משנה ברורה

Michna Beroura — siman 608

Rabbi Yisrael Meir Kagan (Hafets Haim) · Ordre de la seouda hamafseket
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Ajouter du profane au saint ; crépuscule selon Rabbenou Tam et selon le Gra ; réprimande des fautifs ; manger après avoir achevé ; aliments échauffants et laitiers.

Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim.

SUJETOrdre de la seouda hamafseket
À FAIREAjouter du profane au saint
Commencer le jeûne de jour, avant le soir ; à la sortie on ajoute aussi (« du soir au soir »). L’addition n’entraîne pas de karet, seulement un commandement positif.
À FAIREDire avant le birkat hamazon qu’on n’accepte pas encore le jeûne
Certains : après s’être interrompu, manger encore est interdit (comme une acceptation de bouche). Le penser aussi en son cœur.
À ÉVITERCe qui échauffe à la seouda hamafseket
Épices, safran (zafrin), bon vin. Ne pas s’enivrer ni faire un repas gros (même le matin, à plus forte raison à ce repas).
À ÉVITERCe qui multiplie la semence
Mets lactés chauds, ail, œufs ; sésame (fait ruminer). Si l’on en a beaucoup mangé, ne pas mettre le doigt dans la bouche pour vomir à YK (peur d’avaler un peu).
OUIMets lactés le matin / volaille à la seouda
Le monde mange des mets lactés au repas du matin (Rema). À la seouda hamafseket : viande, seulement de la volaille (Magen Avraham). De notre temps, volaille aussi le matin (Pri Megadim).
OUIRevenir manger tant qu’on n’a pas accepté
L’acceptation n’est efficace qu’à partir de plag haminha ; avant, elle n’est rien. Si l’on a accepté : lavage, onction et surtout travail aussi interdits.
OUIRéprimande
Collectivité qui n’écoutera pas : une fois. Particulier : plusieurs fois, jusqu’à la frappe ou la malédiction. Faute secrète en secret ; faute publique aussitôt. Mezidim : réprimander même s’ils n’accepteront pas.
NONNe pas s’opposer
S’il est certain qu’ils n’accepteront pas et qu’ils sont shogegim (chose non explicite dans la Torah) : mieux vaut qu’ils restent shogegim. S’il y a danger, on n’est pas tenu (Hinoukh 239). Chose explicite dans la Torah : on s’oppose jusqu’à ce qu’ils se séparent.
REMAMesure de Rabbenou Tam : beïn hachemashot = marche de 1 500 coudées ≈ un quart d’heure avant les étoiles ; addition + BH ≈ presque une demi-heure. Beaucoup de Rishonim et le Gra : BH dès que le soleil s’est dérobé ; l’addition se prend avant le coucher. Lait mêlé ou thé au lait : peut-être annulé dans la majorité (Pri Megadim). Certains : dès que le fautif rabroue, interdiction de continuer (« ne réprimande pas le moqueur »).
On ajoute du profane au saint en commençant le jeûne de jour. À la seouda hamafseket : pas d’échauffants ni de mets qui multiplient la semence ; usage de volaille. Sans acceptation dès plag haminha, on peut encore manger. Réprimande selon collectivité ou particulier, shogeg ou mezid, avec ou sans danger.

Glossaire

tosefet
addition du profane au saint, en commençant le jeûne avant la nuit
karet
retranchement, peine céleste grave
beïn hachemashot
crépuscule, intervalle douteux entre jour et nuit
tset hakokhavim
sortie des étoiles, début de la nuit calendaire
shogeg
par erreur
mezid
volontairement
plag haminha
milieu de l'après-midi liturgique, une heure et quart avant la nuit
keri
émission séminale
zafrin
safran

(א) שצריך להוסיף וכו' - ותוספות זה אין בו כרת כ"א מ"ע וילפינן בגמרא (ר"ה ט א) מדכתיב ועניתם את נפשותיכם בתשעה לחודש בערב מערב עד ערב תשבתו שבתכם ואמרינן יכול בתשעה מתענין ת"ל בערב אי בערב יכול משתחשך ת"ל בתשעה הא כיצד מתחיל ומתענה מבע"י כדי להוסיף מחול על הקודש וגם ביציאתו מוסיף מדכתיב מערב עד ערב:

Qu'il faut ajouter etc. - Et cette addition n'entraîne pas de karet, seulement un commandement positif. On l'apprend dans le Talmud (Roch Hachana 9a) de ce qu'il est écrit : « Vous affligerez vos âmes le neuf du mois, au soir ; du soir au soir vous cesserez votre cessation. » Et l'on dit : pourrait-on jeûner le neuf ? L'enseignement dit « au soir ». Si « au soir », pourrait-on [commencer] à la tombée de la nuit ? L'enseignement dit « le neuf ». Comment cela ? On commence à jeûner de jour, afin d'ajouter du profane au saint. De même à la sortie on ajoute, de ce qu'il est écrit « du soir au soir ».

(ב) שזמנו אלף ות"ק אמה וכו' - ר"ל ששיעור בין השמשות הוא שיעור מהלך אלף ות"ק אמה והוא לערך רבע שעה קודם צה"כ וקודם לזה צריך להוסיף מעט ושיעור התוספות עם בין השמשות ביחד עולה כמעט חצי שעה. והנה השו"ע הזכיר שזה דעת ר"ת וסייעתו ואזיל לשיטתו בסימן רס"א ס"ב וכבר כתבנו שם דהרבה מהראשונים חולקין ע"ז וגם הגר"א הסכים לשיטתם דבין השמשות מתחיל תיכף אחר תחלת השקיעה דהיינו משעה שהחמה נתכסה מעינינו וזמן התוספות שצריך להוסיף היינו קודם שקיעת החמה ועיין שם במ"ב סקכ"ג לענין שיעור הוספה לפרוש ממלאכה וה"ה הכא לענין אכילה:

Dont le temps est de mille cinq cents coudées etc. - C'est-à-dire que la mesure du beïn hachemashot est la mesure d'une marche de mille cinq cents coudées, soit environ un quart d'heure avant la sortie des étoiles ; et avant cela il faut ajouter un peu. La mesure de l'addition avec le beïn hachemashot ensemble monte à presque une demi-heure. Le Choulhan Aroukh a mentionné que c'est l'avis de Rabbenou Tam et de son école, et il va selon son système au siman 261 seif 2. Nous y avons déjà écrit que beaucoup de Rishonim contestent cela, et le Gra aussi s'est accordé à leur système : le beïn hachemashot commence tout de suite après le début du coucher, c'est-à-dire dès l'heure où le soleil s'est dérobé à nos yeux, et le temps d'addition que l'on doit ajouter est avant le coucher du soleil. Voir là Michna Beroura sk 23 au sujet de la mesure d'addition pour cesser le travail ; et de même ici pour le manger.

(ג) אין ממחין בידן - ודוקא ביודע בודאי שלא יקבלו ממנו אבל בספק שמא יקבלו צריך למחות אפילו במידי דרבנן:

On ne s'oppose pas à eux - Et seulement s'il sait avec certitude qu'ils n'accepteront pas de lui ; mais en cas de doute qu'ils accepteraient, il faut s'opposer, même en matière rabbinique.

(ד) וה"ה בכל דבר איסור וכו' - ר"ל ג"כ בשברור לו שלא יקבלו ממנו וכנ"ל. ובכל זה אין חילוק בין רבים ליחיד:

Et de même en toute chose interdite etc. - C'est-à-dire aussi lorsqu'il est clair pour lui qu'ils n'accepteront pas de lui, comme ci-dessus. En tout cela nulle différence entre une collectivité et un particulier.

(ה) אמרינן מוטב שיהיו שוגגין וכו' - ר"ל ג"כ בברור לו שאם יאמר להם לא יקבלו ממנו וכנ"ל וכ"ז דוקא בשעכשיו הם שוגגין אבל כשיודעין שהוא אסור ועוברין במזיד צריך להוכיחם אף כשברור לו שלא יקבלום ונהי דמי שאינו מוכיח אינו נענש עבור חטאם כיון שברור לו שלא יקבלום מ"מ מצוה להוכיחם:

Nous disons : mieux vaut qu'ils soient shogegim (par erreur) etc. - C'est-à-dire aussi lorsqu'il est clair pour lui que s'il leur dit ils n'accepteront pas de lui, comme ci-dessus. Et tout cela seulement s'ils sont maintenant shogegim ; mais s'ils savent que c'est interdit et transgressent mezid (volontairement), il faut les réprimander même s'il est clair qu'ils n'accepteront pas. Certes, celui qui ne réprimande pas n'est pas puni pour leurs fautes, puisqu'il est clair qu'ils n'accepteront pas ; toutefois c'est une mitsva de les réprimander.

(ו) שאינו מפורש בתורה - ר"ל דאז אנו יכולין לתלות ששוגגין ומוטעין הם בזה ומה שלא ישמעו לנו מה שנאמר להם שהוא אסור מחמת דקיל להו הדבר ולכן אמרינן בזה מוטב שיהיו שוגגין וכו' אבל בדבר המפורש בתורה והם עוברין ע"ז בודאי אינם שוגגין ולא שייך בהו לומר מוטב שיהיו שוגגין ומחינן בהו וענשינן להו עד דפרשי:

Qui n'est pas explicite dans la Torah - C'est-à-dire qu'alors nous pouvons présumer qu'ils sont shogegim et dans l'erreur à ce sujet, et que s'ils ne nous écoutent pas lorsque nous leur disons que c'est interdit, c'est que la chose leur est légère ; aussi disons-nous en cela « mieux vaut qu'ils soient shogegim, etc. » Mais pour une chose explicite dans la Torah, s'ils la transgressent, ils ne sont certainement pas shogegim, et il n'y a pas lieu de dire « mieux vaut qu'ils soient shogegim » : on s'oppose à eux et on les punit jusqu'à ce qu'ils se séparent.

(ז) מוחין בידם - דוקא בדליכא סכנה אבל בדאיכא חשש סכנה א"צ למחות וכ"כ בחינוך מצוה רל"ט ע"ש ועיין בחו"מ סימן י"ב וביו"ד סימן של"ד:

On s'oppose à eux - Seulement s'il n'y a pas de danger ; mais s'il y a crainte de danger, on n'est pas tenu de s'opposer. Ainsi a écrit le Hinoukh, mitsva 239, voir là ; voir 'Hoshen Mishpat siman 12 et Yoré Déa siman 334.

(ח) ואם יודע וכו' - זה קאי ג"כ על דבר המפורש בתורה [וה"ה על שאר מזיד דהיינו שיודע שהוא אסור ועובר ע"ז] עד סוף הג"ה. והנה לשון ואם יודע כתבו האחרונים שאינו מדוקדק דהא עד עכשיו ג"כ מיירי בהכי וכנ"ל אלא דבא לחדש דיש חילוק בין רבים ליחיד דברבים כשיודע שאין דבריו נשמעין להם מחויב להוכיח רק פ"א אבל ביחיד מחויב להוכיח כמה פעמים עד הכאה או קללה:

Et s'il sait etc. - Cela s'applique aussi à une chose explicite dans la Torah [et de même à tout autre mezid, c'est-à-dire qu'il sait que c'est interdit et transgresse]. Jusqu'à la fin de la glose. Le langage « et s'il sait » : les Aharonim ont écrit qu'il n'est pas précis, car jusqu'ici aussi l'on traitait de cela, comme ci-dessus ; mais il vient innover qu'il y a une différence entre une collectivité et un particulier : pour une collectivité, s'il sait que ses paroles ne leur seront pas écoutées, il n'est tenu de réprimander qu'une fois ; pour un particulier, il est tenu de le réprimander plusieurs fois, jusqu'à la frappe ou la malédiction.

(ט) רק פ"א - אולי ישמעו או כדי שלא יהיה להם פתחון פה ומכאן ואילך כשם שמצוה לומר דבר הנשמע כך מצוה שלא לומר דבר שאינו נשמע:

Seulement une fois - Peut-être écouteront-ils, ou afin qu'ils n'aient pas d'excuse. Et désormais, de même qu'il est mitsva de dire une chose qui sera écoutée, il est mitsva de ne pas dire une chose qui ne sera pas écoutée.

(י) חייב להוכיחו - בעבירה שבסתר יוכיחנו בסתר ובעבירה שבגלוי יוכיחנו מיד שלא יתחלל שם שמים:

Il est tenu de le réprimander - Pour une faute en secret, on le réprimandera en secret ; pour une faute en public, on le réprimandera aussitôt, afin que le Nom des Cieux ne soit pas profané.

(יא) יקללנו - וי"א דדי עד שינזוף בו החוטא ומכאן ואילך אסור להוכיחו שנאמר אל תוכח לץ פן ישנאיך:

Il le maudira - Certains disent qu'il suffit jusqu'à ce que le fautif le rabroue, et qu'à partir de là il est interdit de le réprimander, comme il est dit : « Ne réprimande pas le moqueur, de peur qu'il ne te haïsse. »

(יב) יכול לחזור ולאכול וכו' - יש שכתבו שהמנהג שלאחר שאכל אסור לאכול דבזה שמפסיק הוי כאילו קיבל בפה ולכן נכון שקודם בהמ"ז יאמר בפירוש שאינו מקבל עליו עדיין התענית ועכ"פ יחשוב בלבו כזה:

Il peut revenir manger etc. - Certains ont écrit que l'usage est qu'après avoir mangé il est interdit de manger, car en s'interrompant c'est comme s'il avait accepté de bouche ; aussi est-il correct qu'avant le birkat hamazon il dise explicitement qu'il n'accepte pas encore le jeûne, et qu'en tout cas il le pense ainsi en son cœur.

(יג) כל זמן וכו' - ואם קיבל עליו אסור גם ברחיצה וסיכה ובפרט במלאכה:

Tout le temps etc. - S'il l'a accepté, c'est interdit aussi pour le lavage et l'onction, et surtout pour le travail.

(יד) שלא קיבל עליו התענית - והקבלה מהני רק מפלג המנחה ואילך אבל אם קיבל עליו התענית מקודם פלג המנחה אין בקבלתו כלום אבל אם קיבל ע"ע סתם שלא לאכול עוד זה מהני אפילו בשאר ימות השנה אם קבל עליו שלא לאכול מחצות היום ואילך כמ"ש בסימן תקס"ב סי"א:

Qu'il n'a pas accepté le jeûne - Et l'acceptation n'est efficace qu'à partir de plag haminha ; s'il a accepté le jeûne avant plag haminha, son acceptation n'est rien. Mais s'il a accepté simplement de ne plus manger, cela est efficace même les autres jours de l'année, s'il a accepté de ne plus manger à partir de midi, comme il est écrit au siman 562 seif 11.

(טו) ועיין לעיל וכו' - ועיי"ש במשנה ברורה סק"ב מש"כ בשם הב"ח והגר"א וכן יתר הדברים שם ושייך ג"כ לענינינו:

Et voir ci-dessus etc. - Et voir là dans le Michna Beroura sk 2 ce qu'il a écrit au nom du Bah et du Gra, ainsi que le reste des choses là, qui concernent aussi notre sujet.

(טז) דברים המחממין - כגון בשמים וכרכום (שקורין זאפרין) ויין טוב וזה אינו אסור כ"א בסעודה המפסקת אבל דברים המרבים זרע כגון מאכלי חלב וכדלקמיה היה ראוי להיות נזהר שלא לאכול כל היום אכן העולם נוהגין לאכלן בשחרית וזה שמסיים הרמ"א אך בסעודת שחרית וכו' וטעם המנהג לא נתפרש כ"כ המהרי"ל ועיין במ"א שמיישב המנהג ועיקר טעם המנהג משום שהם מאכלים קלים אכן בסעודה מפסקת נהגו לאכול בשר שהיא עיקר הסעודה ודוקא בשר עוף [מ"א] ומפמ"ג משמע דבזמנינו נהגו לאכול בשר עוף בשחרית:

Choses qui échauffent - Telles que les épices et le safran (qu'on appelle zafrin) et un bon vin. Cela n'est interdit qu'à la seouda hamafseket ; mais les choses qui multiplient la semence, telles que les mets lactés, comme ci-dessous, il eût fallu prendre garde de ne pas en manger tout le jour. Toutefois le monde a l'habitude d'en manger le matin ; c'est ce que conclut le Rema : « mais au repas du matin, etc. » La raison de l'usage n'est pas tellement expliquée chez le Maharil ; voir le Magen Avraham qui justifie l'usage. La raison principale de l'usage est que ce sont des aliments légers ; mais à la seouda hamafseket on a l'habitude de manger de la viande, qui est l'essentiel du repas, et seulement de la volaille [Magen Avraham]. Du Pri Megadim il ressort qu'à notre époque on a l'habitude de manger de la volaille le matin.

(יז) שלא יבא לידי קרי - וביוה"כ הלא אסור לו לטבול וכדלקמן בס"ס תרי"ג:

Afin de ne pas en venir au keri - Et à Yom Kippour il lui est interdit de s'immerger, comme ci-dessous à la fin du siman 613.

(יח) מאכלי חלב - חמה ועיין בט"ז דה"ה דיש ליזהר משום וביצים שהם ג"כ מרבים זרע. כתב הפמ"ג דחלב המעורב בתבשיל או טיי"א עם חלב אפשר דבטל ברוב לענין זה. לא יאכל שומשמין מפני שמעלה גרה ואם אכל הרבה לא ישים אצבעו בפיו להקיא ביו"כ שמא יבלע קצת מן הקיאה [ס"ח] כתב מהרי"ו שלא ישתכר בסעודה המפסקת ולא יאכל אכילה גסה. ובאמת אפילו בסעודת שחרית יש ליזהר מזה כמו שכתב המחבר וכ"ש בסעודה זו:

Mets lactés - Chauds. Voir le Taz : de même il faut prendre garde à l'ail et aux œufs, qui multiplient aussi la semence. Le Pri Megadim a écrit que le lait mêlé à un plat, ou un thé au lait, est peut-être annulé dans la majorité à cet égard. On ne mangera pas de sésame, car il fait ruminer ; et si l'on en a beaucoup mangé, on ne mettra pas le doigt dans la bouche pour vomir à Yom Kippour, de peur d'avaler un peu du vomissement [Sefer 'Hassidim]. Le Mahariv a écrit de ne pas s'enivrer à la seouda hamafseket et de ne pas faire un repas gros. En vérité, même au repas du matin il faut y prendre garde, comme l'a écrit l'auteur, et à plus forte raison à ce repas.