויש לו טעם אחר מן מוהל הענבים מ"מ הכל שמחה אחת היא דבעת שראה אז שאכל הענבים ידע שהיין יצא מהם ועיין באחרונים שהביאו די"א דמ"מ צריך לברך שהחיינו גם על היין החדש משום דיש בו שמחה יתירה מבענבים וע"כ טוב שאם בירך שהחיינו על הענבים אזי כשישתה יין חדש יברך תחלה שהחיינו על איזה מין חדש או על מלבוש כדי לפטור גם את היין [אבל אם בירך תחלה שהחיינו על היין דעת הע"ת דלכו"ע אינו חוזר לברך שהחיינו על הענבים] וכ"ז דוקא כששותה את היין כשהוא תירוש שהוא ניכר שהוא יין חדש אבל אם אינו שותהו עד שהוא יין אפילו לא בירך שהחיינו על הענבים אינו מברך עליו שהחיינו אף שהוא יודע שהוא יין חדש משום דאינו ניכר בין חדש לישן [אחרונים]:

Il ne bénit pas de nouveau - et même s’il l’a bu après quarante jours, que le vin s’est fortifié et qu’il a un autre goût que le jus de raisin, néanmoins tout est une seule joie : au moment où il a vu alors, ou mangé les raisins, il savait que le vin en sortirait. Voir les Aharonim, qui ont rapporté que certains disent qu’il faut néanmoins dire Chéhéhèyanou aussi sur le vin nouveau, parce qu’il y a en lui une joie plus grande que dans les raisins ; c’est pourquoi il est bon, si l’on a dit Chéhéhèyanou sur les raisins, que lorsqu’on boit du vin nouveau on dise d’abord Chéhéhèyanou sur quelque espèce nouvelle ou sur un vêtement, afin de couvrir aussi le vin. (Mais si l’on a d’abord dit Chéhéhèyanou sur le vin, l’avis de l’Olat Tamid est que selon tous on ne revient pas dire Chéhéhèyanou sur les raisins.) Et tout cela seulement lorsqu’on boit le vin alors qu’il est encore moût, reconnaissable comme vin nouveau ; mais si on ne le boit que lorsqu’il est déjà vin, même si l’on n’a pas dit Chéhéhèyanou sur les raisins, on ne dit pas Chéhéhèyanou sur lui, même en sachant que c’est du vin nouveau, parce qu’on ne le distingue pas du vieux (Aharonim).

(טז) שאינו מתחדש וכו' - ר"ל שאפילו בימות החורף אינו משתנה ממראיתו כגון אתרוג וכה"ג שדר באילנו משנה לשנה שכיון שעומד בירקותו כל השנה אין הנאה נרגשת בחידושו וכן בא למעט דבר שאין לו זמן קבוע לגידולו וכדלקמיה בהג"ה וכן דבר שאינו גידולי קרקע כגון עופות ודגים שנזדמנו לו אפילו אותן שלא טעם ממינן מעולם אפ"ה אין מברך עליהם שהחיינו דזה המין אינו חדש בעצם דאע"פ שהוא לא אכל מהם אחרים אכלו מהם. על כמהין ופטריות אין לברך שהחיינו דגם להם אין זמן קבוע גם מאויר הן גדלין ולא מקרקע [פמ"ג]. על ריח המתחדש משנה לשנה כמו ורד וכיו"ב שאר דברים שנעשו להריח יש דעות בפוסקים אי מברך עליהם זמן ונהגו שלא לברך [שע"ת בסי' רט"ז] י"א שעל גדיים וטלאים שרגילים להתחדש פעמים בשנה שמברכין עליהם שהחיינו וצ"ע [מ"א] והעולם נהגו שלא לברך ע"ז:

Qui ne se renouvelle pas, etc. - c’est-à-dire que même en hiver il ne change pas d’aspect, comme le cédrat et semblables, qui restent sur l’arbre d’année en année : puisqu’il demeure dans sa verdure toute l’année, on ne ressent pas de plaisir à son renouvellement. Cela vient aussi exclure une chose qui n’a pas de saison fixe de croissance, comme plus bas dans la glose, et une chose qui n’est pas produit de la terre, comme volailles et poissons qui se sont présentés à lui : même ceux dont il n’a jamais goûté l’espèce, on ne dit pas néanmoins Chéhéhèyanou, car cette espèce n’est pas nouvelle en soi — bien qu’il n’en ait pas mangé, d’autres en ont mangé. Sur les truffes et les champignons, on ne dit pas Chéhéhèyanou, car eux non plus n’ont pas de saison fixe, et ils croissent de l’air et non de la terre (Pri Megadim). Sur un parfum qui se renouvelle d’année en année, comme la rose et semblables, faits pour sentir, il y a des avis parmi les décisionnaires s’il faut dire sur eux la bénédiction du temps ; l’usage est de ne pas bénir (Cha’aré Techouva au siman 216). Certains disent que sur les chevreaux et les agneaux, qui ont l’habitude de se renouveler deux fois l’an, on dit Chéhéhèyanou ; cela demande examen (Maguen Avraham), et le monde a l’usage de ne pas bénir là-dessus.

(יז) מברכין עליו שהחיינו - בכל פעם ופעם כיון דעכ"פ בא מזמן לזמן:

On dit sur lui Chéhéhèyanou - chaque fois, puisqu’en tout état de cause il vient de temps en temps.

(יח) דעומד כל השנה בקרקע - ר"ל שיש ירק שדרכו לעמוד כל השנה בקרקע וברכת שהחיינו לא נתקן אלא בדבר הבא מזמן לזמן אכן באמת אינו מצוי זה כ"א באיזה ירקות ולא בכולן ואפשר משום דאין לחלק בין ירק לירק [פרישה] ויש לפרש עוד דכונת רמ"א במה שכתב דעומד כל השנה בקרקע היינו שמטמינין אותו בקרקע בבורות ועומד כל ימות השנה ואינו ניכר בין ירק חדש שגדל בשנה זו לישן שגדל אישתקד משא"כ פירות אע"ג דיש מטמינין אותן הו"ל מיעוטא דמיעוטא ולא חיישינן להו [מ"א] ולפ"ז פשוט דאין לברך שהחיינו על פרי אדמה שקורין (ער"ד עפי"ל) דהרי דרך העולם להטמין אותם בבורות בחורף ומתקיים זמן רב. ובשם של"ה כתבו האחרונים דאין לברך שהחיינו על שום ירק חדש וכן על לחם חדש דאין ניכר בין חדש לישן והעולם יטעו ויבואו לידי ברכה לבטלה וכתב המ"א דמ"מ מברכין על הריפות שעושין מדגן חדש שניכרין היטב שהם חדשים אכן במור וקציעה חולק ע"ז דאחרי שאין מינכר בטעמו אין יתרון להם ע"ש ויש למעט בברכות. ובקטניות כשהן חדשים וניכרין שהן חדשים כגון שהם ירוקים עדיין במקצת נראה שיוכל לברך שהחיינו וכן משמע בא"ר. על מיני לפתן שקורין מיירי"ן וריבי"ן ואוגערקע"ס מברכין עליהם שהחיינו [א"ר ודה"ח]:

Qui reste toute l’année en terre - c’est-à-dire qu’il y a des légumes dont la nature est de rester toute l’année en terre, et Chéhéhèyanou n’a été instituée que sur une chose qui vient de temps en temps ; mais en vérité cela n’est fréquent que pour certains légumes et non pour tous, et il se peut que ce soit afin de ne pas distinguer entre légume et légume (Pericha). On peut encore expliquer l’intention du Rema, lorsqu’il a écrit « qui reste toute l’année en terre » : on les enfouit en terre dans des fosses et ils restent tous les jours de l’année, et l’on ne distingue pas le légume nouveau poussé cette année du vieux poussé l’an passé ; ce qui n’est pas le cas des fruits : bien qu’on en enfouisse, c’est une infime minorité et l’on n’en tient pas compte (Maguen Avraham). Selon cela, il est évident qu’on ne dit pas Chéhéhèyanou sur le fruit de la terre appelé pomme de terre, car l’usage du monde est de les enfouir dans des fosses en hiver et elles se conservent longtemps. Au nom du Chela, les Aharonim ont écrit qu’on ne dit pas Chéhéhèyanou sur aucun légume nouveau, ni sur le pain nouveau, car on ne distingue pas le nouveau du vieux, et le monde se tromperait et en viendrait à une bénédiction vaine. Le Maguen Avraham a écrit que néanmoins on bénit sur les gruaux faits de céréale nouvelle, qui se reconnaissent bien comme nouveaux ; mais le Mor Ouketsia le conteste : après qu’on ne les distingue pas par le goût, ils n’ont pas de supériorité ; voir là. Il faut réduire les bénédictions. Quant aux légumineuses, lorsqu’elles sont nouvelles et reconnaissables comme nouvelles, par exemple encore un peu vertes, il semble qu’on puisse dire Chéhéhèyanou, et cela ressort aussi de l’Eliya Rabba. Sur les sortes de légumes d’accompagnement appelés carottes, raves et concombres, on dit Chéhéhèyanou (Eliya Rabba et Derech Ha’hayim).

(יט) אחר גמרו - ר"ל שיהיה נגמר לגמרי וטוב למאכל ועיין לעיל בסקי"ב. כתבו האחרונים בשם הירושלמי דמצוה לאכול מעט מכל מין חדש בשנה והטעם כדי להראות שחביב עליו בריאתו של הקב"ה:

Après son achèvement - c’est-à-dire qu’il soit entièrement achevé et bon à manger ; voir plus haut au seif katan 12. Les Aharonim ont écrit au nom du Talmud de Jérusalem qu’il est une mitsva de manger un peu de chaque espèce nouvelle dans l’année, la raison étant de montrer que la création du Saint, béni soit-Il, lui est chère.

(כ) והקפח דהיינו וכו' - ובבכורות [דף מ"ה] משמע דהוא אריך וקטין ולפי שדק הוא אינו יכול לסבול קומתו ונכפף ודומה כמי שחוליותיו שמוטות [מ"א]:

Et le bossu, c’est-à-dire, etc. - et dans Bekhorot (45a) il ressort qu’il est long et mince, et que, parce qu’il est fluet, il ne peut porter sa taille et se courbe, et ressemble à quelqu’un dont les vertèbres sont disloquées (Maguen Avraham).

(כא) שכל שערותיו וכו' - ונולד כך ממעי אמו דאי נעשה לו זה אח"כ אומר דיין האמת:

Dont tous les cheveux, etc. - et il est né ainsi du sein de sa mère ; car si cela lui est advenu ensuite, on dit « Juge de vérité ».

(כב) הקטע - שנקטעו לו ידיו:

L’amputé - à qui l’on a coupé les mains.

(כג) הסומא - משתי עיניו:

L’aveugle - des deux yeux.

(כד) דקות - היינו שיש לו נקודות כעדשים אדומים קצת אלא שבין עדשה לעדשה יש לובן צח ומבהיק ועל שם אותו הלובן נקרא בהקנין [מחה"ש ועיין בא"ר ובפמ"ג אכן אם שכיח שם הרבה אנשים כזה מסתברא דאין זה גנאי ולא שינוי שיברך ע"ז דיין האמת ומשנה הבריות וכ"ש אם נעשה זה ע"י חום השמש ועתידין להסתלק נראה דלכו"ע אין לברך ע"ז]:

Fines - c’est-à-dire qu’il a des taches comme des lentilles un peu rouges, mais qu’entre une lentille et l’autre il y a un blanc pur et éclatant, et c’est d’après ce blanc qu’on les appelle bahakanim (Ma’hatsit Hashekel ; voir Eliya Rabba et Pri Megadim). Toutefois, si beaucoup de gens ainsi sont fréquents là, il est raisonnable que ce ne soit ni une honte ni un changement sur lequel on bénirait « Juge de vérité » et « qui varie les créatures » ; et à plus forte raison si cela est venu par la chaleur du soleil et qu’elles sont destinées à disparaître, il semble que selon tous on ne bénit pas là-dessus.

(כה) ממעי אמם - קאי אכולהו לבד אקיטע:

Du sein de leur mère - cela se rapporte à tous, sauf à l’amputé.

(כו) מברך דיין האמת - שבא לו זה ע"י עונש:

Il dit « Juge de vérité » - car cela lui est venu par une punition.

(כז) דדוקא וכו' - קאי על ברכת דיין האמת דאינו שייך אלא למי שמצטער ומצדיק הדין אבל ברכת משנה הבריות לא שייך במצטער דוקא מידי דהוי אפיל וקוף:

Que seulement, etc. - cela se rapporte à la bénédiction « Juge de vérité », qui ne convient qu’à celui qui s’afflige et justifie le jugement ; mais la bénédiction « qui varie les créatures » ne dépend pas particulièrement de l’affliction, à l’instar de l’éléphant et du singe.

(כח) אבל על עובד כוכבים - מילתא דפסיקא נקט וה"ה לכל מי שאינו מצטער עליו:

Mais sur un idolâtre - il a pris un cas tranché ; et il en est de même pour quiconque dont on ne s’afflige pas.

(כט) ואינו מברך וכו' - זה קאי גם אברכת משנה הבריות [ט"ז] ור"ל דאפילו ראה כושי אחר [וכה"ג שארי דברים הנ"ל] אחר שלשים יום ג"כ אינו מברך והטעם דעל שינוי אין שייך לברך רק פעם ראשון שרואה הדבר והשינוי גדול בעיניו ומשמע מהט"ז דכ"ש דקאי המחבר אברכת דיין האמת אמנם בספר נהר שלום כתב דלענין דיין האמת שהוא דוקא על קרובו ואוהבו שמצטער עליו מסתברא דאם רואה זה עוד על קרובו אחר בודאי נתגדל עליו עוד הצער יותר ושייך לברך ע"ז דיין האמת:

Et il ne bénit pas, etc. - cela se rapporte aussi à la bénédiction « qui varie les créatures » (Taz) ; c’est-à-dire que même s’il a vu un autre homme de peau noire (et de même les autres cas ci-dessus) après trente jours, il ne bénit pas non plus. La raison : sur un changement, il n’y a lieu de bénir que la première fois qu’on voit la chose et que le changement est grand à ses yeux. Il ressort du Taz qu’à plus forte raison le Mé’haber se rapporte aussi à « Juge de vérité ». Cependant le Sefer Nehar Chalom a écrit que pour « Juge de vérité », qui ne se dit que sur un proche et un ami dont on s’afflige, il est raisonnable que s’il revoit cela sur un autre proche, la douleur s’est certainement encore accrue, et qu’il y a lieu de dire « Juge de vérité ».

(ל) וי"א וכו' - ולמעשה יש להורות דיברך אחר ל' בלא שם ומלכות [א"ר עי"ש]:

Et certains disent, etc. - et en pratique, il faut enseigner de bénir après trente jours sans Nom ni Royauté (Eliya Rabba, voir là).

(לא) משלשים יום - פי' שלא ראה אחר כיוצא בו תוך ל' יום [מ"א]:

Depuis trente jours - c’est-à-dire qu’il n’a pas vu un autre de même sorte dans les trente jours (Maguen Avraham).

(לב) הרואה וכו' ובריות נאות - בין זכרים בין נקבות. ועכשיו לא נהגו כלל לברך ברכה זו [ח"א ע"ש טעמו] ומ"מ נכון לברך בלא שם ומלכות:

Celui qui voit, etc., et de belles créatures - tant des mâles que des femelles. Aujourd’hui on n’a plus du tout l’usage de dire cette bénédiction (‘Hayé Adam, voir là sa raison) ; néanmoins il est correct de bénir sans Nom ni Royauté.

(לג) עובד כוכבים - היינו ראיה בעלמא דמותר אבל להסתכל בו ביותר ולהתבונן בדמותו אסור [מ"א] ואסור לומר כמה נאה כותי זה משום לא תחנם [גמרא]:

Un idolâtre - c’est-à-dire une vue ordinaire, qui est permise ; mais le dévisager longuement et s’absorber dans son aspect est interdit (Maguen Avraham). Et il est interdit de dire « comme ce non-Juif est beau », à cause de « tu ne leur feras pas grâce » (Talmud).

(לד) ולא על אחרים - אפילו לאחר שלשים יום:

Ni sur d’autres - même après trente jours.