משנה ברורה

Michna Beroura — siman 306

Rabbi Yisrael Meir Kagan (Hafets Haim) · De quelles affaires il est permis de parler le Chabbat
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Il est interdit de vaquer à ses affaires le Chabbat, même en parole, lorsque la chose se reconnaît. On ne s'attarde pas au bout du téhoum pour une action interdite. Exceptions : ramener une bête, besoins d'une mariée ou d'un mort, affaires célestes, besoins publics, fiançailles, métier, mesure de mitsva. Règles du salaire du Chabbat (absorption, salarié à la journée ou à la semaine), location, proclamations, objet perdu, herem. On peut profaner le Chabbat pour empêcher une fille d'apostasier de façon durable.

Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim.

SUJETDe quelles affaires il est permis de parler le Chabbat
À FAIREAffaires célestes et publiques
Mitsva, tsédaka, besoins d’un mort, fiancer, métier, objet perdu, besoins du public : on peut en parler et s’en occuper
À FAIREPensée des affaires
La pensée est permise ; la parole des affaires profanes est interdite. Mieux : se reposer comme si tout l’ouvrage était déjà fait
À FAIREMesurer pour une mitsva
Trou d’un téfah, mesure de soixante pour annuler un interdit, mesure médicale du corps
À FAIRESalaire absorbé
Embauche à la semaine ou au mois : le salaire du Chabbat est mêlé aux autres jours. Sage-femme : elle prend
À ÉVITERParler d’affaires profanes
Inspecter son champ, embaucher, fixer un prix, conclure un marché : interdit. S’attarder au bout du téhoum pour une chose interdite le Chabbat : interdit
À ÉVITERSalaire à la journée
Gardien ou ouvrier payé au jour : on ne lui donne pas le salaire du Chabbat (sauf à titre de don). Ne pas convenir un loyer ou un intérêt « selon les jours »
À ÉVITERFaire faire le Chabbat même pour une mitsva
On peut dire de faire après le Chabbat ; pas qu’il fasse ou aille le Chabbat même (même pour une mariée ou un mort)
OUIS’attarder pour ramener sa bête
Permis : il existe un remède (bourganin). De même besoins d’un mort ou d’une mitsva
OUIAcheter une maison en Erets Israël
Par un non-juif (il signe aux tribunaux) ; on ne lui donne pas l’argent explicitement
OUISauver une fille emmenée
Si un non-juif l’a prise de force vers l’apostasie durable : on peut sortir hors du téhoum, même loin
NONEmbaucher l’officiant le Chabbat même
Seulement dès la veille ; certains permettent un salaire pour les seuls Chabbats, sans y voir de bénédiction
NONAnnoncer un prix
Vin, maison, mitsvot : on ne dit pas le montant. Don d’objet à un particulier : ressemble à un achat, sauf besoin de Chabbat ou de mitsva
Tes affaires sont interdites à la bouche, pas à la pensée. Les affaires de ה' (mitsva, public, mort, tsédaka) sont permises en paroles. On n’attend pas la nuit pour une chose qu’on n’aurait pas le droit de faire le Chabbat, et l’on n’achète pas — sauf yishouv d’Erets Israël par un non-juif, ou sauvetage d’une apostasie durable.

Glossaire

téhoum
limite de déplacement du Chabbat
bourganin
cabanes de gardiens servant de relais pour le téhoum
mouktsé
objet dont l'usage ou le déplacement est interdit le Chabbat
להחשיך / מחשיכין
s'attarder jusqu'à la tombée de la nuit (au bout du téhoum)
חפצי שמים
affaires célestes
ממצוא חפצך
vaquer à tes affaires
בהבלעה
par absorption (dans le salaire des autres jours)
שכיר יום
salarié à la journée
שכיר שבת
salarié de la semaine
מקח וממכר
achat et vente
shevout
interdit rabbinique du repos chabbatique
shevout de-shevout
double interdit rabbinique
herem
excommunication, interdit communautaire
nidouï
excommunication
oness
contrainte
anos
contraint
lekhathila
a priori
téfah
palme (mesure)
amma
coudée
parasange
mesure de distance (environ quatre milles)
ערכאות
tribunaux non juifs
לפני עור
ne tends pas d'obstacle
מומרת
apostate

(א) שמעיין נכסיו - ודוקא היכא דמינכרא מילתא כגון שעומד אצל שדהו הצריכה חרישה או קצירה וכיו"ב דמינכר הדבר שעומד שם לעיין בצרכיה וכן לילך ולהחשיך על פתח המדינה כיון שדרך שהמרחצאות שם חוץ למדינה סמוך לפתח המדינה ניכר שלצורך המרחץ מחשיך אבל אם לא מינכר מלתא הוא בכלל הרהור בעסקיו דמותר:

Qui inspecte ses biens - Uniquement lorsque la chose est reconnaissable : par exemple s'il se tient près de son champ qui a besoin d'être labouré ou moissonné et semblables, car il est manifeste qu'il s'y tient pour examiner ses besoins. De même aller s'attarder jusqu'à la tombée de la nuit à la porte de la ville : les bains se trouvent habituellement hors de la ville, près de la porte, et il est manifeste qu'il s'attarde pour le bain. Mais si la chose n'est pas reconnaissable, cela entre dans la pensée de ses affaires, qui est permise.

(ב) אין מחשיכין וכו' - היינו לקרב עצמו בשבת עד סוף התחום ולהחשיך שם שיהא קרוב למקום הפועלים לשכרם במו"ש והטעם דכל דבר שאסור לעשותו בשבת אפילו הוא איסור מד"ס אסור להחשיך בשבילו:

On ne s'attarde pas jusqu'à la tombée de la nuit, etc. - C'est-à-dire se rapprocher le Chabbat jusqu'au bout du téhoum et y attendre la nuit afin d'être près du lieu des ouvriers pour les embaucher à la sortie du Chabbat. La raison : toute chose qu'il est interdit de faire le Chabbat, même d'un interdit rabbinique, il est interdit de s'attarder jusqu'à la nuit pour elle.

(ג) להביא בהמתו - דאף שהיא עומדת עתה מחוץ לתחום וא"א להביאה בשבת מ"מ לא מיקרי זה מחשיך בשביל דבר האסור כיון שאם היו בורגנין [הם סכות השומרים] סמוכים זה לזה בתוך שבעים אמה וד' טפחים היה מותר להביאה אפילו היה נמשך באופן זה כמה מילין מסוף העיר משום דכל זה שייך להעיר וכיון שיש לה תקנתא ע"י בורגנין לכך מותר להחשיך אפילו בלא בורגנין דלא אסור החשכה אלא בשביל דבר שא"א למצוא תקנתא להאיסור:

Pour ramener sa bête - Même si elle se trouve maintenant hors du téhoum et qu'il est impossible de la ramener le Chabbat, cela n'est pas appelé s'attarder pour une chose interdite : car si des bourganin [cabanes de gardiens] se succédaient à moins de soixante-dix coudées et quatre téfahim, il serait permis de la ramener, même sur plusieurs milles depuis la fin de la ville, tout cela appartenant à la ville. Puisqu'il existe un remède par les bourganin, il est permis de s'attarder même sans bourganin : on n'interdit l'attente de la nuit que pour une chose à laquelle on ne peut trouver de remède à l'interdit.

(ד) וי"א שאם וכו' - כו"ע מודים בזה ונקט לשון וי"א מפני שכן דרך המחבר במקום שלא נמצא דין זה מפורש בשאר פוסקים:

Et il y en a qui disent que si, etc. - Tous sont d'accord sur ce point ; il a employé la formule « il y en a qui disent » parce que c'est la manière du Mé'haber lorsqu'on ne trouve pas cette loi explicite chez les autres décisionnaires.

(ה) דאינו רשאי להביא - ר"ל אפילו היו מחיצות שלמות היה אסור עכ"פ משום מוקצה ונמצא שהוא מחשיך בשביל דבר האסור לעשות בשבת ואסור:

Qu'il n'est pas autorisé à ramener - C'est-à-dire que même s'il y avait des clôtures complètes, ce serait interdit au moins à cause du mouktsé ; il s'attarde donc pour une chose interdite le Chabbat, et c'est interdit.

(ו) דאסור לטלטל - וגם בזה אין איסור משום ממצוא חפצך אלא כשניכר הדבר שמתכוין לצרכיו או כשמחשיך עבור זה בסוף התחום אבל אם אינו ניכר רק כהולך לטייל שרי אף שדעתו בהילוך זה למצוא סוס וכדומה [אחרונים]:

Qu'il est interdit de déplacer - Ici non plus il n'y a d'interdit de « vaquer à tes affaires » que lorsque la chose est reconnaissable qu'il vise ses besoins, ou lorsqu'il s'attarde pour cela au bout du téhoum. Mais s'il n'est pas reconnaissable et qu'il va seulement comme en promenade, c'est permis, même si son intention en marchant est de trouver un cheval et semblables [A'haronim].

(ז) יכול וכו' - ולא גזרינן דלמא יצא בעליה חוץ לתחום כדי להכניסה לתוך התחום. ואם אינה שומעת לו לבוא מותר להכניסה ע"י א"י אבל אסור להכניסה ע"י ישראל אפילו ישראל אחר שאין בעליה שאצלו הוא בתוך התחום דקי"ל הבהמה והכלים כרגלי הבעלים הן לענין תחומין וע"כ כיון שיצאת חוץ לתחום שלה אסור לכל ישראל להזיזה בידים מד"א שלה:

Il peut, etc. - On n'a pas décrété de crainte que le propriétaire ne sorte hors du téhoum pour la faire rentrer. Si elle ne l'écoute pas pour venir, il est permis de la faire rentrer par un non-Juif, mais interdit par un Juif, même un autre Juif dont le propriétaire n'est pas auprès de lui dans le téhoum : car on statue que la bête et les ustensiles sont comme les pieds du propriétaire pour les téhoumim. Puisqu'elle est sortie hors de son téhoum, il est interdit à tout Juif de la déplacer de ses mains selon le droit qui est le sien.

(ח) לעשות וכו' או צרכי מת - האי לעשות אצרכי מת נמי קאי דמחשיך כדי לתקנן ולהביאן מהר ואפ"ה מותר דחפצי שמים הוא דבשביל ההבאה בעלמא פשיטא דמותר להחשיך [גמרא]:

Pour faire, etc., ou les besoins d'un mort - Le mot « faire » s'applique aussi aux besoins du mort : on s'attarde pour les préparer et les apporter plus vite, et cependant c'est permis, car ce sont des affaires célestes. Pour le simple apport, il est évident qu'il est permis de s'attarder [Guemara].

(ט) כדי שיביא לו - היינו כדי שיתקנן שם ויביא לו וכנ"ל:

Afin qu'il lui apporte - C'est-à-dire afin qu'il les prépare là-bas et les lui apporte, comme ci-dessus.

(י) לך למקום פלוני וכו' - פי' לילך שם ולקנות דאסור לומר בשביל דבר הרשות ובדבר מצוה שרי אבל הליכה גרידא אפילו לדבר הרשות שרי לומר כמ"ש סימן ש"ז ס"ח:

Va en tel lieu, etc. - C'est-à-dire y aller et acheter : il est interdit de le dire pour une affaire profane, et permis pour une affaire de mitsva. Mais le simple fait d'aller, même pour une affaire profane, il est permis de le dire, comme écrit au siman 307 seif 8.

(יא) למחר - אבל בשבת עצמו אסור אף שהוא לדבר מצוה:

Demain - Mais le Chabbat même, c'est interdit, même pour une affaire de mitsva.

(יב) סך ידוע - לפי שאין בקציצה שום מצוה רק הצלת ממונו ולכך אסור:

Une somme déterminée - Parce qu'il n'y a dans la fixation du prix aucune mitsva, seulement le sauvetage de son argent ; c'est pourquoi c'est interdit.

(יג) לא יאמר תן לי וכו' - ר"ל שלא יאמר לו ע"י השליח הזה שיתן לו צרכי המצוה הזו עוד בשנים ויהיה חייב לו בסך הכל עשרה שצירוף סך זה אין בו צורך למצוה:

Il ne dira pas : donne-moi, etc. - C'est-à-dire qu'il ne lui dira pas, par ce messager, de lui donner encore les besoins de cette mitsva pour deux [autres], de sorte qu'il lui devrait en tout dix : l'addition de cette somme n'a aucun besoin pour la mitsva.

(יד) בכל ענין - אסכום מקח קאי דס"ל דכיון דהוא דרך מקח וממכר ממש לא התירו בשום גווני אפילו לצורך מצוה:

De toute manière - Cela porte sur la conclusion du marché : selon lui, puisqu'il s'agit d'un véritable achat et vente, on n'a permis en aucun cas, même pour un besoin de mitsva.

(טו) השוכר את הפועל - מיירי ששכרו לימים שבעד כל יום שישמרנו יתן לו כך וכך והוא שמר גם בשבת וקאמר שא"צ לשלם לו עבור יום השבת ועיין בטור דמוכח שאפילו אם הוא רוצה ליתן לו אסור לו להשכיר ליקח השכר אא"כ הוא נותן לו דרך מתנה [פמ"ג]:

Celui qui embauche l'ouvrier - Il s'agit d'une embauche à la journée : pour chaque jour où il le garde, il lui donnera telle somme ; il a aussi gardé le Chabbat, et l'on dit qu'il n'a pas à lui payer le jour du Chabbat. Voir le Tour, d'où il ressort que même s'il veut lui donner, il lui est interdit de prendre le salaire, à moins qu'il ne le lui donne à titre de don [Pri Megadim].

(טז) אינו נותן וכו' - מדרבנן גזירה משום מקח וממכר:

Il ne donne pas, etc. - Décret rabbinique, par crainte d'achat et vente.

(יז) אין אחריות וכו' - שאם אירע בהן קלקול בשבת אינו חייב לשלם:

Il n'y a pas de responsabilité, etc. - Si un dégât survient le Chabbat, il n'est pas tenu de payer.

(יח) היה שכיר שבת - היינו של כל השבוע ביחד וע"כ נותן לו שכר שבת ור"ל שאפילו אם יחזור הפועל בתוך הזמן אינו מנכה לו שכר השבתות מזמן שעבר הואיל והוא בהבלעה עם שאר הימים [וזהו דקמסיים המחבר שיוכל הפועל לומר תן לי שכר עשרה ימים דמיירי שחוזר הפועל באמצע שבוע שני] וממילא מחויב לשמור גם בשבת ואם אירע הפסד חייב לשלם ונראה דאפילו אם לא אירע בו הפסד אך שלא שמר ביום השבת יכול לנכות לו משכרו מידי דהוי אם לא שמר יום אחר ועיין בבה"ל:

S'il était salarié de la semaine - C'est-à-dire de toute la semaine ensemble ; c'est pourquoi on lui donne le salaire du Chabbat. C'est-à-dire que même si l'ouvrier se rétracte en cours de période, on ne lui déduit pas le salaire des Chabbats déjà passés, puisqu'il est absorbé avec les autres jours [c'est pourquoi le Mé'haber conclut que l'ouvrier peut dire : donne-moi le salaire de dix jours — il s'agit d'un ouvrier qui se rétracte au milieu de la deuxième semaine]. De ce fait il est tenu de garder aussi le Chabbat, et s'il y a un dégât il doit payer. Il semble que même s'il n'y a pas eu de dégât, mais qu'il n'a pas gardé le jour du Chabbat, on peut lui déduire de son salaire, comme s'il n'avait pas gardé un autre jour. Voir au Biour Halakha.

(יט) לשלם לו כל יום וכו' - היינו שהתנה עמו שישלם לו לפי חשבון הימים והלשון הזה מורה שיוכל הבעה"ב לחזור באמצע השבוע ולא יצטרך לשלם לו בעד כל השבוע אלא בעד הימים שעברו ע"כ מיקרי שכיר יום ואסור לו לקבל שכר שבת לבסוף אפילו אם משלם לו עבור כל החודש ביחד ועיין לקמיה בסק"כ וכתב המ"א דכן הדין במשכיר חדר לחבירו לחודש והתנה עם השוכר שישלם לו לפי חשבון הימים ג"כ אסור לו ליקח שכר שבת והטעם כנ"ל וה"ה אותן המלוים ברבית לא"י לשנה או לחודש צריכים ליזהר שלא להתנות עם הלוה בסתמא שישלם לו לפי חשבון הימים שיחזיק המעות ת"י דהלשון הזה מורה שכל אימת שישלם לו ואפילו אם ישלם לו באמצע השבוע יחשב לו הרבית לפי חשבון הימים ולפ"ז נחשב כל יום ויום בפ"ע וא"כ יצטרך לבסוף לנכות לו שכר כל השבתות אלא יתנה עמו שאם ישלם לו באמצע השבוע יפרע לו הרבית מכל השבוע זה כולו או לא יפרע לו כלל הרבית עבור שבוע זה האחרון:

Pour lui payer chaque jour, etc. - C'est-à-dire qu'il a convenu de lui payer selon le compte des jours. Cette formulation indique que le maître de maison peut se rétracter au milieu de la semaine et n'aura à payer que les jours écoulés ; c'est donc un salarié à la journée, et il lui est interdit de recevoir à la fin le salaire du Chabbat, même s'il lui paie tout le mois d'un coup. Voir plus loin au seif katan 20. Le Magen Avraham a écrit que de même, celui qui loue une chambre à son prochain pour un mois et convient avec le locataire qu'il paiera selon le compte des jours, il lui est aussi interdit de prendre le salaire du Chabbat, pour la même raison. De même ceux qui prêtent à intérêt à un non-Juif pour un an ou un mois doivent prendre garde de ne pas convenir simplement que l'emprunteur paiera selon le compte des jours où il tiendra l'argent : cette formulation indique que chaque fois qu'il paie, même au milieu de la semaine, on lui compte l'intérêt selon les jours ; chaque jour est alors considéré à part, et il faudrait à la fin déduire le salaire de tous les Chabbats. Qu'il convienne plutôt que s'il paie au milieu de la semaine, il acquittera l'intérêt de toute cette semaine entière, ou qu'il n'acquittera aucun intérêt pour cette dernière semaine.

(כ) מקרי שכיר יום - ובספר שבות יעקב חולק וס"ל דמהר"ן אין ראיה לדין זה דבעניננו אף שלפי דבריו יוכל לחזור ולסלקו באמצע השבוע מ"מ מסתמא לא יחזור בו באמצע והוי שכיר חודש ומקרי אח"כ השכר שבת בהבלעה ושרי וגם בספר א"ר מצדד דיש ספק בדין זה ע"ש טעמו:

On l'appelle salarié à la journée - Le livre Shevout Yaakov conteste et tient que le Ran n'apporte pas de preuve pour cette loi : dans notre cas, même si d'après ses paroles il peut se rétracter et le congédier au milieu de la semaine, en général il ne se rétractera pas au milieu, c'est un salarié au mois, et le salaire du Chabbat est ensuite absorbé et permis. Le livre Eliyah Rabba penche aussi qu'il y a un doute sur cette loi ; voir sa raison.

(כא) או יאמר וכו' - ומה שנוהגים הסוחרים לשכור יהודי בע"ש לשמור העגלות מן הגנבה הדבר קשה איך הסוחר עובר על לפני עור כיון שיודע שודאי יקבל שכר שבת ולכן ראוי שיתנה עם השומר שישמור גם ביום ע"ש ובמו"ש איזה שעות ואז הוי כשכר שבת בהבלעה ושרי [ח"א]:

Ou qu'il dise, etc. - Ce qu'ont l'habitude les commerçants d'embaucher un Juif la veille de Chabbat pour garder les chariots contre le vol : il est difficile de voir comment le commerçant ne transgresse pas « ne tends pas d'obstacle », puisqu'il sait qu'il recevra certainement un salaire du Chabbat. Il convient donc de convenir avec le gardien qu'il gardera aussi le vendredi et à la sortie du Chabbat quelques heures ; alors le salaire du Chabbat est absorbé et permis [Hayéi Adam].

(כב) להתפלל בשבת - משום שנוטל שכר שבת:

Pour prier le Chabbat - Parce qu'il prend un salaire du Chabbat.

(כג) ויש מי שמתיר - ס"ל דבמקום מצוה לא גזרו רבנן על שכר שבת בזה ומ"מ אינו רואה סימן ברכה ובכ"ז ה"ה לשכור תוקע. ומ"מ אסור לשכור החזן או התוקע בשבת ויו"ט גופא רק מע"ש:

Et il y en a qui permettent - Ils tiennent qu'en lieu de mitsva les Sages n'ont pas décrété sur le salaire du Chabbat en cela ; néanmoins il n'y voit pas de signe de bénédiction. Il en est de même pour embaucher un sonneur de chofar. Néanmoins il est interdit d'embaucher l'officiant ou le sonneur le Chabbat et le Yom Tov mêmes, seulement dès la veille de Chabbat.

(כד) לשנה וכו' - פי' שיתפלל גם בימות החול ומשלם לו לחודש או לשבוע בבת אחת ועיין באחרונים שכתבו שנוהגים להקל לשכור לשבתות לחוד והחושש לדברי האוסרין לא יקצוב בתחלה ומה שלוקח אח"כ י"ל שהוא דרך מתנה ומילדת בודאי מותרת ליקח שכר שבת:

Pour une année, etc. - C'est-à-dire qu'il priera aussi les jours de semaine, et on lui paie le mois ou la semaine d'un coup. Voir les A'haronim qui ont écrit qu'on a l'habitude d'être indulgent pour embaucher pour les seuls Chabbats ; celui qui craint les avis prohibitifs ne fixera pas le prix d'avance, et ce qu'il prend ensuite on peut dire que c'est à titre de don. Une sage-femme a certainement le droit de prendre un salaire du Chabbat.

(כה) חפצי שמים וכו' - דכתיב אם תשיב משבת רגלך ממצוא חפצך וגו' ודרשו חפציך אסורין חפצי שמים מותרין:

Affaires célestes, etc. - Car il est écrit : « Si tu détournes du Chabbat ton pied, de vaquer à tes affaires, etc. », et ils ont exposé : tes affaires sont interdites, les affaires célestes sont permises.

(כו) חשבונות - ומותר לחשוב מה שצריך לסעודת מצוה [מ"א]:

Des comptes - Et il est permis de compter ce qui est nécessaire pour un repas de mitsva [Magen Avraham].

(כז) ולפסוק צדקה - לעניים או לבהכ"נ. ולנדב איזה חפץ על בהכ"נ ג"כ נוהגין העולם להקל ואע"ג דאמרינן אין מעריכין [היינו לומר ערך פלוני עלי] ואין מקדישין בשבת וכדאיתא לקמן בסימן של"ט היינו דוקא הקדש מזבח או לבדק הבית אבל הקדשות דידן מותר דאין שם הקדש עליהן אלא חולין הן ומ"מ לכתחלה נכון ליזהר כשמקדיש איזה חפץ ידוע בשבת כגון ס"ת או עטרה לס"ת שיקדישנו בפיו מע"ש אפילו בינו לבין עצמו ואז אפילו מביאו בשבת לבהכ"נ אינו אלא מפרסם ההקדש שהקדיש מע"ש. ולפסוק מעות לצדקה ולא חפץ ידוע מותר אפילו לכתחלה בשבת לכו"ע דהטעם דאסור להקדיש הוא משום דהוי כמקח וממכר שמוציא החפץ מרשותו לרשות אחר וזה אין שייך במעות וה"ה כשאינו מיחד החפץ בשבת רק שאומר סתם אני מנדר ס"ת אף שיש לו בביתו מותר לכו"ע דהא עדיין לא יצאה מרשותו שלא ייחד דוקא לזו:

Et de fixer une tsédaka - Pour les pauvres ou pour la synagogue. Offrir un objet pour la synagogue, le monde a aussi l'habitude d'être indulgent. Bien qu'on dise qu'on n'évalue pas [c'est-à-dire dire : la valeur d'un tel est à ma charge] et qu'on ne consacre pas le Chabbat, comme plus loin au siman 339, cela ne vise que la consécration de l'autel ou de l'entretien du Temple ; mais nos consécrations sont permises, car le nom de consécration n'est pas sur elles, ce sont des choses profanes. Néanmoins lekhathila (a priori) il est bon de prendre garde, lorsqu'on consacre un objet déterminé le Chabbat, comme un sefer Torah ou une couronne pour le sefer Torah, de le consacrer de bouche dès la veille de Chabbat, même seul avec soi-même ; alors, même s'il l'apporte le Chabbat à la synagogue, il ne fait que publier la consécration faite la veille. Fixer de l'argent pour la tsédaka, et non un objet déterminé, est permis même lekhathila le Chabbat selon tous : la raison d'interdire de consacrer est que cela ressemble à un achat et vente, on fait sortir l'objet de son domaine vers un autre, et cela ne s'applique pas à l'argent. De même s'il ne désigne pas l'objet le Chabbat, mais dit simplement : je fais vœu d'un sefer Torah, même s'il en a un chez lui, c'est permis selon tous, car il n'est pas encore sorti de son domaine, il n'a pas désigné précisément celui-ci.

(כח) ולפקח על עסקי רבים - לעיין ולחקור דצרכי רבים הוי כצורך מצוה. ומותר אפילו לילך לבתי טרטיאות שמתכנסין שם הא"י כדי לפקח בשביל הרבים. וכתבו הפוסקים דלא הותר אמירה לא"י לעשות מלאכה ולא שבות אחר בשביל עסקי רבים דרק הפקוח וההתעסקות בדברים בלא מלאכה דאסור בצרכי יחיד משום ודבר דבר זה הותר לדבר מצוה או לצורך רבים [מ"א וש"א] ועיין לקמן בסימן ש"ז ס"ה ולעיל בסימן רע"ו ס"ב בהג"ה:

Et de s'occuper des affaires publiques - Examiner et s'enquérir : les besoins du public sont comme un besoin de mitsva. Il est même permis d'aller dans les salles de spectacle où se rassemblent les non-Juifs pour s'occuper des intérêts du public. Les décisionnaires ont écrit qu'on n'a pas permis de dire à un non-Juif de faire un travail, ni un autre shevout, pour des affaires publiques : seul le soin et l'occupation de paroles sans travail, interdits pour les besoins d'un particulier à cause de « ni parler d'affaires », ont été permis pour une affaire de mitsva ou un besoin public [Magen Avraham et autres]. Voir plus loin siman 307 seif 5 et plus haut siman 276 seif 2 dans la glose.

(כט) ולשדך התינוק - צ"ל התינוקת:

Et de fiancer l'enfant - Il faut lire : la fillette.

(ל) או אומנות - דהוא נמי עוסק במצוה דאם אין לו אומנות עוסק בגזל:

Ou un métier - Car il s'occupe aussi d'une mitsva : s'il n'a pas de métier, il s'occupe de vol.

(לא) אבל לשכרו וכו' - כנ"ל בס"ג בהג"ה כדעת היש אוסרים שם:

Mais pour l'embaucher, etc. - Comme ci-dessus au seif 3 dans la glose, selon l'avis de ceux qui l'interdisent là-bas.

(לב) כמה יתן - אלא יאמר סתם אמור בעבורי מי שברך:

Combien il donnera - Qu'il dise simplement : dis pour moi un Mi shebérakh.

(לג) לפסוק צדקה - ואפילו החזן עשיר כיון שנותנין לו זה כדי שיתפלל לפני העמוד הוי צורך מצוה. ובענין הכרזת מצות בבהכ"נ יש אוסרין ויש מתירין דלא שייך מקח וממכר אלא בחפץ הנקנה ובמקום שנהגו היתר אין למחות בידן. וקניית מקומות בבהכ"נ וכן קניית אתרוגים מן הקהל אחר גמר מצותן שקונין אותם לאכילה או להריח לכו"ע אסור וכן לקנות שופר או אתרוג ביו"ט מן המוכר אתרוגים אסור [מ"א וש"א] ועיין לקמן בסימן שכ"ג ס"ד. והנה מקח וממכר אחד בפה ואחד במסירה אסור גזירה שמא יבוא לכתיבה. וגם אסור ליתן מתנה לחבירו דדמי למקח וממכר שהרי יוצא מרשותו אלא דבמתנה מותר כשהוא לצורך שבת ויו"ט כמש"כ סימן שכ"ג ס"ז וכן לצורך מצוה וכן אסור ליתן משכון לחבירו אא"כ הוא לצורך מצוה או לצורך שבת [מ"א בשם הפוסקים] וכתב עוד דלפ"ז מה שנהגו ליתן כלים במתנה לחתן הדורש אינו נכון מיהו מה שמחייבין קצת ליתן לו דמים אפשר דשרי כיון דבידו לחזור ועיין בא"ר:

Fixer une tsédaka - Même si l'officiant est riche, puisqu'on lui donne cela pour qu'il prie devant le pupitre, c'est un besoin de mitsva. Quant à l'adjudication des mitsvot à la synagogue, les uns interdisent et les autres permettent : l'achat et vente ne s'applique qu'à un objet acquis ; là où l'on a l'habitude de permettre, on ne proteste pas. L'achat de places à la synagogue, ainsi que l'achat d'etrogim à la communauté après l'achèvement de leur mitsva, qu'on achète pour manger ou sentir, est interdit selon tous ; de même acheter un chofar ou un etrog le Yom Tov chez le vendeur d'etrogim est interdit [Magen Avraham et autres]. Voir plus loin siman 323 seif 4. L'achat et vente, que ce soit de bouche ou par remise, est interdit, décret de crainte d'en venir à écrire. Il est aussi interdit de donner un don à son prochain, car cela ressemble à un achat et vente, l'objet sort de son domaine ; toutefois un don est permis lorsqu'il est pour le besoin du Chabbat et du Yom Tov, comme écrit au siman 323 seif 7, et de même pour un besoin de mitsva. Il est aussi interdit de donner un gage à son prochain, sauf pour un besoin de mitsva ou un besoin de Chabbat [Magen Avraham au nom des décisionnaires]. Il a encore écrit que dès lors, l'habitude de donner des ustensiles en don au marié qui prononce un discours n'est pas correcte ; toutefois ce que certains s'obligent à lui donner en argent est peut-être permis, puisqu'il peut se rétracter. Voir Eliyah Rabba.

(לד) מדידה של מצוה - ואע"ג דלא הותר שבות אפילו במקום מצוה וכמ"ש לעיל בס"ק כ"ח שאני מדידה דלא הוי איסור כ"כ אלא משום דהוי כעובדא דחול ולהכי שרי במקום מצוה:

Une mesure de mitsva - Bien qu'on n'ait pas permis un shevout même en lieu de mitsva, comme écrit plus haut au seif katan 28, la mesure est différente : ce n'est pas un interdit si grave, seulement parce que cela ressemble à une activité de semaine ; c'est pourquoi c'est permis en lieu de mitsva.

(לה) כגון למדוד וכו' - וה"ה דמותר למדוד חור שיש בכותל המפסיק אם יש בו פותח טפח להביא הטומאה מהחדר שהמת בו לחדר הסמוך לו ואע"ג שיכולין הכהנים לצאת ממנו מ"מ כיון שמודד שעורי תורה לא מחזי כעובדא דחול. וה"ה דמותר למדוד כדי לשער שיעור ששים לבטל איזה איסור דכיון דהוא להתלמד ע"ד הוראה לא הוי כעובדין דחול [פמ"ג]:

Par exemple mesurer, etc. - De même il est permis de mesurer un trou dans le mur mitoyen pour savoir s'il y a une ouverture d'un téfah afin d'amener l'impureté de la chambre où se trouve le mort vers la chambre voisine. Bien que les kohanim puissent en sortir, puisqu'il mesure des mesures de Torah, cela n'a pas l'apparence d'une activité de semaine. De même il est permis de mesurer pour estimer la mesure de soixante afin d'annuler un interdit : puisqu'il s'agit d'apprendre en vue d'une décision, ce n'est pas comme les activités de semaine [Pri Megadim].

(לו) של מצוה - דמדידה רפואה היא ורפואת הגוף מצוה היא וגזירת שחיקת סממנין לא שייך בזה אלא ברפואה שיש בה ממש כגון משקה או אוכל [א"ר]:

De mitsva - Car la mesure est un soin médical, et le soin du corps est une mitsva. Le décret de broyer des drogues ne s'applique ici que pour un soin qui a de la substance, comme une boisson ou un aliment [Eliyah Rabba].

(לז) הרהור בעסקיו מותר - דכתיב ודבר דבר דבור אסור הרהור מותר:

La pensée de ses affaires est permise - Car il est écrit « ni parler d'affaires » : la parole est interdite, la pensée est permise.

(לח) מצוה שלא יחשוב וכו' - ומכ"ש אם יש לו ע"י ההרהור טרדת הלב ודאגה דיזהר בזה עיין בב"י:

Mitsva de ne pas penser, etc. - À plus forte raison s'il a par cette pensée une préoccupation du cœur et de l'inquiétude, qu'il y prenne garde. Voir Beit Yossef.

(לט) ויהא בעיניו וכו' - וכדאיתא במכלתא פ' יתרו ששת ימים תעבוד ועשית כל מלאכתך וכי אפשר לאדם לעשות כל מלאכתו בששת ימים אלא שבות כאלו כל מלאכתך עשויה:

Et qu'il soit à ses yeux, etc. - Comme il est dit dans la Mekhilta, parasha Yitro : « Six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage » — est-il possible à l'homme de faire tout son ouvrage en six jours ? Mais qu'il se repose comme si tout son ouvrage était fait.

(מ) אסור לומר וכו' - דדוקא לומר לו לעשות אחר השבת מותר משום דהוי צרכי מצוה וכמש"כ בס"ג אבל לא שיעשה או ילך בשבת וכן אפילו א"ל מע"ש לעשות בשבת אסור אף שהוא לצורך כלה או מת [מ"א בשם הר"ן]:

Il est interdit de dire, etc. - Seulement lui dire de faire après le Chabbat est permis, parce que ce sont des besoins de mitsva, comme écrit au seif 3 ; mais non qu'il fasse ou aille le Chabbat. De même, même si on le lui a dit dès la veille de Chabbat de faire le Chabbat, c'est interdit, même pour le besoin d'une mariée ou d'un mort [Magen Avraham au nom du Ran].

(מא) ודאי שרי - אפילו לשכור א"י רץ שירוץ כמה פרסאות בשבת להביא קרוביו במו"ש ג"כ שרי כדי שלא תטרף דעתו עליו:

C'est certainement permis - Même embaucher un non-Juif coureur pour courir plusieurs parasanges le Chabbat afin d'amener ses proches à la sortie du Chabbat est aussi permis, afin que sa raison ne s'égare pas.

(מב) מותר - לאפוקי מהפוסקים שסוברים דזה מחזי כמשא ומתן:

Permis - Pour écarter les décisionnaires qui tiennent que cela a l'apparence d'un négoce.

(מג) דרך מלבושו - הא לאו הכי אסור דכיון שהוא ממושכן לישראל הוי כאלו היא של ישראל ואסור משום מראית עין דמחזי שהישראל צוהו להוציאו:

Selon la manière de son vêtement - Autrement c'est interdit : puisqu'il est gagé chez un Juif, c'est comme s'il appartenait au Juif, et c'est interdit à cause de l'apparence, car on dirait que le Juif lui a ordonné de le sortir.

(מד) וע"ל סימן שכ"ה - בס"ג בהג"ה דטוב שהא"י יקח המשכון בעצמו ויניח אחר במקומו ולא יגע בו ישראל:

Et voir plus haut siman 325 - Au seif 3 dans la glose : il est bon que le non-Juif prenne lui-même le gage et en dépose un autre à la place, et que le Juif n'y touche pas.

(מה) לקנות בית - וכיצד הוא עושה מראה לו כיסים של דינרין והא"י חותם ומעלה בערכאות אבל אסור ליתן לו מעות להדיא:

Pour acheter une maison - Comment fait-il ? Il lui montre des bourses de dinars, et le non-Juif signe et enregistre aux tribunaux ; mais il est interdit de lui donner de l'argent explicitement.

(מו) בא"י - וסוריא כא"י לדבר זה כ"כ הרמב"ם ועיין במ"א מה שכתב בזה:

En Erets Israël - Et la Syrie est comme Erets Israël pour cela, ainsi a écrit le Rambam. Voir ce qu'a écrit le Magen Avraham à ce sujet.

(מז) דאינו אסור וכו' - ר"ל הכתיבה זו היא מדרבנן והוי שבות דשבות ע"י א"י ומשו"ה התירו משום ישוב א"י ועיין בבה"ל שביארנו דדעת אור זרוע דעת יחידאה היא ואין לה שום מקום בש"ס וכל הפוסקים חולקין ע"ז וס"ל דאף בכתב שלהם הוא איסור מדאורייתא דבכל לשון חייב כדאיתא במשנה [שבת ק"ג] ואפ"ה התירו בכאן ע"י א"י משום ישוב א"י ואף דהמחבר פסק לקמן בסימן ש"ז ס"ה דמלאכה דאורייתא אסור ע"י א"י אפילו לצורך מצוה זה עדיפא ולפ"ז אסור לומר לא"י בשבת לכתוב מכתב אפילו לצורך מצוה אם לא שהוא ג"כ צורך גדול אפשר דיש להקל ועיין לעיל בסימן רע"ו ס"ב בהג"ה:

Qu'il n'est interdit, etc. - C'est-à-dire que cette écriture est rabbinique et constitue un shevout de-shevout par un non-Juif ; c'est pourquoi on l'a permis à cause de l'installation d'Erets Israël. Voir au Biour Halakha où nous avons expliqué que l'avis de l'Or Zaroua est isolé et n'a aucune place dans le Talmud, et que tous les décisionnaires le contestent et tiennent que même dans leur écriture c'est un interdit de la Torah, car dans toute langue on est passible, comme dans la Michna [Chabbat 103] ; et cependant on l'a permis ici par un non-Juif à cause de l'installation d'Erets Israël. Bien que le Mé'haber ait statué plus loin au siman 307 seif 5 qu'un travail de la Torah est interdit par un non-Juif même pour un besoin de mitsva, ceci l'emporte. Dès lors il est interdit de dire à un non-Juif le Chabbat d'écrire une lettre même pour un besoin de mitsva, sauf s'il y a aussi un grand besoin, auquel cas on peut peut-être être indulgent. Voir plus haut siman 276 seif 2 dans la glose.

(מח) על אבדה - שמי שיודע בה יבוא ויגיד דהשבת אבדה מצוה ולומר למי שיודע ממנה שישיבנה גם זה הוא בכלל חפצי שמים ושרי ונהגו להכריז גם על אבדת א"י מפני דרכי שלום ובמקום סכנה פשיטא דשרי וכתבו האחרונים דה"ה דמותר להכריז בשבת על גנבה:

Sur un objet perdu - Que celui qui le sait vienne le dire : restituer un objet perdu est une mitsva, et dire à celui qui le sait de le restituer entre aussi dans les affaires célestes et est permis. On a l'habitude de proclamer aussi la perte d'un non-Juif, à cause des voies de la paix ; en lieu de danger, c'est évidemment permis. Les A'haronim ont écrit que de même il est permis de proclamer le Chabbat un vol.

(מט) אפילו וכו' - שלא יוכל המשיב להשיב היום אפ"ה מותר כדי לפרסם הענין בשבת שהוא זמן כנופיא לרבים:

Même, etc. - Même si le restitueur ne pourra pas restituer aujourd'hui, c'est néanmoins permis afin de publier la chose le Chabbat, temps de rassemblement du public.

(נ) חרמי צבור - וה"ה אם נדוהו בחלום מתירין לו בשבת דצורך שבת הוא דלא לישתהי בנידויו:

Les excommunications publiques - De même s'il a été excommunié en songe, on le délie le Chabbat, car c'est un besoin du Chabbat, afin qu'il ne demeure pas dans son nidouï.

(נא) הוי כעסקי רבים - משמע דאם הוא לצורך יחיד להתיר לו מה שהחרימוהו הצבור היה אסור כשאינו לצורך שבת אבל ממה שכתב בבדק הבית בשם רבינו ירוחם וכן מתשובת הרשב"א שהובא לקמן בב"י בסימן שמ"א משמע דאפילו לצורך יחיד מתירין לו משום דבחול לא יוכל לקבץ הקהל בקל שיתירו לו וכן מצדדים האחרונים להלכה. כתב בב"ח סוף סימן ש"ז דמה שנוהגין בירידים שהשמש קורא מתוך הכתב מי שמוחרם משום חובותיו הוי כעסקי רבים דלולא זה היו נפסדין החובות וכל משא ומתן ואין כח לשום מורה לבטל זה שנהגו להקל מפני כמה גדולים:

C'est comme des affaires publiques - Cela implique que s'il s'agit du besoin d'un particulier pour le délier de ce que le public l'a excommunié, ce serait interdit si ce n'est pas un besoin du Chabbat. Mais d'après ce qu'a écrit le Bedek HaBayit au nom de Rabbeinou Yerou'ham, et de même d'après une réponse du Rachba citée plus loin dans le Beit Yossef au siman 341, il en ressort que même pour le besoin d'un particulier on le délie, parce qu'en semaine on ne pourra pas rassembler facilement la communauté pour le délier ; les A'haronim penchent aussi ainsi pour la halakha. Le Ba'h a écrit à la fin du siman 307 que ce qu'on a l'habitude aux foires, que le bedeau lise d'après un écrit qui est excommunié pour ses dettes, est comme des affaires publiques : sans cela les dettes et tout négoce seraient perdus, et aucun maître n'a le pouvoir d'abolir cela, car on a l'habitude d'être indulgent d'après plusieurs grands.

(נב) אבל וכו' - והמ"א הוכיח דדין החרם והתרתו שוה דליחיד אסור להחרים אם עבר עבירה אם לא שחילל שבת דהוי כמו לצורך שבת ולצורך צבור מותר אפילו אינו לצורך שבת דאם לא יחרימו בשבת לא יתאספו ביום אחר ויתבטל הדבר ובספר א"ר מצדד דאף לצורך רבים אין כדאי להחרים ביום השבת משום דכתיב בו ברכה ועיין בספר זכור לאברהם בהלכות שבת אות חי"ת שהביא משם כנה"ג דהמנהג הפשוט הוא להקל וכדברי המ"א הנ"ל. ובתשובות דברי ריבות איתא דחכם יכול לנדות בשבת לכבודו:

Mais, etc. - Le Magen Avraham a prouvé que la loi du herem et de sa levée est la même : pour un particulier, il est interdit d'excommunier s'il a commis une faute, sauf s'il a profané le Chabbat, ce qui est comme un besoin du Chabbat ; pour le besoin du public, c'est permis même si ce n'est pas un besoin du Chabbat, car s'ils n'excommunient pas le Chabbat ils ne se rassembleront pas un autre jour et la chose sera annulée. Le livre Eliyah Rabba penche que même pour le besoin du public il n'est pas opportun d'excommunier le jour du Chabbat, parce qu'il y est écrit bénédiction. Voir le livre Zakhor le-Avraham, lois du Chabbat, lettre 'het, qui a rapporté au nom du Kenesset HaGuedola que l'habitude répandue est d'être indulgent, comme les paroles du Magen Avraham ci-dessus. Dans les réponses Divrei Rivot il est dit qu'un sage peut excommunier le Chabbat pour son honneur.

(נג) להכריז בשבת - ולהכריז שיש בית למכור או להשכיר בקושטנטינא נוהגין היתר אבל בתשובת הגאונים סימן קמ"ה אוסר אפילו בשל הקדש ויתומים:

Proclamer le Chabbat - Proclamer qu'il y a une maison à vendre ou à louer à Constantinople, on a l'habitude de permettre ; mais dans les réponses des Gueonim siman 145 on l'interdit même pour du bien consacré et des orphelins.

(נד) וא"ל יאבד וכו' - דוקא בכה"ג אסור דהוי כדן את הדין אבל אם מכריז סתם כל מי שיש לו זכות יבוא ויגיד אע"פ שיש תקנה בעיר שאם לא יגיד בטלה זכותו מ"מ אינו כדן את הדין ומ"מ לכתחלה אין לנהוג כן דהוי כדבורא דחול אך אי איכא דוכתא דנהיגי כך לא מחינן בהו שיש מקום לומר דהוי כצרכי רבים אך שהוא ענין מתמיה [ריב"ש]:

Et lui dire : qu'il perde, etc. - Seulement dans un tel cas c'est interdit, car c'est comme juger un jugement. Mais s'il proclame simplement : quiconque a un droit, qu'il vienne le dire, bien qu'il y ait dans la ville un règlement que s'il ne le dit pas son droit est annulé, ce n'est néanmoins pas comme juger un jugement. Néanmoins lekhathila on ne doit pas en user ainsi, car c'est comme une parole de semaine ; mais s'il existe un lieu où l'on en use ainsi, on ne proteste pas, car on peut dire que c'est comme des besoins publics, bien que ce soit une chose étonnante [Rivash].

(נה) להכריז יין - היינו להודיע שיש אצל פלוני ופלוני יין למכור וכתב המ"א דדוקא במקום ששכיח יין טובא אבל במקום שאין מצוי כ"כ הוי הכרזה על יין צורך מצוה בשביל קידוש. ומ"מ אסור להזכיר סכום מקח בכל גווני וכנ"ל בס"ג בהג"ה ורש"ל כתב דיכריז קודם ברכו ואם שכח להכריז עד אחר ברכו לא יזכיר סכום מקח:

Proclamer du vin - C'est-à-dire faire savoir que chez un tel et un tel il y a du vin à vendre. Le Magen Avraham a écrit : seulement là où le vin est très fréquent ; mais là où il n'est pas si fréquent, proclamer du vin est un besoin de mitsva pour le kiddouch. Néanmoins il est interdit de mentionner le montant du prix en tout cas, comme ci-dessus au seif 3 dans la glose. Le Maharshal a écrit qu'on proclamera avant Barekhou, et si l'on a oublié de proclamer jusqu'après Barekhou, on ne mentionnera pas le montant du prix.

(נו) שהוציאו בתו - אורחא דמלתא נקט וה"ה אחר רשאי לחלל שבת כדי להצילה מהאיסור הגדול וכ"ז מיירי שהוציאוה א"י מביתו באונס וע"כ התירו לו לשום לדרך פעמיו להצילה דקי"ל אם אינו פושע חייב לעשות איסורא זוטא כדי שלא יעשה חבירו איסורא רבא אבל אם פשעה אין לו לאביה לחלל שבת עבורה דאין אומרים לו לאדם חטוא כדי שיזכה חברך ודוקא באיסור דאורייתא אבל באיסור דרבנן דעת הא"ר דיש להקל לעבור כדי להצילה:

Qu'on a emmené sa fille - Il a pris le cas habituel ; de même un autre a le droit de profaner le Chabbat pour la sauver de ce grand interdit. Tout cela vise le cas où un non-Juif l'a emmenée de sa maison par oness (contrainte) ; c'est pourquoi on lui a permis de se mettre en chemin pour la sauver : on statue que s'il n'est pas fautif, il est tenu de faire un petit interdit afin que son prochain ne fasse pas un grand interdit. Mais si elle a fauté, son père n'a pas à profaner le Chabbat pour elle : on ne dit pas à l'homme de fauter pour que ton prochain mérite. Seulement pour un interdit de la Torah ; pour un interdit rabbinique, l'avis de l'Eliyah Rabba est d'être indulgent pour transgresser afin de la sauver.

(נז) חוץ לשלש פרסאות - היינו אף דיש בזה איסור דאורייתא לאיזה פוסקים וה"ה אם יצטרך לחלל שבת עי"ז באיזה מל"ט מלאכות ג"כ שפיר דמי דכאשר תמיר את הדת לגמרי תחלל שבת ותעבוד עבודת גלולים כל ימיה ואם הוא יחלל שבת פ"א נקרא איסורא זוטא נגד זה. כתב המ"א צ"ע אם הבת קטנה ורוצים להוציאה מכלל ישראל אם יעשה הגדול חטא בשבילה דהא קי"ל דאין ב"ד מצווין להפרישה מאיסור או דילמא מידי דהוי אפקוח נפש שמחללין על הקטן דאומרים חלל עליו שבת אחד כדי שישמור שבתות הרבה ה"נ כן ובא"ר דעתו להקל דאם לא ישתדל להצילה תשאר כן גם בגדלותה:

Hors de trois parasanges - C'est-à-dire même s'il y a là un interdit de la Torah selon certains décisionnaires. De même s'il devra pour cela profaner le Chabbat par l'une des trente-neuf travaux, c'est également bien : lorsqu'elle changera complètement de religion, elle profanera le Chabbat et servira les idoles tous les jours de sa vie ; s'il profane le Chabbat une fois, cela s'appelle un petit interdit en face de cela. Le Magen Avraham a écrit : il y a à examiner si la fille est mineure et qu'on veut la faire sortir du peuple d'Israël, si le majeur doit fauter pour elle : car on statue que le tribunal n'est pas tenu de l'écarter d'un interdit, ou bien c'est comme un sauvetage de vie, où l'on profane pour le mineur, disant : profane pour lui un Chabbat afin qu'il garde de nombreux Chabbats ; ici de même. L'Eliyah Rabba penche à être indulgent : si l'on ne s'efforce pas de la sauver, elle restera ainsi aussi à sa majorité.

(נח) וע"ל סימן שכ"ח ס"י - בהג"ה דאיתא שם דמי שרוצים לאנסו שיעבור עבירה גדולה אין מחללין עליו שבת כדי להצילו ואין סתירה לכאן דהתם מיירי שרוצים לאנסו שיעבור עבירה פ"א ולהכי אפילו אם היא עבירה גדולה כגון לעבוד ע"ג אין צריך לחלל שבת כדי להצילו דמחלל שבת ג"כ כעובד ע"ג משא"כ כאן שתשאר מומרת ותחלל שבת לעולם. כתב כנה"ג דללכת חוץ לתחום בשבת לנקום נקמת אביו מרוצחים מותר ותמה עליו המג"א וש"א דהא לא עדיף משאר צורך מצוה דאסור לילך חוץ לתחום עבורה:

Et voir plus loin siman 328 seif 10 - Dans la glose, où il est dit que celui qu'on veut contraindre (anos) à commettre une grande faute, on ne profane pas le Chabbat pour le sauver, et il n'y a pas de contradiction ici : là-bas il s'agit de le contraindre à commettre une faute une fois ; c'est pourquoi même si c'est une grande faute, comme servir une idole, on n'a pas à profaner le Chabbat pour le sauver, car profaner le Chabbat est aussi comme servir une idole. Ici au contraire elle restera apostate et profanera le Chabbat à jamais. Le Kenesset HaGuedola a écrit qu'aller hors du téhoum le Chabbat pour venger son père de meurtriers est permis ; le Magen Avraham et d'autres s'en étonnent, car cela n'est pas supérieur à un autre besoin de mitsva, pour lequel il est interdit de sortir hors du téhoum.