משנה ברורה

Michna Beroura — siman 694

Rabbi Yisrael Meir Kagan (Hafets Haim) · Loi de l’argent de Pourim pour les pauvres
En bref - de quoi parle ce chiour ?

Obligation pour chacun, même le pauvre, de donner au moins deux dons à deux indigents ; mehatsit hachekel ; on ne détourne pas les fonds collectés ; on donne aussi aux non-Juifs par les voies de la paix.

Attention : ceci n’est pas la halakha. C’est seulement une synthèse des points de cette page. La halakha est donnée par les rabanim.

SUJETMatanot laevyonim — l’argent de Pourim pour les pauvres
À FAIREDeux dons
Au moins deux dons à deux indigents ; nourriture ou argent ; même deux proutot (Ritva) ; lekhathila une chose dont le pauvre puisse jouir à Pourim
À FAIREDe son bien
Les deux dons de base viennent de son bien, pas du maasser ; le surplus ajouté peut venir du maasser
À FAIRETous sont tenus
Homme et femme ; même un pauvre qui vit de la tsédaka donne de ce qu’on lui a donné, à deux indigents, et eux lui rendent
À FAIREMultiplier les dons
Mieux vaut multiplier les matanot laevyonim que d’augmenter le repas et le michloah manot ; rien de plus beau que de réjouir pauvres, orphelins et veuves
À FAIREQuand donner
Usage : le matin avant la lecture de la Méguila ; mehatsit hachekel avant Minha, argent de la Méguila le matin
À ÉVITERDétourner l’argent
L’argent collecté pour le repas des pauvres de Pourim : on n’en retient pas une part pour un autre fonds ; on achète abondamment, le reste vendu ira à la tsédaka
À ÉVITERPayer le hazzan
Donner au hazzan selon l’usage local n’acquitte pas les matanot laevyonim, même s’il est pauvre, sauf si l’on en répartit aux pauvres
OUIÉchange de repas
S’il a échangé son repas contre celui de son ami, il s’est acquitté des dons
OUINon-Juifs par usage
Là où l’usage existe, on donne aussi aux non-Juifs, voies de la paix
NONSans usage local
Dans une ville non habituée, donner une prouta à un non-Juif vole les pauvres et donne l’air de s’acquitter par eux
REMAMehatsit hachekel : Bertinoro dès 20 ans ; d’autres dès 13 ans ; usage de donner aussi pour les jeunes enfants et le fœtus. Le pauvre peut dépenser l’argent reçu pour ses autres besoins. Pensée de donner aux pauvres le jour de Pourim : on n’a pas le droit de détourner (statut de hekdech). Là où il n’y a pas de pauvres israélites, l’argent déjà collecté (ou ce qu’il a l’habitude de donner) n’a pas à qui être réparti.
Deux dons de son bien, le jour, à des pauvres qui en jouissent à Pourim ; multiplier plutôt que festoyer ; ne pas détourner ni payer un salaire avec cet argent.

Glossaire

lekhathila
a priori
matanot laevyonim
dons aux pauvres, mitsva de Pourim
michloah manot
envoi de parts de nourriture à un ami
mehatsit hachekel
demi-sicle, don commémoratif d’Adar
prouta
plus petite pièce ayant cours
maasser
dîme prélevée sur les revenus pour la tsédaka
gabbaï
collecteur chargé des fonds de charité
hekdech
bien consacré, qu’on ne peut détourner
darkei shalom
voies de la paix

(א) כל אדם - בין איש ובין אשה ואפילו עני המתפרנס מן הצדקה דעת כמה אחרונים דצריך לתת ממה שנתנו לו:

Toute personne - Homme comme femme, et même un pauvre qui vit de la tsédaka : l’avis de plusieurs Aharonim est qu’il doit donner de ce qu’on lui a donné.

(ב) ליתן לפחות וכו' - ורשאי ליתן מאכל או מעות ולא מצאתיו כעת כמה יהיה שיעור מתנות [פמ"ג] ובחידושי ריטב"א כתב אפילו שתי פרוטות דשוה פרוטה חשובה מתנה אבל לא בפחות. אם החליף סעודתו בשל חבירו יצא ידי מתנות וע"כ עני המתפרנס מן הצדקה יתן שתי מתנות לשני אביונים ויחזרו הם ויתנו לו [פמ"ג] עוד כתב נ"ל דלכתחלה צריך ליתן לאביון דבר הראוי ליהנות ממנו בפורים מאכל או מעות שיוכל להוציא בפורים:

Donner au moins, etc. - On peut donner de la nourriture ou de l’argent. Je n’ai pas trouvé pour l’instant quel est le montant des dons [Pri Meguadim]. Dans les hidouchim du Ritva, il a écrit : même deux proutot, car ce qui vaut une prouta compte comme un don, mais pas moins. S’il a échangé son repas contre celui de son ami, il s’est acquitté des dons ; dès lors un pauvre qui vit de la tsédaka donnera deux dons à deux indigents, et eux lui rendront [Pri Meguadim]. Il a encore écrit : il me semble que lekhathila (a priori) il faut donner à l’indigent une chose dont il puisse jouir à Pourim — nourriture, ou de l’argent qu’il puisse dépenser à Pourim.

(ג) שתי מתנות - זהו מדינא אבל באמת מוטב להרבות במתנות לאביונים מלהרבות בסעודתו ובשלוח מנות לרעיו שאין שמחה גדולה ומפוארה אלא לשמח לב עניים יתומים ואלמנות ודומה לשכינה שנאמר להחיות רוח שפלים ולהשיב לב נדכאים [רמב"ם] והנה השתי מתנות צריך ליתן משלו ולא משל מעשר וההוספה שמוסיף יוכל ליתן משל מעשר:

Deux dons - C’est selon la stricte loi. Mais en vérité, mieux vaut multiplier les matanot laevyonim que d’augmenter son repas et le michloah manot à ses amis : il n’est de joie plus grande et plus belle que de réjouir le cœur des pauvres, des orphelins et des veuves ; cela ressemble à la Présence, comme il est dit : « pour ranimer l’esprit des humbles et ranimer le cœur des accablés » [Rambam]. Ces deux dons doivent être pris de son bien, et non du maasser ; le surplus qu’il ajoute peut venir du maasser.

(ד) בליל פורים - ובמדינתינו נוהגין ליתנו בשחרית קודם קריאת המגילה [מ"א] ועכשיו נוהגין ליתן מחצית השקל קודם מנחה ובשחרית מעות מגילה:

La nuit de Pourim - Dans notre pays, l’usage est de le donner le matin avant la lecture de la Méguila [Magen Avraham]. Aujourd’hui, l’usage est de donner la mehatsit hachekel avant Minha, et le matin l’argent de la Méguila.

(ה) מבן עשרים ולמעלה - זהו לדעת ר"ע מברטנורא אבל התוי"ט כתב שהפוסקים חולקים וס"ל דמבן י"ג ולמעלה שהוא בכלל איש חייב במחצית השקל וא"ר כתב דכל זה רק מדינא אבל המנהג הוא ליתן אפילו בעד בניו הקטנים ואשה מעוברת בעד ולדה איתא במשנה כל קטן שהתחיל אביו לשקול על ידו שוב אינו פוסק:

À partir de vingt ans - C’est selon l’avis de R. Ovadia de Bertinoro. Mais le Tossefot Yom Tov a écrit que les décisionnaires contestent et tiennent que dès treize ans, puisqu’il entre dans la catégorie d’« homme », il est tenu à la mehatsit hachekel. L’Elya Rabba a écrit que tout cela n’est que selon la stricte loi ; l’usage est de donner même pour ses jeunes enfants, et une femme enceinte pour le fœtus. Il est dit dans la Michna : tout enfant pour lequel le père a commencé à peser [le demi-sicle] ne s’arrête plus.

(ו) אין משנים מעות פורים - היינו מעות שגבה אותן הגבאי לחלקם לעניים לסעודת פורים אין יכול לשנותן לומר דיין בפחות והמותר יפול לכיס של צדקה אבל לוקחין עגלים לרוב בכל המעות והמותר שלא יספיקו לאכול בפורים ימכר ויפול לכיס של צדקה [גמרא]. כתב ב"י בשם הגהת אשרי דמעות שחשב בלבו לחלקם לעניים ביום פורים אינו רשאי לשנותו והטעם דס"ל דצדקה יש לו דין הקדש וחייב לקיים מחשבתו אף שלא הוציא בשפתיו:

On ne détourne pas l’argent de Pourim - C’est-à-dire l’argent que le gabbaï a collecté pour le répartir aux pauvres pour le repas de Pourim : on ne peut le détourner en disant « ils se contenteront de moins, et le reste ira au fonds de tsédaka ». Mais on achète des veaux en abondance avec tout l’argent, et le reste qu’ils n’auront pas suffi à manger à Pourim sera vendu et ira au fonds de tsédaka [Guemara]. Le Beit Yossef a écrit au nom de la Hagahot Acheri : l’argent qu’on a pensé en son cœur répartir aux pauvres le jour de Pourim, on n’a pas le droit de le détourner ; la raison est qu’à son avis la tsédaka a le statut de hekdech, et l’on est tenu d’accomplir sa pensée même si on ne l’a pas exprimée de bouche.

(ז) לצדקה אחרת - אם יש מנהג באותה העיר לתת מעות פורים לחזן אין איסור בדבר דכל הנותן אדעתא דמנהגא נותן אבל לא נפקי בזה ידי מתנות לאביונים אפילו אם החזן הוא עני [דכיון דהוא בכלל שכירות החזן הו"ל פורע חובו במתנות לאביונים] אא"כ מחלקים מהם לעניים:

Vers une autre tsédaka - S’il y a dans cette ville l’usage de donner l’argent de Pourim au hazzan, il n’y a pas d’interdit, car quiconque donne le fait selon l’usage. Mais on ne s’acquitte pas par là des matanot laevyonim, même si le hazzan est pauvre [puisque cela entre dans le salaire du hazzan, ce serait payer sa dette avec les matanot laevyonim], à moins qu’on n’en répartisse aux pauvres.

(ח) ודוקא הגבאים - ואם בני העיר יכולים לשנות יש דיעות בפוסקים עיין במ"א:

Et uniquement les gabbaïm - Et si les gens de la ville peuvent détourner [ces fonds], il y a des avis parmi les décisionnaires ; voir le Magen Avraham.

(ט) מה שירצה - ר"ל אף דהגובים גבו המעות לצורך סעודת פורים מ"מ יש לעני רשות להוציאן לשאר צרכיו:

Ce qu’il voudra - C’est-à-dire : même si les collecteurs ont collecté l’argent pour le repas de Pourim, le pauvre a néanmoins le droit de le dépenser pour ses autres besoins.

(י) ובמקום שנהגו וכו' - אבל בעיר שלא הורגלו עדיין בכך זה הנותן פרוטה לעכו"ם גוזל לעניים ומראה בעצמו כאלו מקיים בהם ומתנות לאביונים:

Et là où l’on a l’usage, etc. - Mais dans une ville où l’on n’y est pas encore habitué, celui qui donne une prouta à un non-Juif vole les pauvres et se donne l’air d’accomplir aussi par eux les matanot laevyonim.

(יא) אף לעכו"ם נותנים - מפני דרכי שלום:

On donne même aux non-Juifs - À cause des voies de la paix.

(יב) במקום שאין עניים - ישראל:

Là où il n’y a pas de pauvres - Israélites.

(יג) מעות פורים שלו - היינו מה שגבו כבר ממנו ואין מוצאין למי לחלקם ויותר נראה דר"ל מה שרגיל ליתן בכל שנה לצורך עניים:

Son argent de Pourim - C’est-à-dire ce qu’on a déjà collecté de lui et qu’on ne trouve personne à qui le répartir. Il est plus vraisemblable que cela désigne ce qu’il a l’habitude de donner chaque année pour les pauvres.